Tentations zodiaco - sacerdotales
lundi 15 novembre 2010
par Annie WELLENS

Longtemps j’ai résisté à exprimer une certaine saturation dont la courbe de croissance suit la progression exponentielle des initiatives et déclarations relatives à L’année sacerdotale familièrement appelée Année du prêtre. Je craignais qu’un mauvais esprit ne me pousse à sortir de ma réserve sous le fallacieux prétexte, carpocratien en diable, qu’il convient de céder à toutes les tentations pour s’en libérer. Augustin d’Hippone, dont j’ai relu la classification commentée des hérésies, m’a rassurée sur ce point : j’ai affaire à un esprit plus taquin que malin, relevant de l’exorcisme ordinaire, c’est-à-dire soluble dans la grâce baptismale dont je bénéficie. Ce démon, folâtre en effet, me souffle qu’après l’année du prêtre s’ouvriront successivement celles du diacre , de l’évêque, du pape et du moine (sans confusion, bien sûr, entre ministères et charismes, ordination et élection) puis dans un souci œcuménique, celles du pasteur, de la diaconesse et du pope ; l’année du rabbin pour conforter les relations entre l’Église et le judaïsme, et pour honorer la dimension interreligieuse (sans assimiler pour autant sagesses orientales et monothéismes ) les 365 jours, ou 366 si année bissextile, de l’imam, du bonze et enfin, du lama. Et voici que se lève, avec cette dernière appellation, une nouvelle tentation de nature tintinophile dont je me délivre sur le champ en transcrivant ici, avec la rigueur exégétique qui s’impose, la référence : Quand lama fâché, lui toujours faire ainsi (in Tintin et le Temple du Soleil, 1949, éditions Casterman).

Satisfaite d’avoir ainsi balayé et rangé mon intérieur je voulus faire œuvre pie de réparation négative en renonçant à en savoir plus sur les « caravanes des vocations » et autres « Kits de la Prêtres Academy » (lesquels, je le sentais bien, allaient réveiller mon diablotin enfin endormi) et positive en lisant le compte-rendu de l’Accueil des hommes de 15 à 30 ans par les prêtres du diocèse dans le très officiel Bulletin diocésain de La Rochelle et Saintes n° 7-8 de cette année. L’étudiant, qui écrivait au nom du groupe, soulignait qu’ils avaient découvert les prêtres comme des êtres humains… vivant avec leur époque, des prêtres « cools » dans le meilleur sens du terme et je me réjouissais avec lui de ce passage manifeste d’une conception essentialiste à une vision existentialiste du sacerdoce. Les jeunes hommes posaient une question à la fois pertinente et bien dans l’air du temps : le cheminement personnel des prêtres n’est-il pas entravé par le fait de leur profession si liée à la vie en Christ ?Comment rompre avec le travail sans délaisser le Seigneur ? En lisant la réponse transcrite par l’étudiant, si je ne fus pas prise de tremblements comme le roi Balthazar voyant une main humaine écrire sur le mur de son palais les terribles mots « Mesuré – Pesé - Divisé », à l’image du sien, mon esprit se troubla, car il était fait mention de deux poids et deux mesures risquant d’engendrer une division. Les prêtres expliquaient que cet emploi facilitait leur spiritualité, à la différence des laïcs, souvent contraints de cloisonner les moments intérieurs et sociaux. Je n’ose entendre que pour une vie spirituelle « au top » mieux vaut choisir la prêtrise, du moins actuellement pour les hommes…

J’avais cru comprendre, en lisant d’excellents théologiens d’hier et d’aujourd’hui, que toute vie chrétienne est spirituelle, parce que liée au Mystère Trinitaire que l’on soit prêtre ou laïc. La différence entre l’une et l’autre vocation, solidaires l’une de l’autre et pas seulement complémentaires, ne réside pas dans la facilité ou la difficulté de l’accès « au spirituel ». Prêtres et évêques donnent à voir publiquement la relation fondatrice de tous les fidèles (dont ils font partie) à l’égard du Christ, et les laïcs bien plus que des « experts » dont les avis seraient précieux pour la mise à jour de la pastorale…sont l’Église elle-même, rendant présent au monde le salut offert par Jésus-Christ. [1]. Les uns avec les autres fréquentent l’école de ce Maître du décloisonnement, puisqu’Il unit l’humanité à la divinité et appelle tout un chacun, là où il demeure, à l’initiative créatrice.

Une version raccourcie de cette chronique a été publiée dans La Croix des 24/25 avril 2010.

[1] Joseph Thomas, cité dans Joseph Thomas, s.j. « Pour un vrai sens de l’Église », A. Wellens, revue Christus 224, octobre 2009.