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Eudoxie, l’impératrice mal-aimée
samedi 5 décembre 2015
par Pascal G. DELAGE
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Rien ne destinait cette fille de Bauto, un général franc de Théodose Ier, à devenir un jour impératrice des Romains. Née vers 380, mais orpheline très tôt de père et de mère (une Romaine), Eudoxie fut élevée dans le gynécée de la domus de Marsa, la veuve du général Promotus, un ami et collègue de Bauto, probablement pour devenir l’épouse de l’ainé des fils de ce général assassiné sur l’ordre d’un rival en 391. Ainsi tout enfant, sa destinée fut mêlée aux âpres luttes de pouvoir qui se menaient tant au Consistoire de l’empereur que dans les appartements privés du Palais. Les intrigues reprirent de plus belles à la mort de l’empereur Théodose Ier le 17 janvier 395. La beauté de la jeune fille allait être une pièce maîtresse dans le jeu des opposants au nouvel homme de Constantinople, le préfet du prétoire Rufin. A leur tête, le grand chambellan Eutrope commença à décrire les attraits de la fille de Bauto au jeune empereur Arcadius qu’il s’agissait maintenant de marier (il vient d’avoir 18 ans).

Eutrope entendait ainsi contrecarrer les projets matrimoniaux de Rufin qui feraient de lui le futur beau-père du jeune empereur comme Stilichon était parvenu à faire épouser une de ses filles à Honorius : Comme Eutrope constatait que l’empereur [Arcadius] écoutait volontiers ses propos, il lui montra un portrait de la jeune fille. Il fit ainsi accroître le désir d’Arcadius et le persuada de la choisir pour femme ; cependant Rufin ne savait rien de ce qui se tramait et croyait plus fermement que jamais que sa fille serait l’épouse de l’empereur et que sans tarder, il partagerait le pouvoir avec lui. Quand l’eunuque eut constaté que sa manœuvre en vue de ce mariage lui avait réussi, il ordonna au peuple de se réjouir et de porter des couronnes, selon l’usage à l’occasion d’un mariage impérial. Il prit dans le palais un vêtement qui convenait à la dignité impériale ainsi que des parures, les remit pour qu’ils les emportent à des serviteurs impériaux et s’avança à travers le centre de la ville, précédé par le peuple. Alors que tous croyaient que ces présents allaient être offerts à la fille de Rufin et faisaient cortège à ceux qui les portaient, quand ceux-ci arrivèrent devant la maison de Promotus (où résidait Eudoxie), ils y pénétrèrent avec les cadeaux des fiançailles, les remirent à la jeune fille… et révélèrent ainsi qui allait être l’épouse de l’empereur [1].

Le mariage fut célébré le 27 avril 395 et dût être assez heureux car la jeune impératrice obtint rapidement un bel ascendant sur son époux. La disgrâce de préfet du prétoire Rufin fut complète et il fut exécuté devant les murs de Constantinople le 27 novembre 395, sa femme et sa fille exilées à Jérusalem où elles devaient mourir par la suite. Eudoxia donna cinq enfants à son impérial époux : Flacilla (397), Pulcheria (399), Arcadia (400), Théodose (401) et Marina (403). L’impératrice se vit frapper des monnaies à son effigie comme ce solidus (401-403), Antioche, 3e off. AEL EUDOXIA AUG. Elle est représentée avec le buste diadémé et drapé, à droite vu de ¾ en avant, arborant collier de perles et boucles d’oreille ; la coiffure élaborée est ramassée en une longue tresse sur l’arrière de la tête, retenue par un diadème. Le buste est couronné par la main divine.

