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La dernière impératrice gauloise
mardi 20 septembre 2016
par Pascal G. DELAGE
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Ce furent les violences qui accompagnèrent des convulsions ultimes de la dynastie de Théodose - assassinat de Valentinien III (16 mars 455), puis, trois mois plus tard, élimination du meurtrier de celui-ci, Petrone Maxime (31 mai 455) alors que les Vandales s’apprêtaient à mettre à sac et à sang la ville de Rome -, qui conduisirent les aristocrates de Gaule à proclamer l’un des leurs Augustus avec le soutien des fédérés wisigoths.

Natif de la cité d’Averna, Marcus Maecilius Flavius Eparchius Avitus est né à la toute-fin du IVe siècle probablement dans une des villae de la famille, propriété sise au bord du lac d’Aydat. Appartenant à une gens clarissime illustre (son père Agricola avait été préfet du prétoire des Gaules en 418 et consul en 421), Avitus devint préfet du prétoire des Gaules à son tour en 349 et il fut associé à l’installation des Goths en Novempopulanie, placés là par la Cour de Valentinien III pour surveiller la frontière hispanique afin d’en repousser toute incursion suève ou vandale. C’est ainsi qu’il fréquenta habituellement à Toulouse la cour du roi Théodoric. Son mariage fut conclu très probablement peu de temps avant l’accession d’Avitus à la préfecture des Gaules car des trois enfants qu’il eut de son épouse, Papianilla dît naître vers 435. En effet, c’est en 452 que Papianilla fut donnée en mariage à Gaius Sollius Apollinaris Sidonius (le poète Sidoine Apollinaire, plus tard évêque de Clermont), alors âgé alors d’une vingtaine d’années et dont le propre père et le grand-père avaient été également préfets du prétoire des Gaules.

Lors du terrible raid des Huns d’Attila contre la Gaule en 451, Avitus fut l’artisan efficace d’une coalition menée par le généralissime Aetius, les talents de négociateur de l’Arverne ayant fait merveille auprès du goth Théodoric. C’est n’est qu’avec cette alliance indispensable que les Romains purent contrer et finalement battre à la bataille dite des Champs Catalauniques les troupes innombrables qu’avait rassemblées sous sa poigne de fer et de sang le « fléau de Dieu ». Quelques années plus tard, après qu’Aetius eut péri sous les coups portés par l’empereur lui-même à Rome en septembre 454, l’empereur Valentinien III nomma Avitus généralissime pour la Gaule alors que ce dernier avait pourtant été un proche d’Aetius.

Ce fut presque « naturellement » que se portèrent sur Avitus les suffrages de l’aristocratie gauloise lors de la crise du printemps 455. Les représentant légitimes du pouvoir impérial apparaissaient fort lointain maintenant à Constantinople, et surtout ils s’étaient montrés incapables d’empêcher le pillage de Rome par les Vandales en juin 455, un pillage bien plus violent et traumatisant que le sac de la Ville Eternelle en 410 par les Goths d’Alaric.

On ne sait si son épouse accompagna Avitus à Arles, cité où, le 9 juillet 455, il reçut les insignes impériaux avant de partir pour Rome afin de faire reconnaitre son élection par le Sénat. Le séjour italien fut des plus houleux et l’empereur gaulois n’est pas le bienvenu tout particulièrement auprès d’une population romaine qui ne se sent pas protégé par cet « étranger ». Un coup d’état est ourdi par le généralissime Ricimer et le comes domesticorim Majorien. De retour en Gaule, Avitus regagne à bride abattue l’Italie mais ses alliés wisigoths, envoyés en Espagne, lui font défaut. Il est battu le 17 octobre 456. Magnanime, Ricimer lui accorde la vie sauve mais le fait ordonner évêque du siège de Plaisance dont le dépositaire venait de mourir.

Que s’est-il passé ensuite ? Avitus a-t-il voulu rejoindre la Gaule pour y retrouver ses partisans et a-t-il été assassiné par des sbires de Ricimer lancés à sa poursuite ? Est-il mort de mort naturelle ? C’est son cadavre qui reviendra en Gaule et que son épouse fera inhumer auprès du grand saint des Avernes, Julien, au sanctuaire de Brioude selon la tradition de l’inhumation ad sanctos : les empereurs de Ravenne ne se faisaient-ils pas enterrés auprès de saint Pierre à la basilique vaticane de Rome ?

Il ne semble pas que la vengeance de Ricimer s’étendit aux membres de la famille d’Avitus même si son gendre, Sidoine Apollinaire, dût composer, toute honte bue, dans les mois qui suivirent un panégyrique du vainqueur de son beau-père pour signifie la reddition de l’aristocratie des Gaules. Quant à la veuve de l’éphémère empereur, il semble bien que soit elle qui est évoquée par son gendre en 474, retirée dans sa villa et veillant sur l’éducation de ses petites-filles nées de Papianilla [1]. Elle put ainsi connaître les heures de gloire de son gendre, nommé Préfet urbain en 468, tout comme celles de son fils Ecdicius nommé Patrice en 474 par l’empereur Iulius Nepos. Mais c’était déjà la fin d’un monde et les petits enfants de l’éphémère impératrice – mais reçut-elle-même le titre d’Augusta ? - seraient les sujets de rois barbares.

 

[1] Sidoine Apollinaire, Ep 5, 16

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