Caritaspatrum
Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les ministères
Dernière mise à jour :
mercredi 15 novembre 2017
Statistiques éditoriales :
789 Articles
1 Brève
73 Sites Web
31 Auteurs

Statistiques des visites :
327 aujourd'hui
409 hier
498433 depuis le début
   
Des temps apostoliques à Cyprien de Carthage
dimanche 17 août 2008
par Bruno MARTIN
popularité : 25%

Un regard historique sur la question des ministères, si prégnante pour la vie de l’Eglise, ne peut se porter qu’à la condition d’avoir présent à l’esprit la sage remarque de Michel de Certeau : « L’histoire ne dicte pas ce qu’il faut penser, mais ce qu’il est impossible de nier si l’on veut penser, et agir. » Il est tentant en effet, devant les problèmes actuels, de chercher à établir des rapprochements toujours trompeurs entre les situations du passé et celle d’aujourd’hui : ne sommes-nous pas à nouveau, comme aux premiers siècles, en situation de minorité au milieu d’un monde indiffèrent ou hostile ? L’histoire ne donne pas de recettes, pas plus qu’elle ne sert à justifier certaines situations présentes en donnant à croire qu’il en a toujours été ainsi. Il faut toujours faire l’effort de se remettre dans la mentalité des périodes anciennes si l’on veut éviter l’erreur de penser de manière anachronique certains aspects du ministère [1].

Les ministères dans les trois premiers siècles

L’étude de cette période demande plus encore que les autres de se garder de projeter sur le temps des origines des structures ecclésiales dont le contenu ne s’est affirmé que plus tard [2]. Les presbuteroi du Nouveau Testament ne sont pas des prêtres, pas plus que les Sept ne sont des diacres ; de même la frontière clerc/laïc n’est guère pensable qu’à partir du début du IIIe siècle, même si le mot laikos apparaît dès la Lettre de Clément. Ceci posé, une tentative de périodisation de ces trois premiers siècles fait apparaître trois étapes : celle des commencements, qui voit la modification de l’attente eschatologique, de la venue immédiate à la parousie différée , et le passage de l’itinérance à la sédentarité ; la période suivante va de la disparition du Temple à Irénée (70-180) ; elle voit l’installation dans la durée et la légitimation des autorités en place, en même temps que la rupture idéologique et pratique entre judaïsme et christianisme ; arrive enfin la mutation des années 180 à 260, avec la mise en place des ministères comme un « ordre » à part, en même temps que leur « rejudaïsation » symbolique à travers la relecture du modèle lévitique. Cette dernière période est d’autant plus importante qu’elle est celle de la Tradition Apostolique - texte dont on sait l’importance comme source de la conception des ministères à Vatican II.

 

[1] L’exclusion des femmes du ministère ordonné, pour ne prendre que cet exemple, se justifiait dans les premiers siècles, comme nous le verrons, pour des raisons difficilement acceptables aujourd’hui ; de même pour le « célibat », question qui n’a jamais été posée en ces termes dans l’antiquité ( qui ne connaît que la question de la continence des clercs : ce n’est pas tout à fait la même chose ).

[2] Ce paragraphe s’appuie essentiellement sur la substantielle communication de M. Alexandre Faivre, de l’Université de Strasbourg : La question des ministères à l’époque paléochrétienne. Problématique et enjeux d’une périodisation. Nous en suivons la trame, en l’étoffant à l’occasion de quelques références complémentaires.