En effet, chrétienne volontaire et fort pieuse, un fils se faisant attendre, ce qui rendait sa situation précaire quoique Arcadius l’eût fait élever au rang d’Augusta dès le 9 janvier 400 (un acte dirigé aussi contre le chef de guerre Gaïnas qui contrôle alors la situation à Constantinople avec ses Goths), elle accueillit à la cour l’évêque de Gaza, Porphyre, qui venait demander une intervention militaire qui lui permettrait de venir à bout de la résistance païenne focalisée autour du temple de Zeus à Marmas. L’évêque prophétisa alors à l’impératrice la naissance d’un futur prince. Eudoxie accouchait d’un garçon l’année suivante le 10 avril 401. Dès lors, elle ne cessera de se placer sous la protection de cet homme de Dieu et, pour s’acquitter du vœu qui accompagnait la naissance d’un héritier mâle, l’impératrice fit édifier une basilique, l’Eudoxiané, sur les ruines du temple de Zeus que Porphyre était enfin parvenu à abattre. La dévotion d’Eudocie pour les lieux saints se manifesta encore par le transfert des reliques de saint Etienne à Constantinople, et à Jérusalem, par la construction d’un palais épiscopal, d’abris pour pèlerins et de la construction de l’église St-Etienne-hors-les-murs.

Elle accueillit aussi favorablement le nouvel évêque de Constantinople, Jean d’Antioche, qui succédait à Nectarios au début de l’année 398. Mais Jean n’allait pas tarder à agacer par son vaste plan de réformes religieuses qui englobaient aussi la conversion des mœurs de la cour, Jean qui, dans ses homélies, égratignait les vieilles mais puissantes coquettes comme Engraphia, Castricia ou Marsa, qui avait été la nourrice d’Eudoxie. L’impératrice fut définitivement gagnée aux vues de la cabale après que Jean s’en soit pris à l’évêque Sévérienos de Gabala, son protégé. Dans une homélie, Jean avait dénoncé d’une façon très générale des vices propres aux femmes, et Eudoxie s’était sentie personnellement visée. Lorsque Théophile d’Alexandrie, qui redoutait l’influence du siège de Constantinople, vint à Constantinople à la demande de Jean pour débrouiller une affaire canonique où il risquait fort d’apparaître en position d’accusé, il fut contre toute attente accueilli dans une résidence impériale et obtint même la condamnation de Jean par un groupe d’évêques hostiles au patriarche et son exil en septembre 403 (Synode du Chêne). Jean fut alors conduit en Bithynie. La population de Constantinople se souleva, Théophile d’Alexandrie dut fuir comme un voleur. Eudoxie fit rappeler Jean à la suite d’un présage (tremblement de terre [2], mort de la petite princesse Flacilla ou plus probablement fausse-couche de l’impératrice ?). Jean reprit, non sans hésitation, ses fonctions épiscopales à Constantinople. La réconciliation était fragile.

Quelques mois plus tard, à l’occasion de l’inauguration d’une statue d’Eudoxie et des jeux du cirque qui l’accompagnaient et que, lui l’évêque, jugeait païens, Jean s’en prit à nouveau à l’impératrice qu’il alla jusqu’à comparer à Hérodiade. Furieux, Arcadius fit savoir à l’évêque qu’il ne voulait plus le voir tant qu’il ne se serait pas justifié devant lui. Les adversaires de Jean et les partisans de Théophile relevèrent la tête. Lors de la Pâques 404, Jean et ses proches dont Olympias, sont chassés des églises de Constantinople après que le sang ait bien trop coulé dans les églises de la ville. Le 9 juin, l’évêque est conduit en Arménie romaine à Cucuse. Mais il est encore trop proche d’Antioche et de Constantinople pour ses adversaires : trois ans plus tard, il est envoyé à Pityonte sur la côte orientale de la mer Noire. Malade, se déplaçant difficilement à pied, il ne parviendra jamais au lieu de relégation : il devait mourir d’épuisement à Comane (Pont) le 14 septembre 407. Eudoxie, elle, devait mourir en couches, le 6 octobre 404, quelques semaines seulement après le départ en exil de l’évêque prophète [3]. La jeune impératrice, décédée prématurément, constituera alors un bouc émissaire idéal pour tous ceux qui avaient planifié l’élimination de Jean Chrysostome et qui étaient toujours dans les coulisses du pouvoir quand l’évêque fut réhabilité et sa dépouille ramenée à Constantinople avec tous les honneurs dus à un saint le 27 janvier 438.

 

[1] Zozime, Histoire Nouvelle,5, 3, 5 ; trad. F. Paschoud

[2] selon Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, 5, 34,5

[3] Palladius, Dialogue sur la vie et la mort de Jean, 9, 155 ; Zozime, Histoire nouvelle, 5, 23

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