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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et les pauvres
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vendredi 10 août 2018
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Est-il possible de prétendre être la voix des « sans-voix » ?
mercredi 7 mai 2008
par Michel COZIC
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Les Pères de l’Eglise ont eu incontestablement la prétention de parler au nom des pauvres. Ils s’inscrivaient en cela dans une tradition biblique vieille de plusieurs siècles selon laquelle les prophètes se doivent d’être les défenseurs des déshérités, Jésus de Nazareth se présentant lui-même dans le Sermon sur la montagne comme un Messie pour les pauvres. Les Pères prennent donc la parole au nom des pauvres par fidélité à l’Evangile, ce qui implique un autre présupposé de type socioculturel, à savoir que les pauvres sont incapables de prendre la parole et qu’ils ont besoin de défenseurs et de porte-paroles. Il apparaît ainsi clairement que la première pauvreté, celle qui empêche toute promotion sociale, tout accès à une pleine humanité, est celle qui prive de l’éducation. Le pauvre est d’abord celui qui n’aura pas accès à la parole, au logos et à la culture de la paidéia.

Aussi, en prétendant parler au nom des pauvres, les Pères de l’Eglise veulent s’inscrire dans le sillage des prophètes bibliques, défenseurs des déshérités, et de Jésus de Nazareth qui s’était présenté d’abord comme « un messie pour les pauvres » (Lc 4, 21). Or cette prise de parole se fait dans un contexte socio-économique où les petits, les humiliores, sont nécessairement « aphones » car c’est justement un des traits caractéristiques de la pauvreté que d’être privé de l’accès à la parole, de l’art du discours et de la culture de la paideia, seuls marqueurs d’une pleine humanité aux yeux des hommes de l’Antiquité.

Sans revenir sur le phénomène général de la pauvreté et de la paupérisation dans l’Antiquité tardive, le colloque de La Rochelle entend préciser la nature des relations unissant les responsables des communautés chrétiennes et les hommes et les femmes vivant en grande précarité. Les Pères de l’Eglise, bien que souvent issus d’un milieu social aisé à l’instar d’Ambroise de Milan ou Basile de Césarée, vont faire le « choix prioritaire » des pauvres en devenant leurs porte-parole et leurs protecteurs face à l’insouciance ou l’arrogance des puissants. Dans cette perspective, le colloque de La Rochelle dégage un certain nombre de conséquences sociales, économiques et pastorales qui découlent de cette prétention à faire des pauvres des partenaires du dialogue social et spirituel.

Ainsi, à partir des exigences évangéliques et des opportunités sociales, émergent au IVe-Ve s. une culture et une façon d’appréhender l’humanité qui vont perdurer jusqu’à nous et qui nous interpellent toujours sur la place que nous faisons réellement aux « sans droit » et aux « sans voix » aujourd’hui. Il s’agit bien de laisser la parole à l’autre et même de faire silence devant ceux que Paulin de Nole appelait « nos seigneurs les pauvres ».

Les animateurs du colloque Michel Cozic, Annie Wellens et Pascal-Grégoire Delage