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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLa procession martyriale de Ravenne
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jeudi 20 juillet 2017
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Pélagie d’Antioche
mardi 10 mai 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 2%

Le martyre de Pélagie, une jeune femme d’Antioche sur l’Oronte, eut lieu lors des persécutions du début du IVe siècle (303-308). Il semble bien que déjà Eusèbe de Césarée, le grand historien de l’Eglise ancienne, fasse allusion à Pélagie dans son Histoire ecclésiastique (8, 12, 2) mais son martyre nous est bien connu par le panégyrique que lui consacra Jean Chrysostome, panégyrique qu’il prononça alors qu’il était encore prêtre à Antioche (entre 386 et 398) : Comme une biche tombée entre les mains des chasseurs et qui se sauve, arrive au sommet d’une montagne inaccessible, et là, hors de leur portée, s’arrête, et, sans rien craindre, regarde ceux qui la poursuivaient ; ainsi a fait notre vierge ; elle était tombée dans les mains des chasseurs qui la traquaient ; sa chambre était comme un filet où on l’avait prise, elle se sauve, non sur le sommet d’une montagne ; mais elle gravit les cimes du ciel même, et, de ces hauteurs, elle ne redoutait plus leurs approches ; et les voyant ensuite se retourner les mains vides, elle jouissait de la confusion des païens. Pélagie déroba ainsi son corps aux atteintes des impudiques ; elle dépouilla son âme qui monta nue au ciel, abandonnant aux ennemis sa chair sacrée ; confondus, réduits à l’impuissance, ils ne savaient que faire de ses restes. Voilà les œuvres glorieuses de notre Dieu, quand il lui plaît de tirer ses serviteurs de leurs angoisses, pour les conduire à la paix, et de confondre les ennemis, en apparence triomphant, et de leur enlever toutes les ressources de la pensée (BHG, 1477).

Le martyre de Pélagie était donc une mort volontaire. La jeune femme s’était précipitée du toit de sa maison lorsque les soldats étaient venus l’arrêter. Plus que les tortures et/ou la peine de mort, ce que redoutait Pélagie, c’était d’être conduite à la maison de prostitution. Avant de devenir un topos des hagiographies féminines, cette menace du bordel fut une réalité sordide comme le rappelle Peter Brown : « à la fin du IIIe siècle, les tentatives de violences sexuelles contre les femmes consacrées et les menaces de condamnation au lupanar (et plus seulement la menace d’une exécution ignominieuse) devinrent un aspect régulier des persécutions des chrétiens par les païens » (Le renoncement à la chair, p. 243).

Toujours à Antioche, Domnina et ses deux filles Bernicè et Prosdokè se retirèrent au début de la persécution dans une villa campagnarde que possédait la matrone dans la région d’Edesse. Trahies (par l’époux de Domnina ? c’était un païen selon Jean Chrysostome), elles furent ramenées à Antioche. C’est alors que Domnina demanda à ses geôliers de pouvoir se retirer un peu à l’écart prétextant un besoin naturel. Elles se précipitèrent alors dans le fleuve que leur escorte longeait, et s’y noyèrent (Eusèbe, Hist. Eccl., 8, 12, 34). Eusèbe ne donne pas leurs noms, pas plus que Jean Chrysostome qui prononça en leur honneur un panégyrique (BHG, 274) mais ils apparaissent dans une homélie d’Eusèbe d’Emèse, un disciple d’Eusèbe de Césarée (mort avant 359). En raison d’une connaissance superficielle des traditions antiochiennes, Ambroise de Milan fait de Domnina également la mère de Pélagie (De uirginibus, 3, 7, 33). Dans le récit d’Ambroise, Pélagie, le jour de sa mort, revêt une robe de noces : On rapporte qu’elle orna sa tête et se revêtit d’une robe de noce, si bien qu’on aurait dit qu’elle allait non pas à la mort, mais vers son époux (Virg., 3, 14).

La conduite de Pélagie et de ses émules était hautement considérée par les communautés chrétiennes comme en témoignent les homélies qui lui furent consacrées et cette place en tête de la procession martyriale de Ravenne. Le Martyrologe syriaque et le Martyrologe hiéronymien célèbrent sa mémoire le 8 octobre. Mais cela n’était pas du tout du goût d’Augustin d’Hippone, et dans la Cité de Dieu (1, 22-27), il condamna vigoureusement de telles conduites qu’il assimilait à un acte de lâcheté et de désespérance. La force et l’éclat du martyre sont bien plus grands explique-il que la préservation de l’intégrité physique.

Mais Augustin serait-il allé jusqu’à encourager les femmes de sa congrégation à imiter la conduite de ces moniales de Mauritanie qui, lors de l’invasion des Vandales en 420, allèrent jusqu’à se trancher les oreilles et le nez pour calmer la lubricité des guerriers germains, lubricité qui avait une fâcheuse tendance à se cristalliser sur les religieuses catholiques ?

 
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