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Galla Placidia, le dernier empereur de Rome
dimanche 20 mars 2016
par Pascal G. DELAGE
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Fille de l’empereur Théodose et de sa seconde épouse Galla, Placidia était née vers 388/390 à Constantinople et de part sa par sa mère, elle se rattachait à la plus vieille noblesse d’Occident, sa grand-mère maternelle Iustina étant apparentée à Cereali Naeratii et à l’empereur Constantin. Orpheline de mère très tôt (en 394), Galla accompagna son père dans son expédition en Occident contre Eugène, et elle était auprès de lui lorsqu’il mourut à Milan le 17 janvier 395. Selon la volonté de Théodose, elle fut confiée à sa tante adoptive, Serena, l’épouse de Stilichon. Ce dernier, régent du falot Honorius, pensait pouvoir donner Placidia en mariage à son propre fils Eucherius quand il fut assassiné le 23 août 408.

Placidia était alors à Rome auprès de sa tante et il se peut que la jeune princesse ait joué un rôle dans la cabale sénatoriale qui aboutit finalement à l’exécution de Séréna au début du mois de novembre 408 alors que les Goths assiégeaient la Ville. Capturée ou donnée en otage à Alaric en 409 - dans la plus grande indifférence de son demi-frère Honorius, elle suivit le vainqueur de Rome dans sa marche vers le sud italien.

A la mort d’Alaric, elle échut en partage au beau-frère du défunt, Athaulf ; ils ne furent pas indifférents l’un à l’autre et Athaulf épousa Galla le 1er janvier 414 à Narbonne en grande pompe et selon les usages romains en présence d’Attale, un ancien préfet de la Ville porté à l’Empire par les Goths. A Barcelone, fin 414, Galla donna naissance à un petit Théodose qui marquait le rapprochement inespéré de la Romania et de la Gothia. Malheureusement l’enfant mourut bientôt. Il ne semble pas qu’il ait été assassiné en même temps que son père en août 415 à Barcelone car Placidia eût le temps d’enterrer son enfant dans un des haut-lieux de la chrétienté de Tarraconaise, inhumation ad sanctos auprès du corps du martyr africain Cucufas (peut-être un diacre exécuté en 304 à Castrum Octauianum/Sant Cugat à quelques kilomètres au nord de Barcelone). Ainsi s’éteignait l’espoir de cette alliance quasi-providentielle entre Romains et Barbares : « Athaulf, à Narbonne, épousa Placidia : ainsi se réalisa, pense-t-on, la prophétie de Daniel qui dit : fille du roi du Midi s’unira au roi du Nord, sans qu’il subsiste cependant de descendance à cette souche » [1].

Après l’assassinat de son époux, Placidia fut maltraitée et humiliée par les chefs goths du parti anti-Romains avant d’être renvoyée à Ravenne au début de l’année 416 en échange de livraison de blé. Sur l’ordre d’Honorius et sans enthousiasme, elle épousa le 1er janvier 417 le Patrice Constance, originaire de Naissus en Mésie, et à qui elle donna deux enfants, Iusta Grata Honoria (en 418) et Placidius Valentinianus, le 2 juillet 419 (futur empereur). Proclamée Augusta en 421 en même temps que son époux, celui-ci mourut très peu de temps après le 2 septembre 421. Les relations entre l’impératrice et son frère furent passionnées, puis Placidia tomba en disgrâce non sans avoir tenté de s’opposer à son demi-frère par généraux interposés. Il lui fut reproché de comploter contre la sûreté de l’Etat : n’avait-elle pas gardé auprès d’elle sa garde de soldats wisigoths ? Elle se réfugia avec ses enfants en Orient auprès de son neveu Théodose II ; elle possédait toujours des palais dans la capitale orientale (deux dans la 1re région et un dans la 10e région selon la Notitia Urbis Constantinopoleos).

