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Une grande église du IVe siècle découverte dans la ville israélienne de Beit Shemesh
vendredi 5 janvier 2018

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Les archéologues ont mis au jour une grande église paléochrétienne dans la ville israélienne de Beit Shemesh dont la datation haute est étayée tant par le choix des mosaïques extraordinaires, la présence de croix que le recours à architecture spécifique. D’après les découvertes monétaires et les tessons de céramique retrouvés, cette église fut probablement construite au IVe siècle de notre ère et elle subsista jusqu’au VIIe siècle donnant même naissance à un complexe monastique.

Cette découverte fait suite aux projets d’extension de la ville de Beit Shemesh. Comme d’habitude, avant que ne commencent les travaux, les archéologues ont été sollicités pour procéder à un diagnostic du site. Des tranchées furent creusées et en août dernier, d’anciens murs en pierre apparurent. En novembre, les fouilleurs, aidés par une centaine de jeunes bénévoles, mirent au jour des sols mosaïqués. « C’est seulement quand nous sommes parvenus à ce sol et aux artefacts qui lui sont associés que nous avons su que nous pouvions parler d’une église » déclare Benyamin Storchan, directeur des fouilles (Israel Antiquities Authority) au journal Haaretz. Le site de Beit Shemesh était connu pour avoir été peuplé principalement par des populations chrétiennes dès l’époque de l’empereur Constantin (306 - 337 C.E.) qui non seulement acorda une reconnaissance légale au christianisme mais en fit même la religion privilégiée de l’empire. Les Samaritains et quelques communautés juives se maintinrent dans le nord d’Israël et dans la région des collines de Hébron. Pourtant, trouver ici une église a été une « surprise totale » selon les mots mêmes de Storchan.

Nettoyage de la mosaïque trouvée dans l’église paléochrétienne du IVe siècle de Beit Shemesh

D’autres découvertes également contemporaines de cette première communauté chrétienne à Beit Shemesh, ont été exhumées lors de ces mêmes fouilles mais sans relation immédiate avec l’église comme cette importante installation viticole et un moulin pour l’huile d’olive, tous deux situés à quelques dizaines de mètres de l’église, continue Storchan. Etant donné l’importance de l’église, l’archéologue pense toutefois que c’était elle le noyau central de la fondation et que ces lieux de transformation agricole en étaient dépendants. D’autres objets chrétiens ont été retrouvés sur le site comme des croix mais sans le corps de Jésus, son corps supplicié n’apparaitra sur les croix que beaucoup plus tard, apparemment au moyen-âge rappelle Storchan. Mais les fouilleurs ont retrouvé des croix sous la forme de bijoux et encore tracées sur des bases de pilier de l’église et sur des pierres des installations agricoles. Ils ont retrouvé également des morceaux d’une iconostase, un volet de fenêtre aussi orné d’une croix et des brûle-encens. L’église est orientée à l’est comme toutes les autres églises de la région à deux exceptions près, l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem et l’église de Madaba en Jordanie.

Des arbres fruitiers trouvés nulle part ailleurs

Les premières églises byzantines se répartissaient en deux types : les petites églises pour les communautés villageoises et les grandes églises majeures. L’originalité des mosaïques retrouvées dans la fouille indiquent aux archéologues que l’église de Beit Shemesh n’était précisément pas « une église de quartier ». Les mosaïques du sol de Beit Shemesh représentent des oiseaux que l’on retrouve habituellement dans le premier art pariétal byzantin mais il n’en va pas de même pour les représentations des feuilles et des arbres fruitiers ajoute Storchan, « je n’ai trouvé aucun parallélisme à établir avec une autre église découverte que ce soit en Israël, en Jordanie ou en Syrie. Nous avons affaire ici à un style unique. »

