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Euphémie de Chalcédoine.
dimanche 10 avril 2016
par Pascal G. DELAGE
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Avançant en tête de ses vingt et une compagnes, toutes richement vêtues et parées de perles et de pierreries, portant dans leurs mains voilées la couronne de gloire, Euphémie est la grande martyre de Chalcédoine, la cité rivale de Constantinople, sise juste en face d’elle sur la rive asiatique du Bosphore.

Alors que Constantinople n’était encore que Byzance, Euphémie fut mise à mort à Chalcédoine, probablement livrée aux bêtes (condamnation dite ad bestias) en même temps que 49 personnes le 16 septembre 303, mais une tradition ultérieure la fera mourir sur le bûcher. Elle passait pour être la fille de Philophronos et de Theodorasiana dont les noms à forte consonnance religieuse pourraient traduire un enracinement chrétien déjà ancien de la famille et/ou le caractère idéalisé de la réécriture de la passio d’Euphémie.

Son culte est toutefois bien attesté au IVe siècle. Etheria en parle dans sa relatio entre 381 et 383, de même l’historien païen Zozime (Histoire, 5, 18, 7) ; Astérius d’Amasée prononce le panégyrique de la martyre vers 400, décrivant à l’occasion les mosaïques qui ornent son sanctuaire : Le juge est assis sur son siège ; il regarde la vierge d’un air farouche et cruel. L’art sait, en effet, quand il veut, peindre la colère, même sur une matière inanimée. Tout près sont les satellites, la foule des soldats ; les greffiers ont leurs tablettes et leurs stylets ; l’un d’eux suspend sa tâche et se tourne vivement vers la vierge, comme s’il lui ordonnait de répondre plus haut, craignant d’entendre mal et de commettre quelque erreur de procédure. Euphémie porte des vêtements sombres, et le pallium, signe de la philosophie. Le peintre lui a donnée une physionomie aimable : pour moi, son âme me paraît embellie par ses vertus. Deux soldats la conduisent au juge ; l’un marche en avant et la traîne, l’autre est derrière et la pousse. La pudeur se mêle au courage dans la démarche de la vierge. Elle baisse la tête comme si elle rougissait d’être regardée par des hommes, mais elle se tient sans crainte, et ne souffre point de montrer la moindre terreur dans le combat… Plus loin, dans la suite de cette peinture, les bourreaux, vêtus seulement d’une tunique, accomplissent leur tâche : l’un d’eux a saisi la tête de la vierge et la renverse en arrière ; il la maintient ainsi immobile, exposée aux tortures ; l’autre lui arrache les dents. On voit les instruments du supplices, un maillet et un foret… Le peintre a si distinctement rendu les gouttes de sang, qu’il semble q’on les voit réellement couler, et qu’on s’éloigne en sanglotant. Puis on aperçoit la vierge en prison ; elle est assise seule, dans ses vêtements de deuil ; elle invoque Dieu dans ses souffrances. Pendant qu’elle prie, apparaît au dessus de sa tête le symbole du martyre qu’elle va subir. Tout près, en effet, le peintre a placé un bûcher embrasé qui répand ça et là ses flammes rougeâtres et épaisses. Euphémie est au milieu, les mains vers le ciel ; son visage ne trahit aucune tristesse ; il montre plutôt la joie de fuir vers la vie immortelle et bienheureuse (trad. Bayet).

C’est dans cette même basilique de Chalcédoine que se tint un important concile oecuménique en 451 convoqué par l’impératrice Pulchérie et son époux Marcien contre les thèses monophysites d’Eutychès. Dès lors, le culte d’Euphémie devint un critère d’orthodoxie. Ses reliques passaient pour exsuder régulièrement du sang et répandre un parfum des plus suaves : L’odeur dépasse tout ce qui est familier aux hommes ; elle ne ressemble pas à celle que dégagent les prés en fleurs, ni à celle qui s’exhale de l’un des parfums les plus rares, ni à celle qu’aurait préparé un distillateur. Elle est étrange et surnaturelle, donnant aussitôt une idée du pouvoir qui la fait jaillir (Evagre, Hist. Eccl., 2, 3).

C’est peut-être ce rapprochement entre l’orthodoxie et la basilique de Chalcédoine qui explique l’honneur fait à Euphémie d’ouvrir la procession des vierges à l’image de Martin de Tours qui s’est illustré pour sa part, à la suite de son maître Hilaire de Poitiers, dans la lutte contre l’arianisme. Mais Théodoric, le souverain ostrogoth à l’origine de la basilique, était justement arien. Peut-être une invitation à repenser comment ceux que la tradition désigne comme « hérétiques » se représentaient eux-mêmes leur propre orthodoxie ?

 
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