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Charito, l’impératrice des 200 jours
jeudi 5 mars 2015
par Pascal G. DELAGE
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De par sa naissance, Charito appartenait au monde des généraux et hauts-fonctionnaires qui assuraient la pérennité de l’empire romain. Son père Lucillianus était un des comtes de Constance II pour qui il avait mené campagne contre les Perses en 350 avant d’être en charge de la protection de la préfecture d’Illyrie en 361. C‘est à ce moment qu’il fut surpris et capturé par Julien lors de sa descente foudroyante des Gaules vers Constantinople. Il fut assigné à résidence à Sirmium, cité dont sa famille devait être originaire à moins que ce ne fut de Pannonie [1]. Il avait déjà donné à ce moment-là sa fille en mariage à Flavius Claudius Iovianus qui faisait déjà partie de cette troupe d’élites de Protectores (la Garde impériale) de Constance II. Le mariage célébré vers 358/9 – le marié a 26/27 ans et la jeune mariée probablement une quinzaine d’années - fut couronné heureusement de l’arrivée rapide de deux enfants. L’aîné prénommé Varronianus comme son grand-père paternel naquit vers 360, et un deuxième enfant dont on ignore le nom au début de l’année 362 [2].

Le père de Jovien, Varronianus, originaire de Singidunum (aujourd’hui Belgrade) était un militaire de valeur et il ne tarda pas à devenir le Comes domesticorum de Constance II vers la fin du règne de celui-ci. Son aura demeura intacte chez les militaires sous le règne suivant et les historiens antiques sont unanimes pour écrire que c’est en pensant à lui que les généraux de Julien portèrent à la tête de l’empire son fils dans cette tragique nuit du 26 au 27 aout 363. Il put revoir son fils au retour de l’expédition calamiteuse en Perse qui se soldait par la perte de plus de cinq provinces orientales et de dommages de guerres exorbitants. La rencontre eut lieu probablement à Antioche au début du mois d’octobre 363 mais il mourut très peu de temps après.

Nouvelle impératrice, Charito dut prendre avec son époux la route de Constantinople mais la situation était tout sauf apaisée. Beaucoup ne pouvaient admettre la mort de Julien et le propre père de l’impératrice, nommé magister equitum et peditum par son gendre fut envoyé prestement en Occident pour y sécuriser la prise de pouvoir de Jovien. Après Milan, il se hâta de gagner la Gaule et c’est là qu’il fut pris à partie lors d’une mutinerie à Reims et qu’il fut frappé à mort, sédition dont n’échappa que par miracle le tribun Valentinien, le futur empereur, qui l’accompagnait. Ce ne sera finalement qu’en décembre 363 que Jovien pourra être sûr de la loyauté des troupes stationnées en Gaule à son égard.

Quelques semaines plus tôt il était parvenu à Tarse où il avait fait inhumer son impérial prédécesseur et c’est dans cette ville qu’il annonça le consulat à venir de son tout jeune fils. C’est ainsi qu’il inaugura son consulat à Ancyre (aujourd’hui Ankara) - toujours en route pour Constantinople - le 1er janvier avec l’un des tous plus jeunes consuls de l’empire qui ne goûta guère la cérémonie : « L’enfant cria et se débattit avec opiniâtreté pour ne pas être porté sur le siège curule selon la coutume » [3].

Si au plan religieux, Jovien apparaissait également être un homme de compromis et un chrétiens modéré – l’affirmation de Zosime selon laquelle il sacrifiait à Vénus et à Dionysios est bien sûr à prendre de façon allégorique, Charito aurait été plus militante que lui et elle aurait poussé son époux à l’automne 363 à incendier un temple bâti par Hadrien et que l’empereur Julien avait transformé en bibliothèque [4].

Après Ancyre, Jovien poursuivit sa route vers la capitale. On ne sait si Charito était auprès de lui à ce moment-là car il était seul en cette nuit du 16 au 17 février où il mourut dans sa tente asphyxié semble-t-il par les émanations d’un brasero [5]. Il avait régné 235 jours. On ne sait que devint ensuite Charito. Elle pouvait toujours être en vie vers 380 si c’est bien d’elle dont Jean Chrysostome parle dans sa lettre A une jeune veuve évoquant une ancienne impératrice craignant pour son sort et celui de son enfant. Sa condition ne pouvait être que précaire, son beau-frère Ianuarius, comes rei milataris pour la Thrace ayant été écarté de la succession de son frère, il semble que le petit Varronianus fut énuclée (sur l’ordre de Valens ?) pour l’empêcher de prétendre au trône impérial. L’enfant aurait vécu au moins jusqu’à sa seizième année. Charito, pour sa part, fut inhumée auprès de son époux aux Saints-Apôtres à Constantinople selon Zonaras [6] qui, seul, nous a conservé le nom de l’éphémère impératrice.

 

[1] Ammien Marcellin, Histoire ; 25, 8, 9

[2] Philostorge, Histoire ecclésiastique, 8, 8

[3] Ammien Marcellin, Histoire, 25, 10, 11

[4] Jean d’Antioche, frag. 181

[5] Ammien Marcellin, Histoires, 25, 10, 13

[6] Histoire, 13, 14

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