« L’Antichrist ». Anthologie introduite par Cristian Badilita
lundi 25 juillet 2011
par Jean-Claude LARCHET

Cette anthologie, la première de ce genre en langue française, met à la disposition du grand public tous les textes significatifs de l’Antiquité chrétienne sur l’Antichrist, depuis les épîtres de Jean jusqu’à Théodoret de Cyr (5e s.), en passant par Irénée de Lyon, Hippolyte, Lactance, Cyrille de Jérusalem, Augustin et quelques autres auteurs de moindre importance.

C. B. fonde sa démarche sur cette citation de saint Augustin dans son commentaire de la première épître de saint Jean : « Le mot « antichrist » ne veut pas dire, comme certains l’ont pensé, “celui qui doit venir avant (ante) le Christ”, autrement dit, celui après lequel le Christ doit venir ; non, l’Antichrist, c’est celui qui est contre le Christ ». Cette perspective est intéressante parce qu’elle permet de comprendre non seulement les différentes approches des Pères, mais l’actualité de cette réalité pour chaque époque, y compris la nôtre, au lieu de la situer dans un avenir incertain.

Dans la tradition chrétienne qui précède Irénée de Lyon, C. B. repère sept traditions, identifiant l’Antichrist avec : l’apogée du mal, le faux prophète, le tyran eschatologique, les monstres, Béliar, l’attaque de la part des Gentils ou Néron revenu à la vie. C’est à partir d’Irénée que les Pères vont concevoir l’Antichrist comme une réalité plus unifiée, tantôt identifiée à un individu humain ou animal (alors désigné comme « Bête ») ayant une identité propre et une existence historique (à venir, mais souvent déjà présente), tantôt à un principe spirituel s’exprimant dans une force unique ou dans des figures mutiples, la conception de certains Pères (comme Irénée ou Origène) étant cependant évolutive selon leurs œuvres. La figure de l’Antéchrist se révèle donc variable et composite : elle cristallise tout (ou se focalise sur) ce qui, selon le contexte du moment, s’oppose au Christ et constitue une menace par rapport à Son règne : des faux prophètes aux empereurs anti-chrétiens, du diable et des démons aux hérésies…

La thèse de C. B. est que « le mythe de l’Antichrist dans le christianisme antique n’évolue pas de façon linéaire en se développant d’une étape à l’autre, mais se métamorphose tout en gardant ses traits essentiels, en fonction de chaque contexte qui l’entoure et le signifie ». Selon lui, on rencontre au sein des textes de référence trois grands types d’interprétation : 1) mythologique ; 2) historique ; 3) métaphysique et psychologisante.

Le mode d’analyse de Cristian Badilita et son vocabulaire paraissent inspirés d’une certaine forme d’histoire des religions. On peut cependant se demander si la façon qu’il a de concevoir l’Antichrist comme un « mythe » est adéquate à la fois par rapport à la conception que les Pères en avaient dans le contexte spirituel qui était le leur (où la notion de mythe au pire n’avait pas de sens et au mieux constituait un contresens, puisque pour eux l’Antichrist était une réalité bien concrète, d’ailleurs attestée par les Saintes Écritures elles-mêmes [1]), et par rapport à la définition classique du mythe (telle qu’on la trouve par exemple chez le compatriote de C. B., Mircea Eliade, selon lequel le mythe se situe en un « in illo tempore » qui précède l’histoire et non dans l’histoire même). On peut également se demander si cette façon volontairement éclatée de comprendre l’Antéchrist (au lieu de chercher à dégager ce qui unit les différentes visions des Pères et en constitue l’essence) ne fait pas perdre de sa force à une référence spirituelle dont certains Pères comme Origène et Augustin considéraient qu’elle avait surtout un sens par rapport à l’histoire spirituelle intérieure et à l’eschatologie de chaque chrétien.

C’est en lisant les textes eux-mêmes que le lecteur pourra retrouver les intentions spirituelles des Pères et en tirer profit.

