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Galla, la jeune épousée de Thessalonique
jeudi 5 novembre 2015
par Pascal G. DELAGE
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La princesse Galla était la plus jeune des filles de l’empereur Valentinien Ier et de la romaine Iustina. Venue après un garçon, Valentinien (né le 2 juillet 371) et deux autres sœurs, Galla est née en 373 ou 374 probablement dans la ville impériale de Trèves ou dans une des luxueuses villae situées à l’arrière du limes : le prince Valentinien avait ainsi vu le jour dans la villa de Murocincta dans la banlieue de Sirmium. Le séjour dans la capitale des Germanies fut toutefois de courte durée car Valentinien Ier devait mourir le 17 novembre 375 lors d’une campagne contre les Quades. Ayant reçu des émissaires de ce peuple à Aquincum, une parole d’un des ambassadeurs le mit dans un tel état de fureur qu’il mourut d’une attaque d’apoplexie au terme d’une longue agonie.

Alors que son demi-frère Gratien accédait au pouvoir à Trèves en ces dramatiques circonstances, Galla quitta Aqunicum avec sa mère et ses frère et sœurs pour Sirmium, la capitale de la Pannonie, non sans qu’Iustina n’ait réussi à faire aussi acclamer son fils âgé de 4 ans comme empereur par l’armée du Danube. En effet, la veuve de Valentien Ier entendait bien exercer la régence au nom de du jeune Valentinien II avec le concours des grands officiers de Valentinien Ier comme le préfet du prétoire d’Illyrie Probus ou le magister equitum Mérobaud. Mais ni Gratien, ni leur oncle Valens qui régnait à Constantinople n’accordèrent guère d’importance à la Cour de Sirmium et à son petit empereur fantoche.

Mais la situation évolua brutalement quand Gratien fut mis-à-mort le 25 août 383. L’impératrice Iustina fondit sur Milan et parvint à faire reconnaître ses droits sur l’Italie et l’Illyricum face à l’usurpateur Maxime, bénéficiant alors de l’appui de l’évêque de Milan, Ambroise, un client de Probus. La suite des événements se révéla pourtant fort difficile pour la famille impériale : de confession arienne, Valentinien II et les siens ne tardèrent pas à entrer en conflit ouvert avec l’énergétique évêque Ambroise. La pression des Sarmates sur le Danube devenait telle qu’Iustina dut se résoudre à faire appel à Maxime. Celui-ci au lieu de marcher sur la Pannonie, descendit sur l’Italie au printemps 387.

La famille impériale doit fuir et, en septembre 387, Galla accompagne les siens dans leur fuite vers l’Orient et le port de Thessalonique y cherchant la protection de l’empereur Théodose Ier. Ce dernier se montrait très réticent l’idée d’avoir à intervenir en faveur de son jeune collègue d’Occident, d’autant plus que la reine-mère était arienne, une confession de foi qu’il avait fait fermement condamnée au Concile de Constantinople en 381. Jusqu’à ce que l’empereur ne les rejoigne à Thessalonique. Théodose est veuf depuis plus d’un an et Galla avait hérité de la beauté de sa mère : elle devait épouser l’empereur d’Orient, de 26 ans son aîné, alors qu’elle-même n’a que 15 ans, non sans avoir dû au préalable renoncer à l’arianisme comme sa mère et le reste de sa famille. Sur le chapitre de la religion, Théodose était on ne peut plus pointilleux.

Cependant Galla ne tarda pas à exercer sur son époux le même ascendant que l’impératrice défunte Flacilla : Théodose partit donc en campagne contre Maxime qu’il vainquit le 28 août 388 à Aquilée. Galla, de son côté, enceinte, partit pour Constantinople où son influence ne fut guère goûtée du jeune Arcadius qui l’expulsa de la cour en 390, profitant de l’absence de son père. Après la naissance de Galla Placidia (388), Galla donna encore deux fils à Théodose, Gratien (né en 389, l’enfant mourut avant 395) et Jean qui mourut à la naissance, entraînant sa mère dans la mort en avril 394. Elle avait appris peu de temps auparavant que son frère était décédé de mort violente à Vienne, probablement assassiné, le 15 mai 392 sur l’ordre d’Arbogast le magister militium que Théodose avait placé auprès de lui.

Une nouvelle fois, Galla avait alors conjuré avec force pleurs son époux de venger Valentinien, ce que Théodose ne semblait pas presser de faire. Fallut-il la mort de Galla mourut en couche à l’orée de ses 20 ans pour que Théodose parte finalement pour l’Occident ? Le 6 septembre 394 à la bataille du Frigidus, l’empereur, veuf une seconde fois, mit fin à l’usurpation d’Arbogast et de son « auguste » Eugène. Parvenue dans la capitale du nord, Milan, il fit revenir dans cette cité qui avait connu les jours heureux de Galla, la dépouille de sa jeune épouse pour qu’elle repose dans le mausolée impérial qui jouxtait l’église San-Lorenzo (aujourd’hui la chapelle Sant’Aquilino) pour qu’elle puisse reposer auprès de sa mère et de Valentinien II [1].

Théodose Ier ne devait pas survivre de beaucoup à sa jeune femme : il mourut le 17 janvier 395 à Milan à l’âge de 48 ans mais sa dépouille fut rapatriée à Constantinople pour être inhumée aux Saint-Apôtres auprès de l’impératrice Flacilla. On ne sait ce que devinrent les deux sœurs aînées de Galla, elles qui avaient choisi de demeurer vierge pour l’amour du Christ [2]. La dernière mention de ces princesses provient d’Ambroise qui rapporte qu’elles accompagnèrent le corps de du jeune Valentinien II à Milan où l’évêque ne procéda à ses funérailles qu’après en avoir reçu l’autorisation de Théodose en août 392 quoiqu’il ne fut pas baptisé. Mais qu’aurait pu refuser Théodose à sa jeune et très belle épouse ?

 

[1] M. J. Johnson, The Roman Imperial Mausoleum in Late Antiquity, Cambridge, 2009, p. 210

[2] Socrate, Histoire ecclésiastique, 4, 31

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