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mercredi 20 septembre 2017
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Verina ou le pouvoir à tout prix.
samedi 20 août 2016
par Pascal G. DELAGE
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Verina n’appartenait pas à l’aristocratie constantinopolitaine. On ignore jusqu’au nom de ses parents et si son frère Basiliscus jouera un temps les trouble-fêtes à la Cour, on ne sait rien d’une autre sœur, épouse d’un certain Zuzus mentionné en passant par l’hagiographe de Daniel le Stylite [1]. Elle-même épousa un officier thrace, peut-être d’origine isaurienne, Flavius Valerius Leo [2], qui deviendra l’intendant du maître de la milice d’Orient, l’Alain Aspar. Aspar est alors tout-puissant à la Cour de Constantinople où règnent Marcien et Pulchérie, Marcien dont il a grandement favorisé l’accès à la pourpre impériale à la mort de Théodose II. Car Aspar est d’origine barbare (c’est un Alain) et il est arien, deux handicaps qui l’empêchent de convoiter pour lui-même le pouvoir suprême.

Toutefois lorsque meurt l’empereur Marcien en janvier 457, tous les regards se tournent à nouveau vers Aspar qui écarte de la succession impériale le gendre du prince défunt, Anthemius, pour conduire à la pourpre l’un des siens. C’est ainsi que Léon est proclamé empereur le 7 février 457. Il a alors 46 ans et mettra ensuite près de 9 ans à se débarrasser de la tutelle encombrante de son protecteur en s’appuyant sur un autre général isaurien, Tarasicodissa. Léon fut couronné par le patriarche Anatole de Constantinople et Vérina devint donc Augusta avec le privilège d’une frappe de monnaies à son effigie comme ce solidus frappé à Constantinople entre 462 et 466 avec comme légende AEL VERINA AUG. L’impératrice est représentée le buste drapé à droite, avec un diadème en perles, chi et rho sur l’épaule, la main divine la couronnant. C’est probablement à cette époque qu’elle ajoute « Aelia » à son nom, tradition héritée des impératrices de la dynastie théodosienne.

Vérina a déjà donné une fille, Ariane, à son époux, et une autre naitra après l’élévation du couple à l’empire, Leontia. Les deux filles seront mariées chacune avec un membre des clans qui entre-déchirent alors à la cour, Léontia avec Patricius, un des fils d’Aspar, et Ariane avec Tarasicodissa, un des leaders du clan des Isauriens. Verina donnera ensuite un fils porphyrogénète à Léon en 458, un fils qui lui fut promis par Daniel le Stylite [3] mais l’enfant mourut en 463 à l’âge de 5 ans [4].

Le frère de Vérina, Basiliscus, envoyé à la tête d’une expédition maritime considérable, fut la cause d’un désastre naval devant les Vandales en 468, qui fit perdre l’Afrique à l’Empire romain. Après son retour à Constantinople, Basiliscus dut se cacher dans l’église Sainte-Sophie pour échapper à la colère du peuple et à la vengeance de l’empereur : ne s’était-il pas enfuit du champ de bataille ? Toutefois par la médiation de Vérine, Basiliscus obtint le pardon impérial et fut simplement puni de bannissement à Heraclea Sintica en Thrace. Mais le généralissime Aspar profita de ce revers militaire pour revendiquer une part de pouvoir encore plus grande et la main de Leontia pour son fils Patricius. Demande très imprudente : en 471, Léon fit massacrer Aspar et les siens tout en épargnant cependant Patricius, devenu son gendre, et son frère Hermanaric. Leontia divorça, et l’époux de sa sœur, Tarasicodissa (Ariadna l’a épousé en 467/8), échangea son nom barbare pour celui de Zénon. Après tout, ce général fidèle ne venait-il pas d’exécuter les basses œuvres de Léon ? [5]. Zénon n’est guère populaire, et Léon nomme Auguste son petit-fils Léon II le 17 novembre 473, le fils de Zénon et d’Ariadna, pour éluder les querelles de succession.

Après la mort de Léon 1er, le 18 janvier 474, et l’accession de Zénon à l’empire le 9 février de la même année après la mort de son propre fils, Verina initia une révolution de palais avec le concours de son frère Basiliscus et de son amant Patricius qu’elle fit nommer Maître des offices. Le nouvel époux de Léontia, Marcianus, fils d’Anthemius et petit-fils de l’empereur Marcien, était aussi du complot ainsi que les généraux Théodoric Strabo – un Goth – et Illous, un autre Isaurien [6]. Zénon doit s’enfuir en toute hâte de Constantinople. Vérina exulte et pense pouvoir épouser son amant, voire même le porter sur le trône. Elle doit vite désenchanter et son triomphe est de très courte durée car c’est son frère Basiliscus qui confisque le pouvoir à son profit. L’impératrice se réfugie alors (ou est internée) au monastère des Blachernes.

