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Euphémia ou l’échec d’une nouvelle dynastie
jeudi 10 novembre 2016
par Pascal G. DELAGE
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Marcia Euphémia n’était pas née dans les ors d’un palais impérial. Elle appartenait au monde des militaires de haut-rang. Son père, Flauius Valerius Marcianus, était un général d’origine thrace déjà veuf qui connut une destinée hors du commun lorsque l’impératrice Pulchéria l’associa au pouvoir impérial en lui proposant un mariage blanc en 450 après la mort accidentelle de Théodose II. Marcien fut même sacré à l’occasion de son accession au pouvoir suprême par le patriarche de Constantinople Anatolios, premier empereur a associé ainsi une dimension sacrale proprement chrétienne à son pouvoir politique. On ignore le nom de la mère d’Euphémia, la première épouse de Marcien : peut-être se prénommait-elle Alypia comme sa petite-fille ? En entrant dans la famille théodosienne par le mariage de son père, Euphémia prit aussi le nom d’Aelia.

Le propre mariage d’Euphémia dut avoir lieu avant 450 et les noces impériales de son père car au début des années 470, ses enfants exercent des commandements que l’on ne peut donner qu’à des trentenaires. Son union fut négociée avec l’héritier d’une autre de ces puissantes familles de militaires qui veillaient sur la sécurité et l’avenir de l’Empire d’Orient. En effet, Euphémia fut donnée en mariage Procopius Anthemius, fils d’un général de Théodose II nommé Procopius, le dit général étant très probablement apparenté à l’empereur Valens. La mère d’Anthemius, Lucina, était la fille du très puissant préfet du prétoire d’Orient, Anthémius (408-414) qui avait veillé sur les premiers pas politiques de l’impératrice Pulchéria. Sans être née dans la pourpre, la fille unique de Marcien cristallisait en sa personne les ambitions et l’exercice du pouvoir dans les hautes sphères de la cour impériale. Lorsque Pulcheria épousa Marcien, elle s’assurait par là-même le soutien de la puissante famille de son « nouveau » gendre.

L’empereur Marcien ne tarde pas à accorder à son gendre les honneurs les plus élevés en le nommant patrice en 454, puis consul éponyme en 455. De son côté, Euphémia ne donne pas moins de cinq enfants à son époux : une fille, Alypia et quatre fils : Anthemiolus, Flauius Marcianus - qui épousera Leontia, la fille de Léon Ier –, Procopius Anthemius et enfin Romulus. Toutefois à la mort de l’empereur Marcien, le 26 janvier 457, Anthemius est écarté de la succession impériale par l’homme fort de la cour d’Orient, le général alain Aspar. Est-ce en raison de son âge jugé trop jeune ? De son manque d’expérience ? D’un caractère irascible dont on lui fera souvent grief ? Anthemius et Euphémia sont toutefois bien présents à la Cour du nouvel empereur Léon Ier et, en 466-67, c’est Anthemius qui mène campagne contre Ostrogoths en Pannonie, puis contre les Huns d’Hormidac qui avaient envahi la Dacie et s’étaient retranchés dans la ville de Sardique [1] en 467.

Quelques mois plus tôt, avait été annoncée à Constantinople la nouvelle de la mort du dernier empereur d’Occident, Sévère II, une créature du généralissime Ricimer d’origine suève, vraisemblablement empoisonné sur l’ordre de son terrible mentor le 14 novembre 465. Devant ce nouveau vide politique, le palais de Constantinople demeure d’abord dans l’expectative, puis Léon Ier et ses conseillers prirent la décision de nommer Anthémius César d’Occident – et pas empereur – et cela avec l’accord du terrible patrice Ricimer qui gouverne toujours l’Italie.

La marche vers Rome est ouverte pour Anthemius qui, à l’occasion de son passage en Italie, reçois l’allégeance du gouverneur de Dalmatie, Marcellinus, qui règne de façon quasi-indépendante sur la Dalmatie et Ravenne. À son arrivée à Rome, Anthémius est acclamé empereur par ses troupes le 12 avril 467 et s’allie avec Ricimer en lui promettant sa fille Alypia en mariage. Couronné Auguste le 12 avril 467 avec l’appui de Ricimer, Anthémius se doit d’accomplir sa promesse. La fille d’Euphemia est appelée de Constantinople et épouse en novembre ou décembre 467 le chef de guerre suève. Quelques semaines plus tard, le 1er janvier 468, le poète arverne Sidoine Apollinaire (et gendre de l’empereur Avitus que Ricimer a fait disparaître en octobre 456) prononce à cette occasion le panégyrique d’Anthémius et célèbre la concorde de l’Occident et de l’Orient. L’entente ne dura guère entre Anthemius et Ricimer.

Après quelques succès en Gaule, Anthemius ne peut contrer les menées des Wisigoths en Provence et surtout les visées expansionnistes de Vandales dont le roi Genséric soutient un autre candidat au trône impérial d’Occident. Anthemius et Euphémia sont atteint dans leur chair : Anthémiolus, probablement leur fils ainé qui dirige les armées de son père, tombe devant Arles en 471 sous les coups du roi wisigoth Euric [2]. Par ailleurs, l’empereur Anthémius, proche des cercles néoplatoniciens, passe pour soutenir le paganisme et n’hésite pas à traiter son trop redoutable gendre de « Gète vêtu de fourrures ».

Ricimer se retire à Milan et prépare la guerre. Contre Anthémius le Grec, il suscite un nouveau candidat au trône impérial, le latin Olybrius, l’époux de Placidia (fille de Valentinien III), qui a aussi la faveur du Sénat romain et l’appui des Vandales. Olybrius est proclamé empereur en avril 472. Anthémius résiste deux mois dans Rome qui est prise pour la troisième fois par les Vandales. Le 11 juillet 472, les soldats de Ricimer découvrent Anthémius dans un groupe de mendiants de l’église Saint-Chrysogone et le tuent sans autre forme de procès.

Euphemia retourna alors à Constantinople (probablement avec sa fille). Là, dans les années 480, toujours en relation avec les milieux de la Cour, elle se consacre aux bonnes œuvres et à la prière. Elle fréquente ainsi la sainte femme Matrona de Pergé vers qui elle dirigera Severiana, l’épouse du patricien Sphoriacus, alors qu’elle est très gravement malade [3]. Le second fils d’Euphémia, Flavius Marcianus, fut deux fois consul, en 469 et en 472, l’année de l’assassinat de son père mais aussi de son mariage avec la fille de l’empereur Léon Ier. Mêlé à de nombreux complots, jouant habilement les factions contre les autres, Marcianus finit par entrer en 479 en révolte ouverte contre le nouvel empereur Zénon dont il était devenu le beau-frère, arguant que son épouse était porphyrogénète, ce que n’était pas l’épouse de Zénon. Ayant entraîné ses deux frères dans sa rébellion, il fut par deux fois capturé, ordonné prêtre avant de parvenir à s’enfuir en Italie avec ses cadets où on n’entendit plus parler de lui. Un autre fils d’Euphémia, Procopius Anthémius, l’époux de la patricia Héraïs, revint quant à lui d’Italie à la mort de Zénon mais ne réoccupa pas les hautes charges dévolues autrefois à sa famille. Sur fond de toute cette histoire pleine de bruit et de fureur, la figure d’Euphémia paraît bien effacée et ne reste d’elle pas d’autres souvenirs que ses traits esquissés sur un tremissis frappé à Ravenne en 468/9.

 

[1] aujourd’hui la ville de Sophia en Bulgarie

[2] Chronica Gallica, 649

[3] Vita Sanctae Matronae, 29

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