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Maria et Thermentia, les impératrices-enfants
mardi 5 janvier 2016
par Pascal G. DELAGE
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Avant même de devenir le beau-père de l’empereur d’Occident, le général Stilichon, un militaire de haut-rang d’origine barbare [1] était parvenu à entrer dans la famille impériale en épousant la nièce préférée de Théodose Ier, Serena, que l’empereur avait même semble-t-il adoptée comme sa propre fille selon le poète Claudien [2]. Le mariage eut lieu en 383 alors que Stilichon était devenu officier palatin en tant que comes sacri stabuli avant de devenir en 393 magister militum. Serena donnera trois enfants à Stilichon : Maria (née vers 386), Thermentia et un fils Eucherius (né en 389).

A la mort de Théodose (17 janvier 395), Stilichon exerça la régence au nom de son « neveu » Honorius alors âgé de 11 ans, et Séréna régna conjointement avec lui. Le couple se signale alors par son evergésie comblant en particulier de leurs largesses la cathédrale de Milan, cette dernière ville étant alors le siège du palais impérial, faisant édifier la basilique St-Nazaire destinée à recevoir les restes mortels du martyr inventé le 28 juillet 395 par l’évêque du lieu, Ambroise. A Milan encore, Serena veille encore sur sa nièce Galla Placidia chassée d’Orient par son demi-frère, Arcadius.

Pour assoir son autorité sur l’empire romain d’Occident, Stilichon fit donc épouser à l’empereur-enfant Honorius Maria, sa fille ainée qui est à peine nubile à la fin de l’année 398. Il semble bien que le mariage ne fut jamais consommé. Le jeune empereur souffrait-il d’impuissance mais le prince n’avait que treize ans et demi. Toutefois Maria mourut en février-mars 407 à Rome lors d’un voyage du couple impérial dans la Ville sans avoir donné d’héritier à la dynastie théodosienne. Elle fut inhumée dans un mausolée attenant à la basilique de St-Pierre-du-Vatican où l’on retrouva son sarcophage intact en février 1544 dans la chapelle consacrée à sainte Pétronille : une bulle [3] portant les différents noms de la famille impériale ôta tout doute possible quant à l’identité de la personne inhumée mais cette bulle fut malheureusement la seule pièce rescapée du mobilier funéraire de la jeune impératrice. Ce bijou de luxe (or, émeraudes, camée d’agathe et rubis), probablement offert par Honorius à son épouse, est l’un des très rares objets portant la mémoire de cette impératrice-poupée morte à à peine 20 ans.

Le régent ne perdit pas de temps et dirigea vers la couche impériale au début de l’année 408 sa seconde fille Thermentia qui portait le nom de son aïeule maternelle, la mère de Théodose Ier [4]. Avait-elle été gardée en réserve pour cette impériale destinée ? En effet, approchant de la vingtaine d’années, elle n’avait toujours pas été mariée et le régent devait de désespérer d’une descendance qui unirait son sang à la pourpre impériale. Mais d’aucuns murmuraient selon l’historien Zozime que cette absence d’héritier ne pouvait que servir les plans machiavéliques de Stilichon qui ne tarderait pas à placer son propre fils Eucherius sur le trône d’Occident après l’avoir marié à la princesse Galla Placidia… et liquidé son gendre d’empereur. La rumeur enfle, le mécontentement gronde, la politique de Stilichon vis-à-vis des peuples germaniques qui sont maintenant présents sur le sol italien n’est pas comprise. Naguère célébré comme le « sauveur de Rome », Stilichon serait-il prêt à trahir l’empereur ?

A la suite d’une conspiration ourdie par le Maitre des Offices Olympius, Honorius proclame la déchéance de son beau-père le 13 aout 408 à Pavie. Tous les grands-officiers proche de Stilichon sont alors exécutés. Lui-même est à Ravenne. Après avoir cherché refuge dans une église, il se rend sans illusion aux gardes d’Honorius et est exécuté le 23 aout. Eucharius fut aussi arrêté et exécuté dans la foulée le mois suivant. La jeune impératrice Thermantia est chassée de la Cour pour être conduite à Rome où réside sa mère. La chute de Serena est aussi une question de jours. Traduite le Sénat romain dont elle avait blessé les membres attachés à la vieille religion et y essuyant l’hostilité ouverte de sa nièce Placidia, Serena fut mise à mort par étouffement au début de novembre 308 sous motif de trahison, alors que les Goths assiégeaient une nouvelle fois Rome [5].

A Rome, il semble toutefois que Thermentia elle-même fut épargnée par le mouvement de haine qui avait déferlé sur la famille et les proches de Stilichon. Survivant aussi à la prise de Rome par les Goths le 28 août 410, l’ex-impératrice ne devait mourir qu’en 415 où sa mort fut annoncée à Constantinople le 30 juillet [6]. Thermantia fut inhumée près de sa sœur Maria dans ce même mausolée proche de la basilique Saint-Pierre-du-Vatican à Rome où vint les rejoindre Honorius après sa mort le 15 aout 423. Il ne s’était pas remarié et le trône d’Occident revint à son neveu Valentinien III, le fils de Galla Placidia.

 

[1] son père Fraomarius était vandale, sa mère était toutefois romaine

[2] Claudien, Serena, Laus Serenae

[3] bulle aujourd’hui conservée au Musée du Louvre, inv. n° OA 9523

[4] son nom complet était Aemilia Materna Thermantia

[5] (Zozime, Histoire nouvelle, 5, 38, 4

[6] Chronique pascale, année 415

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