Anatolia de Trebula
lundi 25 septembre 2017
par Pascal G. DELAGE

En 396, toute l’Ecclesia de Rotomagus (Rouen) est en fête, et nombreux sont ceux qui, avec leur évêque Victrice, ont parcouru 40 milles pour se rendre à la rencontre d’illustres visiteurs dont on désire ardemment la présence dans la capitale provinciale. Se prépare ainsi l’adventus des témoins magnifiques du Christ sous la forme de reliques adressées par des évêques d’Italie du nord, Ambroise de Milan en tête, à leur collègue gaulois. La foule se fait de plus en plus dense à l’approche de la cité : Ici se presse la foule des moines émaciés par le jeûne, là les enfants innocents font retentir bruyamment leur joie. Ici le chœur des vierges consacrées et intactes, porte l’insigne de la croix, là se serre le groupe nombreux des continents et des veuves, éminemment digne de vous (les martyrs) pareil hommage [1].

Se présentent ainsi à l’Eglise de Rouen quatorze martyrs dont quatre femmes, Rogata, Leonida, Anastasia et Anatolia qui viennent rejoindre les saints présents dans les autels de la communauté de Victrice : Jean le Baptiste, André et Thomas, Gervais et Protais, Agricola et Euphémie. Si certains viennent d’Orient, la plupart sont issus d’Italie du nord et sont souvent associés aux inventions successives des martyrs qui ont scandé la fin de l’épiscopat d’Ambroise de Milan qui devait mourir l’année suivante.

C’est très probablement par son intermédiaire ou grâce à l’un de ses suffrageants que les reliques d’Anatolia (l’Orientale) arrivèrent en Gaule. Anatolia comme sa sœur sont liées aux collines des pays sabins au nord-est de Rome. Il est possible qu’elles furent exécutées lors de la première persécution générale sous l’empereur Dèce (250), Victoria la première à Trebula Mutuesca (aujourd’hui Monteleone Sabino), sa sœur non loin de là dans un endroit appelé « Thyrum » ou « Thurium » qui n’a pas été localisé clairement.

Il ne semble pas qu’il y ait quelque chose à retirer de leur passion épique qui les livre aux palefreniers libidineux du domaine. Toutefois si Anatolia est anciennement connue et déjà vénérée comme thaumaturge, sa sœur Victoria figure avec elle dans le Martyrologe hiéronymien dès le VIe siècle. C’est dans un état plus tardif de leur Passio que sera aussi associé le soldat Audax à la vierge Anatolia : ébranlé par le courage de la jeune femme affrontée à un serpent monstrueux, il se convertit à son tour et subira la décapitation en même temps qu’elle (selon le Martyrologe de Bède au VIIIe siècle).

Anatolia de Trebula

[1] cf. Victrice de Rouen, De Laude Sanctorum, 3