Entretien avec... Renaud ALEXANDRE
mercredi 10 décembre 2008
par Cécilia BELIS-MARTIN

Renaud Alexandre, les internautes qui font halte auprès de Caritaspatrum peuvent y trouver une invitation à se rendre sur le site de Compitum. Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur le projet et l’origine de ce site car je crois que vous n’êtes pas étranger à sa conception et à son animation ?

Le site Compitum est l’aboutissement d’un projet, né en juin 2006, d’un groupe de travail constitué de trois jeunes chercheurs, Mathieu Jacotot, Charles Guérin et moi-même. Le site nous paraissait une manière utile de remédier à la dimension extrêmement solitaire de la recherche. Comme il n’existait alors pas encore de site qui regroupe les divers aspects de l’actualité de la recherche (séminaires, colloques, publications, appels à contribution), nous avons mis en place Compitum. Nous nous efforçons de recueillir sur le web et de condenser sur notre site les informations concernant la latinité au sens large, aussi bien en France que dans le reste du monde.

Un véritable travail de Romain. Mais comment un tel projet a-t-il pu prendre corps et se donner les moyens de sa pérennité ?

C’est effectivement un travail de Romain, car la masse de données que cela représente est colossale : les publications dans le domaine latin (de l’époque archaïque à la Renaissance) sont de plus en plus nombreuses, les manifestations scientifiques également, et la collecte de toutes ces informations prend du temps. Or, nous avons tous trois une activité « sérieuse » à temps plein, et ne pouvons alimenter Compitum que sur notre temps libre. C’est pour cette raison que nous avons dès le départ voulu un site qui soit participatif, pour que les personnes intéressées par la diffusion de la recherche, qui ont connaissance de ces informations et souhaitent les partager puissent le faire le plus simplement possible ; certains membres du site sont d’ailleurs très actifs ! Le site appartient d’abord à ses lecteurs, et ce sont eux qui, par leur participation active, peuvent contribuer à sa richesse et à son intérêt. D’autre part, pour pérenniser le projet initial et lui donner une assise plus solide, nous venons de créer une association loi 1901, Compitum, qui va paraître au Journal Officiel.

À première vue, il pourrait paraître étonnant de recourir aux dernières ressources de l’Internet pour continuer à s’attacher à l’étude de l’Antiquité, un champ tant et tant de fois labouré. Compitum nous en montre au contraire toute la pertinence. Quels pourraient être, selon vous, les nouveaux champs de recherche ou d’application que le recours à l’Internet pourrait ouvrir à l’historien de l’Antiquité ?

C’est une bonne question. L’usage des nouvelles technologies a beaucoup changé la manière d’aborder l’Antiquité, par la mise en ligne de base de données (je pense notamment aux bases de données de papyri et de manuscrits), par une consultation facilitée des textes anciens, ou par la mise en place de listes de diffusion. Je ne sais pas si ces technologies permettent d’ouvrir de nouveaux champs de recherche, ni si elles sont toujours bénéfiques, mais elles facilitent beaucoup la possibilité de partager les informations, et enrichissent par là le travail du chercheur.

Votre domaine actuel de recherche vous a conduit à vous intéresser au monde de la satire. Y aurait-il selon vous encore quelque chose de commun entre la pratique des maîtres de la latinité et nos formes contemporaines d’ironie peut-être plus en quête de sarcasme que de belles-lettres ?

Il est certain que notre vision contemporaine de la satire est très éloignée du projet satirique latin et de sa très grande complexité littéraire, mais la pratique de ces maîtres faisait souvent la part belle au sarcasme, à l’obscénité et à des attaques verbales qui ne seraient pas imaginables à notre époque. Pour prendre un de ces patrum qui manque parfois de caritas, même s’il est toujours méchant avec beaucoup de talent, il n’est pas sûr qu’un saint Jérôme, héritier de la satire, puisse aujourd’hui en toute bonne foi et sans craindre un procès déverser des tombereaux d’injures sur ses adversaires.

D’autres projets quant à la littérature latine ou le monde de l’Internet ?

Le groupe de travail à l’origine du site Compitum a mis en place l’année dernière un séminaire intitulé « Pensée et modes de pensée à Rome » ; il se poursuit cette année sur le thème de la violence, et nous sommes en train de réunir les contributions des intervenants de l’année dernière pour publier le premier volet consacré à la honte. Ceux qui souhaitent en avoir un avant-goût peuvent trouver sur Compitum le compte-rendu des communications. Mes projets concernant le monde de l’Internet sont pour l’instant centrés sur le développement de Compitum, qui est un monde en soi, mais je participe de manière épisodique à l’entretien d’autres sites, comme celui de l’association et des éditions Migne, administré par Guillaume Bady.

Merci Renaud Alexandre