Qu’en penser ? Dessiner des mosaïques était un véritable métier à l’époque explique Storchan. « Souvent les concepteurs de ces dessins travaillaient sur des patrons. Ils ne faisaient pas toujours œuvre de créativité parce que tout cela représentait un coût réel. Aussi venaient-ils avec des patrons présentés au client qui pouvait faire son choix et passait commande pour l’image 14B » ajoute-t-il en plaisantant. « Toute nouveauté sur un modèle de base représentait un coût supplémentaire. Or ici nous avons justement affaire à une production originale. » Par ailleurs, les pierres vertes insérées dans les mosaïques ont dues dû être importées car elles ne se retrouvent pas dans les productions locales. Un autre indice du statut particulier de l’église est donné par la très importante quantité de marbres retrouvée, marbres qui ont tous été importés de Turquie indique encore Storchan. La taille de l’église, soit 40 sur 70 mètres (130 par 230 pieds) et sa riche décoration en marbre se situent bien au-delà du standard moyen des églises de villages. Comment une église des tout-premiers siècles du christianisme en Terre Sainte pouvait-elle se permettre de telles richesses ? L’explication est à chercher du côté du phénomène des pèlerins. « Il y a mille cinq cents ans, les pèlerins venaient de l’ouest de l’empire. Ils étaient les petits-derniers nés du christianisme et ils voulaient toucher ces lieux saints dont ils avaient tant entendu parler » rappelle Storchan.

Ces mosaïques uniques du sol de l’église indiquent qu’elles avaient été commandées par l’Empire romain devenu chrétien.

L’archéologue admet toutefois que son équipe n’a aucune idée de cette église construite ici plutôt que dans un autre endroit de la Terre Sainte. Ce site pourrait correspondre à un de ces « loca santa » [lieux saint] où un martyr des temps anciens ou un autre saint aurait pu être enseveli à moins que lieu ne corresponde à un récit de l’Ancien ou du Nouveau Testament. Aucune inscription n’a encore été retrouvée qui puisse fournir des indices, toutefois en général les anciens étaient assez portés sur les inscriptions qui mettaient bien en valeur leurs dons comme les philanthropes d’aujourd’hui, espère Storchan. Quelles que soient les raisons qui présidèrent à sa construction, l’église, avec le temps, fut agrandie. « Il semble que nous ayons affaire à deux phases, une phase qui correspond à sa vocation première, puis que nous assistions à la mise en place d’un ensemble monastique, continue Storchan, ensemble qui comprend des quartiers industriels et domestiques ainsi qu’une chapelle. La beauté de l’église correspond bien aux anciens critères de l’esthétique impériale dont le propos était d’impressionner le petit peuple ».

L’église et/ou le monastère allaient survivre environ 300 ans. Qu’en est-il advenu après ? Cela relève de la conjoncture mais Storchan propose une hypothèse en toute connaissance de cause. Avant Constantin, les premiers chrétiens avaient été considérés au mieux comme des citoyens de seconde classe, bons à être jetés aux lions dans une conjoncture plus défavorable. Toutefois, après Constantin, les chrétiens bénéficièrent d’un statut privilégié à l’intérieur de l’empire et cette église profita visiblement de fonds impériaux qui expliquent les achats de marbre précieux provenant des carrières impériales et ces mosaïques uniques. Les choses se compliquèrent au début de la période islamique en Terre Sainte. Les envahisseurs musulmans ne massacrèrent pas tout le monde et laissèrent l’église à ses habitués mais cette région n’était dorénavant plus connectée aux circuits économiques qui animaient le monde byzantin. « Il ne s’agissait pas nécessairement d’une conquête par l’épée, » poursuit Storchan. « Nous n’avons aucune preuve d’abandon dramatique, l’église s’est effondrée sur elle-même et son site a été converti en terres agricoles au début de la période islamique. Le bâtiment n’a pas été réutilisé, les nouveaux habitants voulaient juste faire pousser des arbres. »

Ruth Schuster 20/12/2017 Correspondante du journal Haaretz

Une croix sur la base d’un pilier retrouvé dans l’église paléochrétienne de Beit Shemesh

Source (dont photographie) : Haaretz traduction CaritasPatrum

 
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