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Aelia Flavia Flacilla
lundi 5 octobre 2015
par Pascal G. DELAGE
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L’année même de l’exécution du général Théodose, un des plus brillants de Valentinien Ier de son fils Gratien, son fils nommé également Théodose après s’être retiré sur les terres familiales à Cauca en semi-exil, épousait la jeune Aelia Flavia Flacilla. L’époux a 29 ans et la jeune promise n’a pas encore atteint ses vingt printemps. Quoiqu’il en soit de la disgrâce qui rejaillit sur les Theodosii après la décapitation du glorieux général à Carthage, son fils n’épousait pas une petite provinciale qu’aurait ennoblie une dot conséquence. Flacilla était la fille de Flavius Claudius Antonius, le préfet du prétoire des Gaules de Gratien de 377-8, et sa propre mère pouvait descendre d’Afranius Hannibalianus, le consul de 292 [1] car son frère se nommait Flauius Afranius Syagrius [2]. Leur sœur avait été donnée en mariage à Nebridius, autant de hauts-fonctionnaires qui fréquentaient la Cour de Gratien et qui ne semblaient pas avoir pris leur parti-pris de l’exécution de Théodose l’Ancien.

A la suite de la mort tout à fait imprévisible de l’empereur Valens sur le champ de bataille d’Andrinople (9 aout 378), Théodose fut officiellement rappelé d’Espagne pour prendre la tête des troupes restant en Orient avec le titre de magister militium afin de repousser les bandes de Goths qui dévastaient la Thrace et menaçaient tant Constantinople que Thessalonique. Ayant commencé à redresser la situation sur le Danube par suite d’une victoire sur les Goths en Pannonie, Gratien conféra la pourpre impériale à son jeune général victorieux pour la Pars Orientalis de l’Empire le 16 janvier 379. En fait comme en fait judicieusement l’hypothèse Pierre Maraval, la nomination de Théodose à la tête de l’Empire d’Orient ne dut être qu’une reconnaissance obligée et donnée du bout des lèvres par Gratien à ce qui ne fut d’abord qu’un coup d’état militaire appelée les circonstances particulièrement périlleuses que traversait l’Empire d’Orient [3].

Flacilla avait alors donné deux enfants à Théodose, Arcadius vers 377 et Pulcherie entre 378 et 381. Honorius naîtrait un peu plus tard le 9 septembre 384 (seul prince réellement porphyrogénète, insinue le poète Claudien dans son Panégyrique pour le 3e consulat). A l’occasion de ses quinquennalia, Théodose nomma son aîné et son épouse Augusta. Le titre est rarissime pour les impératrices du IVe siècle et n’a été porté auparavant que par Valeria, Hélène et Fausta. Flacilla est tout spécialement célébrée par l’idéologie impériale (monnaie, statuaire …) comme la « mère de la dynastie » et toutes les impératrices à venir vont rajouter le praenomen Aelia à leur propre nom comme garant de la légitimité dynastique. Son palais, le Flacillianon, se trouvait dans la Onzième région de la capitale selon la Notitia Urbis Constantinopoleos. Elle reçut aussi l’honneur d’une frappe de monnaie à son effigie comme ce demi-nummus frappé entre 383 et 386 à Constantinople, portant comme légende AEL FLACCILLA AUG, l’impératrice est représentée diadémée et drapée, vue de ¾ en avant.

Catholique intransigeante (quoique non baptisée comme beaucoup d’autres chrétiens convaincus à cette époque où l’on retardait le plus tard possible un sacrement dont on pouvait se montrait indigne), elle s’opposa catégoriquement à ce que Théodose n’aille écouter l’arien Eunome, célèbre pour ses dons d’orateur, alors qu’il prêchait près de Chalcédoine après avoir été chassé de Constantinople en 381 [4]. « Gardienne la plus pieuse du dépôt de Nicée », Flacilla était pourtant proche des Novatiens dont elle protégeait l’évêque à Constantinople. Femme pieuse, femme réaliste encore si l’on en juge par les propos qu’elle tient à son époux : « Songez toujours, mon ami, à ce que vous êtes et à ce que vous avez été. Ainsi vous n’oublierez jamais ce que vous devez au Seigneur, et pour rendre hommage à celui qui vous a donné, vous en ferez un pieux usage » [5].

Proche des petits, elle était la part d’humanité (thème rhétorique de la philandria abondamment développé par Grégoire de Nysse dans l’oraison funèbre de l’impératrice) du pouvoir impérial quand son époux se drapait de la splendeur de la pourpre : ainsi servait-elle la soupe populaire et visitait-elle les pauvres. A ceux qui lui reprochaient de trop se dépenser en faveur des humbles et de payer de sa personne, elle répondait qu’elle ne faisait que répondre au geste de Celui à qui est l’origine de tous les dons. Flacilla perdit sa petite fille à l’été 385 et partit alors en voyage en Thrace où elle tomba malade et mourut à Scotoumin, une ville thermale, le 14 septembre de l’année suivante. Le cortège revint lentement vers la capitale, la dépouille de l’impératrice était vêtue d’or et de pourpre et le peuple de Constantinople se rendit à pied au devant d’elle. Flacilla fut inhumée aux Saints-Apôtres comme tous les membres de la famille régnante, et c’est Grégoire de Nysse qui prononça son oraison funèbre le 14 octobre 386 : A Scotoumin s’en est allé l’ornement de l’Empire, le gouvernail de la justice, l’image de la miséricorde, ou plutôt son modèle même. On nous a enlevé l’exemple de l’amour conjugal, la pure offrande de la chasteté, la gravité affable, la douceur respectée, l’humilité dans les élévations, la pudeur dans la liberté, le mélange harmonieux des vertus. Il s’en est allé le zèle de la foi ; elle est partie la colonne de l’Eglise, la parure des autels, la richesse des pauvres, la main généreuse : il a disparu le havre commun des affligés [6]. A vrai dire rien d’original ; Grégoire ne connaissait pas la jeune impératrice (avait-elle seulement 30 ans au moment de sa mort ?) mais il se plaît à souligner son orthodoxie, sa clémence à l’égard des condamnés à mort, et de façon plus générale, ses vertus (douceur, conciliation, bonté, beauté) que tous les historiens anciens soulignent, vertus qui tempèrent ce que le pouvoir impérial peut avoir d’inhumain, participant par là même réellement à l’autoritas de son époux : Flacilla ne porte-t-elle pas le diadème que porteront après elle les impératrices byzantines ?

 

[1] Christian Settipani, Continuité gentilice et continuité familiale dans les familles sénatoriales romaines à l’époque impériale, Oxford University (R.-U.), Linacre College, coll. « Prosopographica & Genealogica », 2000, p. 380

[2] leur oncle Flavius Syagrius sera le consul en 381

[3] Pierre Maraval, Théodose le Grand, Fayard, 2009

[4] Sozomène, Histoire ecclésiastique, 7, 6

[5] Théodoret de Cyr, Histoire ecclésiastique, 5, 1

[6] De Flacillae obitu, 884 B

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