Prudence
La Psychomachie
samedi 10 mai 2008
par Pascal G. DELAGE

On raconte que Cupidité dont le vêtement était muni par devant d’une ample poche, saisit vivement de sa main crochue tout ce que Luxe dévorant avait abandonné de précieux ; elle contemplait, sa large bouche béante, ces belles futilités ; elle rassemblait parmi l’amoncellement du sable les morceaux d’or tombé ; il ne lui suffit pas d’emplir ses larges poches, elle aime à fourrer dans des sacs un gain honteux, et à gonfler du produit de ses vols de lourds paniers que sa main gauche couvre et cache en les entourant avec le pan de son vêtement.

Car sa main droite rafle prestement ses rapines, et sans relâche ses ongles de fer ramassent du butin… La Charité, pressant du genou et du pied la Cupidité qui résiste, lui transperce les côtes et enfonce ses flancs haletants.

Puis elle enlève au cadavre ses dépouilles : des parcelles malpropres d’or brut, du métal qui n’a pas encore été fondu, des bourses rongées par force mites, des pièces de monnaie couvertes de vert-de-gris, tous ces objets longtemps mis de côté, la vertu victorieuse les disperse, les distribue sans compter aux pauvres, gratifie les nécessiteux des dons pris à l’ennemi.

Prudence, Psychomachie, 454…604.