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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Dames d’Aquitaine
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Une pieuse belle-soeur, Silvia d’Aquitaine
dimanche 22 juin 2008
par Pascal G. DELAGE
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A l’été 398, descendant de Jérusalem vers l’Egypte, un groupe de pèlerins approche de la cité de Péluse sur la branche la plus orientale du Nil. On reconnaît parmi eux les moines Rufin, originaire d’Aquilée, le galate Palladios - tous deux proches du grand maître spirituel Evagre le Pontique à qui ils vont peut-être rendre visite dans son ermitage des Kellia dans le désert occidental -, mais aussi un diacre, Jovinien, qui deviendra plus tard évêque d’Ascalon, une femme – mais quelle femme ! - Mélanie, une aristocrate romaine de la plus haute noblesse, veuve d’un Préfet de Rome, ayant choisi de venir vivre en ascète à Jérusalem après la mort de son époux en 365… Or au témoignage même de l’un de ces pèlerins, ils faisaient route vers l’Egypte, la terre sainte des moines, pour accompagner une très grande dame, Silvia (encore appelée Silvania), la belle-sœur de l’ex-préfet Rufinus (Palladios, Histoire Lausiaque, 55).

Or ce dernier venait d’Aquitaine, ou plus précisément, pour respecter les appellations de l’Antiquité tardive, de la province de Novempopulanie, étant originaire de la cité d’Eluza (Eauze dans le Gers). L’aquitain Flavius Rufinus avait fait son apparition dans l’entourage de l’empereur Gratien à la cour de Trèves en 382, probablement dans le sillage du bordelais Ausone qui avait été le précepteur du jeune empereur et dont l’influence politique était sans conteste à la fin des années 370. Rufinus pouvait être aussi un proche de l’espagnol Théodose que le même Gratien avait appelé à la tête de l’empire d’Orient en 379, Théodose que Rufinus accompagnera par la suite à Constantinople où son ascension politique le conduira jusqu’à la Préfecture prestigieuse du Prétoire en 394. A la mort de Théodose (17 janvier 395), il ambitionna même la régence en faisant épouser sa fille au jeune empereur Arcadius mais celui-ci le fit abattre peu de temps après lors d’une revue militaire devant les murs de Constantinople le 27 novembre 395.

Silvia était aussi très probablement du Sud-ouest. Les détracteurs de Rufinus comme le poète Claudien raillant la médiocrité de ses origines, il est donc peu probable qu’il se soit uni avec une matrone d’un haut lignage. Or son mariage date de sa présence en Gaule - sa fille est nubile en 395 -, Silvia qu’elle soit l’épouse de son frère (peu probable) ou la sœur de son épouse, a de très forte chance d’être liée à l’Aquitaine. L’étonnant est que trois ans après l’assassinat de son beau-frère, Silvia bénéficie toujours d’appuis importants pour voyager d’une façon quasi-officielle, les ténors du mouvement monastique se faisant un devoir de l’accompagner dans son pieux périple.

Cinq ans plus tard, de retour en Occident, Silvia se trouve dans la région de Brescia où elle fonde un monastère. Peut-être y avait-elle des biens dans cette région ou bien l’évêque du lieu, Gaudentius, pouvait être un de ses proches (lui-aussi avait fait le pèlerinage en Terre Sainte à la fin des années 380). Elle demeurait toutefois en relation avec un autre Aquitain, l’évêque Paulin de Nole, à qui elle promet des reliques de martyrs orientaux pour l’église de son ami Sulpice Sévère à Primuliacum, Paulin qui l’appelle la « vierge Silvia » et rappelle par ailleurs que le but avoué du pèlerinage en Terre Sainte de la noble matrone était de ramener en Occident des reliques de nombreux saints (Paulin de Nole, Lettre 31, 1). Il semblerait d’ailleurs qu’elle ait accueilli dans son monastère la bordelaise Procula, rescapée de la tragique équipée de sa mère Euchrotia aux côtés de l’évêque Priscilien d’Avila.

Fidèle au cercle ascétique de Jérusalem animée par Mélanie l’Ancienne et à la recherche spirituelle qui s’y élaborait, elle demanda à Rufin d’Aquilée – de retour en Italie après ses déboires avec Jérôme de Bethléem - une traduction latine des Reconnaissances clémentines, mais elle mourut avant l’achèvement de l’ouvrage en 410, et la traduction sera finalement dédiée à l’évêque Gaudentius de Brescia qui avait accueilli Silvia et ses compagnes dans sa cité. Silvia fut ensevelie dans la basilique Ad Concilia Sanctorum au pied des murs de la cité, basilique qu’elle avait probablement fait ériger pour y déposer les reliques qu’elle avait ramenées d’Orient.