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Marina Severa, l’impératrice répudiée
dimanche 5 avril 2015
par Pascal G. DELAGE
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Très probablement d’origine pannonienne comme Valentinien, Severa devait appartenir au monde des généraux illyriens, le père de son père étant lui-même un militaire sorti du rang mais déjà parvenu au rang de comes rei militaris pour la Bretagne avant 350. Le mariage de Severa et de Valentinien eut lieu vers 355/358, son époux ayant alors atteint le grade envié de tribun des Ioviani, une des légions palatines alors qu’il se battait en Gaule sous les ordres du césar Julien. Seuera ne tarda pas à donner naissance à un fils, Gratien, le 18 avril ou le 23 mai 359 à Sirmium (aujourd’hui Sremska Mitrovica en Serbie), une ville proche de Cibalae, la ville natale de Valentinien et de son père Gratien. Valentinien avait 39 ans et la mère très probablement une vingtaine d’années.

En effet, Valentinien dû se retirer en 357 dans sa patrie alors que, membre de la garde de Julien, il fut victime d’une rumeur. Il ne fut rappelé aux affaires qu’à l’arrivée au pouvoir de l’empereur Jovien à qui il succéda, offrant alors la meilleure figure de compromis des forces en présence. Seuera dut alors rejoindre son époux et le suivre en Gaule. C’est là que leur fils, âgé de 8 ans, fut proclamé Auguste 24 août 367 à Amiens. Cette promotion n’empêcha pas Valentinien de répudier Seuera à la fin de la même année lorsqu’il qu’il prit la décision d’épouser à la fin de l’année 368 Iustina, la jeune et belle veuve de Magnence. L’usurpateur, éliminé en août 353 par Constance II avait été accueilli à la veille de la bataille de Mursa dans sa villa de Cibilae par Gratien l’Ancien (en représailles, la famille se vit confisquer tous ses biens par l’empereur légitime).

Aux dires de Socrate, Seuera commit l’imprudence de vanter, en présence de son époux, les charmes extraordinaires d’une de ses amies, Iustina, la fille d’un ex-praeses d’Italie, mais aussi apparentée à la famille de l’empereur Constantin. A nouveau habilitée à fréquenter la Cour du fait des liens anciens entre le père de l’empereur et son défunt époux, mort 15 ans plus tôt la jeune veuve n’avait alors qu’une douzaine d’années, Justina se retrouva parmi les proche de l’impératrice Seuera : Par la suite, elle fait la connaissance de l’épouse de l‘empereur Valentinien, Seuera, et elle avait avec l’impératrice de fréquentes rencontres ; et elle avait avec l’impératrice de fréquentes rencontres ; lorsque leur intimité eut grandi, elle prenait même des bains avec elle. Lors donc que Seuera vit Istina au bain, elle se prit d’amour pour la beauté de la jeune fille et se mit à raconter à l’empereur que la fille vierge de Iustus était d’une beauté si remarquable qu’elle-même, bien qu’étant femme, s’était prise d’amour pour ses belles formes. L’empereur mettant à profit les déclarations de son épouse, décida d’épouser Iustina, mais sans répudier Seuera, dont il avait eu Gratien que peu de temps auparavant il avait proclamé empereur [1].

Après la mort de l’empereur Valentinien (le 17 novembre 375 à Aquicum), Seuera retrouva une partie de son crédit auprès de son fils (Ammien Marcelin, 28, 1, 57) et la Chronique Paschale relate que Gratien rappela sa mère à la Cour dès la mort de Valentinien Ier. La même source relate une bien étrange affaire selon laquelle l’empereur aurait répudié Seuera pour avoir acheté un domaine à une veuve bien au-dessus de sa valeur en usant de sa position sociale [2]).

Il est possible qu’au début de l’année 386, Ambroise de Milan fasse encore allusion à la situation de l’impératrice-mère dans son sermon 8 sur l’Evangile de Luc : Supposer que la répudiée ne se remarie pas : devait-elle vous déplaire quand vous étiez son mari, elle qui vous garde sa foi, à vous adultère ?… Il est mal de chasser la mère, de garder les enfants, ajoutant à l’outrage envers son amour la blessure à ses affections [3].

Après la mort de Seuera et très probablement alors que son fils Gratien régnait encore (soit avant 383), son corps fut ramené à Constantinople pour reposer à côté de celui de Valentinien dans la basilique des Saints-Apôtres. Le corps de l’époux de Seuera, le seul Auguste occidental à reposer sur les rives du Bosphore, était arrivé dans la capitale le 28 décembre 375, mais il ne fut inhumé dans le sarcophage des Saints-Apôtres que le 21 février 382 selon les Consularia Constantinopolitana (peut-être à l’occasion de l’arrivée du corps de Seuera si elle était bien décédée à cette époque). C’est bien sûr après le retour en grâce de Seuera auprès de son fils à Trèves que le précepteur de Gratien, le rhéteur Ausone de Bordeaux, devenu un puissant ministre, composa une épigramme en son honneur : Heureuse entre toutes les femmes, je le suis grâce à lui : qu’il soit homme ou dieu, je suis sa mère [4].

 

[1] Socrate, Histoire ecclésiastique, 4, 31, 10-15 ; trad. P. Maraval

[2] Chronique Paschale, a. 36

[3] Commentaire sur l’Evangile de Luc, 8, 6 et 4

[4] Épigramme 7

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