Ne s’avouant pas vaincue, Vérina se réconcilie avec son gendre Zénon et parvient à chasser Basiliscus en août 476, Basiliscus qui avait eu le grand tort de faire assassiner son amant Patricius. Zénon ne sembla pas garder de la rancune pour sa belle-mère. A la Cour, Vérina ne cessa toutefois de chercher à tirer vengeance du général Illous qu’elle considérait – selon Daniel le Stylite -, comme responsable de la mort de Patricius. Illous échappa à plusieurs attentats dont l’un d’entre eux est fomenté directement par Epinicus, un favori de Vérina qui avoue l’implication de l’ancienne impératrice. À la suite de ce dernier attentat, Illous quitta la cour pour l’Isaurie en refusant d’y reparaître tant que Vérina y serait présente.

Zénon finit donc par bannir sa belle-mère de Constantinople où elle ne reviendra plus. Emmenée d’abord dans un couvent près de Tarse, elle est ensuite internée dans des forteresses en Isaurie sous la haute responsabilité d’Illous. Vérina est peut-être encore à la manœuvre quand éclate en 479 une autre insurrection contre l’empereur Zénon dirigée par sa belle-sœur Léontia, seule princesse porphyrogénète, et son époux Marcien. La révolte échoue lamentablement et quand, l’année suivante, Verina, par l’entremise de sa fille Ariane, implore la clémence de Zénon, celui-ci refuse dûment chapitré par Illous.

C’est l’évolution doctrinale de l’empereur Zénon qui amènera Vérina à quitter sa geôle isaurienne. Zénon se rapprochant sensiblement des partisans du monophysisme (condamné au concile de Chalcédoine en 451), le général Illous, farouche chalcédonien, entra alors en révolte ouverte contre son empereur en 483 et vint chercher un brin de légitimité auprès de la vieille impératrice (a-t-elle alors plus de 40 ans ?). Les insurgés assiègent Antioche et Vérina s’enferme dans le castrum de Papirius en Isaurie où viennent la rejoindre les chefs rebelles après l’échec du siège d’Antioche. Zénon envoya une armée composée d’Ostrogoths et de Romains mettre le siège devant cette forteresse réputée imprenable. Verina mourut peu de temps après le début de cette contre-offensive en 484 mais le siège dura jusque en 488. Illous fut capturé et mis-à-mort. Toutefois la dépouille de Verina fut ramenée à Constantinople pour être inhumée dans la basilique des Saints-Apôtres [7]. Zénon, quant à lui, mourut le 9 avril 491. Sa veuve Ariane conservera le pouvoir en convolant avec Anastase.

Selon le témoignage du Parastaseis syntomoi chronikai (§ 29), un texte du VIIIe siècle, une statue en bronze, élevée entre 457 et 474, représentait l’impératrice Verina au sommet d’une colonne aux environs de l’église de S. Agathonikos. Une autre fut dressée un peu plus tard toujours à Constantinople vers 4375/476, dans la région d’Anemodoulion, près de l’église Sainte-Barbara : De Vérine, la femme de Léon le Grand, [il existe] une statue de bronze près de l’église de sainte Agathonikos, au sommet d’une colonne placée sur des marches ; et une autre lui est encore dédiée, au sud du quartier d’Anemodoulion, proche de l’église de sainte Barbara. La première, celle de saint Agathonikos fut mise en place lorsque son époux était encore en vie ; l’autre, située au-delà de sainte Barbara, le fut après la mort de son époux Léon et la fuite de son parent Zénon, quand elle couronna son frère Basiliscus [8]. C’est ce qui devait rester de cette vie aventurière, quelques statues émaillant la mémoire fracturée de Constantinople…

 

[1] Vie de Daniel le Stylite, 68-69 ; ce couple est peut-être parent de l’un des derniers empereurs d’Occident, Jules Nepos, qui tenta de régner de 474 à 480 avec l’aide aléatoire des Orientaux, avant d’être assassiné à son tour le 9 mai 480 près de Salone (Illyrie).

[2] Léon pourrait être de la tribu isaurienne des Besses

[3] Vita Danieli, 38

[4] 5 mois selon d’autres sources

[5] L’Isaurien sera appelé Makellos, le Boucher, en raison du massacre des fidèles d’Aspar

[6] Vita Danieli, 68-69

[7] Jean d’Antioche, fragment 214

[8] Parastaseis § 29

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