Cependant il semble bien que son neveu n’était guère désireux de la voir auprès de lui et Placidia dut s’arrêter à Thessalonique. Par suite de la mort prématurée de l’empereur Honorius qui mourut le 15 août 423, Placidia se retrouvait à nouveau en position de force, pouvant prétendre alors la régence au nom de son fils Valentinien qui fut proclamé César à Thessalonique le 23 octobre 424 par Théodose II. Toutefois il fallut d’abord triompher de l’usurpation du primicier des notaires, Jean, qui s’était proclamé empereur à la cour désertée de Ravenne. Ayant triomphé de son rival avec le concours des forces impériales d’Orient, Placidia le fit exécuter à Aquilée avec des supplices qui annoncent déjà le Moyen-Age. Placidia pouvait maintenant régner au nom de son fils Valentinien proclamé empereur le 23 octobre 425.

Femme seule à la tête d’un empire déjà largement attaqué par des peuples en quête de nouvelles terres (Vandales, Wisigoths, Burgondes, Francs et autres Suèves), Placidia devait s’appuyer sur ses propres chefs de guerre qui ne cherchaient qu’à s’emparer du pouvoir à leur profit et à celui de ceux de leurs alliés. Ayant d’abord recherché l’appui du patrice Felix (assassiné en 430), puis l’alliance du patrice Bonifatius, elle dut finalement composer avec le magister militium Aetius dont elle cherchera continuellement à contrecarrer l’influence grandissante tout en le faisant nommer comes. Son fils Valentinien III finira par assassiner le seul homme qui eut pu sauver l’empire. De fait, à partir de 434, Aetius était devenu le chef incontesté des armées romaines. Femme très habile, devant sans cesse recourir à l’intrigue pour pallier l’incurie de ses propres forces, Placidia sera le dernier grand « empereur » romain d’Occident ayant régné en place de son fils durant 25 ans en des temps de feu et de sang. Ainsi c’est elle qui, en 448, accueille favorablement l’évêque d’Auxerre en Gaule, Germain, un ancien haut fonctionnaire, venu plaider la clémence pour les pays armoricains soulevés par la Bagaude. Il devait d’ailleurs mourir lors de son ambassade et l’impératrice se rendit plusieurs fois au chevet de l’agonisant qui décéda le 31 juillet [2].

Signe des temps, Placidia elle-même devait mourir à Rome le 27 novembre 450 où elle fit inhumée dans le mausolée impérial attenant à Saint-Pierre du Vatican et où elle avait fait déposer peu de temps les restes de son petit garçon mort prématurément en Espagne. Jamais elle ne reposa à Ravenne où le fameux mausolée à son nom n’est qu’une partie d’une très grande église (aujourd’hui disparue) dédiée à Saint-Nazaire qu’elle avait fait élever dans sa capitale. Elle marque à jamais de son empreinte Ravenne où elle fit encore édifier les basiliques Saint-Jean et Ste-Croix mais on lui doit également l’église Saint-Etienne à Rimini, les mosaïques de Ste-Croix-de-Jérusalem et la reprise du chantier de Saint-Paul-Hors-les-Murs à Rome ou encore St-Aquilin à Milan. L’église Saint-Jean de Ravenne fut édifiée à la suite d’un vœu qu’elle prononça alors qu’elle essuya une très violente tempête en Mer Adriatique en 423 avec ses deux enfants. Le programme iconographique de l’abside [3] comprenait des médaillons représentants les empereurs Valentinien Ier, Théodose Ier, Arcadius et Honorius, Gratien, Constance III et Constantin Ier. La présence de ce dernier pourrait surprendre – tous les autres princes sont apparentés directement à Placidia – si François Chausson, à la suite des travaux d’Angela Amici, n’y voyait la confirmation explicite du lien généalogique entre Constantin et Placidia, à savoir que sa mère Galla est bien l’arrière-petite-fille du premier empereur chrétien.

 

[1] Hydace, Chroniques, 57

[2] Constance de Lyon, Vie de Saint Germain, 42

[3] détruit en 1568, il est décrit par plusieurs auteurs

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