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Une bête-noire des clercs de Rome
dimanche 13 juillet 2008
par Pascal G. DELAGE
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Il est des noms qui ne nous sont parvenus que par un accident de l’histoire, une stèle funéraire ayant échappé à la destruction, ou une mention insérée comme à regrets par un chroniqueur relatant quelqu’épisode fâcheux. Et le nom d’Octaviana était de ceux que les clercs du Ve siècle auraient aimé oublier.

C’est Arnobe le Jeune, le probable auteur du Praedestinatus (vers 435) qui, reprenant le catalogue des hérésies que venait de dresser Augustin d’Hippone, mentionne l’existence et l’activité d’Octaviana à propos d’un groupe des Tertullianistes qui se réclamaient de la prédication du Maître de Carthage : Une certaine Octaviana vint d’Afrique [à Rome]. Son époux, nommé Hesperius, était considéré comme un ami du dux Arbogast, et était également un proche du très puissant Maxime l’usurpateur. Cette Octaviana avait emmené avec elle un homme rusé et démoniaque que cent citations tirées des Saints auraient pu difficilement ébranler et en qui elle avait placé toute sa confiance. Là lorsqu’il eut dit qu’il était prêtre tertullianiste, en recourant à l’Ecriture sainte, il obtint l’autorisation de construire pour lui-même un cénacle hors les murs de la Ville. Ainsi pendant qu’il s’établissait en toute impunité en raison de la tyrannie de Maxime, il s’empara de notre lieu saint, celui des frères Processianus et Martianus, en disant qu’eux-mêmes avaient été Phrygiens [Montaniste] et que c’était donc légitime pour lui qui était un disciple de Tertullien. C’est ainsi qu’il a séduit le peuple en se servant des martyrs de Dieu. Mais Dieu, en donnant la victoire à l’Auguste très religieux Théodose, renversa par là-même le satellite de Maxime dont les Tertullianistes se réclamaient. Le prêtre s’enfuit avec la matrone avec qui il était venu et on n’entendit plus parler de lui, la rumeur ignorant même s’il est encore vivant ou mort (Praedestinatus, 86).

Il fallait que cette Octaviana fut puissante pour obliger l’évêque de Rome à céder une des basiliques martyriales de l’Urbs et il est facile d’identifier l’époux de la dévote et traditionaliste matrone. Fils du grand Ausone, Hesperus fut proconsul d’Afrique en 376-77 avant de revenir en Europe où il fut préfet de Gaule, d’Italie et d’Illyricum de 378 à 380. C’est vraisemblablement à cette occasion qu’Octaviana imposa son père spirituel aux autorités romaines (le cousin de son époux, Arborius, fut aussi Préfet de la Ville en 380). Même rentrée à Bordeaux avec son époux, Octaviana pouvait continuer à protéger la communauté montaniste de Rome où son époux vint régler des affaires officielles en 384 au nom de l’empereur Maxime (Symmaque, Relatio 23, 1). Il était difficile de s’opposer à la piété d’une telle dame.

Il est plus difficile par contre de déterminer la fin de l’expérience montaniste à Rome car Arnobe ou l’auteur du De Praedestinatus confond (volontairement ?) les deux usurpations, celle de Maxime (383-388) et celle d’Eugène (392-394). Privé de hauts protecteurs, le cénacle fondé par Octaviana et le prêtre africain auprès de la basilique des saints Processianus et Martinianus fut dispersé par les autorités catholiques qui se plurent à rappeler les liens entre la communauté schismatique et les fauteurs de troubles politique.

Octaviana était-elle d’origine africaine ou sa famille venait-elle de la province d’Aquitaine ? Au témoignage d’Ausone (si nous avons bien identifié l’Hesperius du Praedestinatus), le troisième fils de son propre fils, Pastor, mourut tout jeune avant 384. Il y a de fortes probalités donc pour que l’aîné soit né avant 376, date du proconsulat africain du père de Pastor : Octaviana serait donc originaire d’Aquitaine. Lorsque l’auteur du Praedestinatus dit qu’Octaviana vint d’Afrique, il désigne seulement le lieu ou elle résidait alors auprès de son époux.

A Pastor, mon petit-fils, enfant de mon fils.

Et toi aussi, victime prématurée, tu prends de force ta place en ces mûres douleurs, enfant, deuil si amer au cœur affligé de ton aïeul ! Pastor, cher petit fils, troisième enfant d’Hesperius, tu nous donnais déjà de si sûres espérances ! Ton nom, tu le devais au hasard, aux accents d’une flûte pastorale qui avait chanté ta naissance. On comprit trop tard ce présage de la brièveté de ta vie, qui s’envola comme le souffle échappé du roseau qu’il anime. Tu péris frappé d’une tuile, que laissa tomber du haut d’un toit la main d’un ouvrier. Non, ce n’était point la main d’un ouvrier, c’était la main du sort, qui voulait ton sang, et qui supposa un coupable. Hélas ! que de projets, que de bonheur tu me détruis là, ô Pastor ! C’est ma tête que cette tuile en tombant a brisée ! N’était-ce pas à toi plutôt de pleurer le terme de ma vieillesse, et de gémir tristement à mes funérailles ?

(traduction E. Corpet)