Ces textes, leurs auteurs, leurs titres, leurs sources et leurs traducteurs sont les suivants :

1. Irénée de Lyon, « L’Antichrist, prophétisé par l’Ancien et le Nouveau Testament »(Contre les hérésies, V, xxv-xxx : SC 153, p. 308-386), trad. A. Fernandez, p. 40-56

2. Hippolyte, « Le Christ et l’Antichrist d’après les saintes Écritures » (Le Christ et l’Antichrist : éd. E. Norelli, L’Anticristo, Florence, 1987), trad. J.-R. Armogathe, p. 64-95

3. Hippolyte, « Les visions de Daniel » (Commentaire sur Daniel, IV : GCS N.F. 7, 2000, p. 192-335), trad. M. Debié et G. Bady, p. 96-146

4. Origène, « L’Antichrist, faux Logos qui habite indûment les Écritures » (Commentaire sur Matthieu, 31-47 : éd. G.L. Potestà, L’anticristo, Rome-Milan, 2005), trad. E. Gillon, p. 148-170

5. Lactance, « Le tyran eschatologique » (Institutions divines, VII, 16-19 ; 25 : CSEL 19), trad. J.-M. Poinsotte, p. 173-181

6. Commodien, « Les deux Antichrists » (Poème apologétique, vers 791-1059 : éd. A. Salvatore, Carme apologetico, Turin, 1977), trad. C. Badilita et J.-M. Poinsotte, p. 191-202

7. Commodien, « Néron relevé des enfers » (Instructions, 41 : éd. J.-M. Poinsotte, Paris, 2009), trad. J.-M. Poinsotte, p. 203

8. Cyrille de Jérusalem, « Il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts » (Catéchèse XV, PG 33,869-916), trad. J. Bouvet et A.-G. Hamman révisée par M.-H. Congourdeau, p. 209-230

9. Pseudo-Hippolyte, « Homélie sur la fin du monde » (GCS 1.2, 1897, p. 289-309), trad. C. Badilita et J.-P. Bigel, p. 233-261

10. Jérôme, « L’Antichrist » (Commentaire sur Daniel, III, xi, 21 - xii, 13 : CCSL 75A), trad. R. Courtray, p. 269-294

11. Augustin d’Hippone, Nul ne connaît l’heure (Lettre 197 : CSEL 67, p. 231-235), trad. C. Fry, p. 300-303

12. Augustin d’Hippone, La fin des temps (Lettre 199 : CSEL 67, p. 243-292), trad. C. Fry, p. 304-342

13. Augustin d’Hippone, L’Église est le royaume de mille ans (La Cité de Dieu, XX, 13 : Bibliothèque augustinienne 36, 1960), trad. M. Dufour, p. 343-345

14. Augustin d’Hippone, L’imposteur (La Cité de Dieu, XX, 19 : Bibliothèque augustinienne 36, 1960), trad. M. Dufour, p. 346-350

15. Augustin d’Hippone, Je vous enverrai Élie (La Cité de Dieu, XX, 29 : Bibliothèque augustinienne 36, 1960), trad. M. Dufour, p. 351-352

16. Augustin d’Hippone, Qui sont les antichrists ? (Traité 3 sur la Première lettre de Jean : PL 35,1977-2062), trad. des Soeurs carmélites de Mazille, rervue par M.-H. Congourdeau, p. 353-365

17. Théodoret de Cyr, Les visions de Daniel (Commentare sur Daniel, VII : PG 81, 1417D-1437B), trad. C. Badilita, p. 372-382

18. Théodoret de Cyr, Ce qui retient l’Antichrist (Sur quatorze lettres de Paul : PG 82, 661C-668B), trad. C. Badilita, p. 383-387

29. Théodoret de Cyr, L’usurpateur (Résumé des fables des hérétiques : PG 83, 525B-532B), trad. C. Badilita, p. 388-392

L’ouvrage est muni d’un index des citations bibliques établi par L. Ciccolini, et d’une bibliographie établie par C. Badilita.

Jean-Claude Larchet

Source : www.orthodoxie.com

[1] 1 Jn 2, 18.22 ; 4, 3 ; 2 Jn 7