Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESAugustae et autres princesses
Dernière mise à jour :
mercredi 15 novembre 2017
Statistiques éditoriales :
789 Articles
1 Brève
73 Sites Web
31 Auteurs

Statistiques des visites :
56 aujourd'hui
516 hier
498678 depuis le début
   
Artémisia ou malheur aux vaincus !
jeudi 5 février 2015
par Pascal G. DELAGE
popularité : 12%

Né vers 325, Procope était apparenté à l’empereur Julien qui périt tragiquement le 27 juin 363 lors de la retraite qui suivit la malheureuse expédition contre les Perses lancée au mois de mars précédant. Certains en font un cousin germain du jeune auguste, sa propre mère pouvant être la sœur de Basilina, l’épouse de Jules Constance et la mère de Julien. En fait, il semble plus probable que Procope descende de l’empereur Constance Chlore et soit le fils d’une de ses filles ou de ses nièces. En effet, un autre Procope, appelé à un bel avenir sous les empereurs Valens et Théodose, était apparenté à l’impératrice Dominica, l’épouse de Valens, dont une fille portait le nom d’Anastasia, le nom même d’une des filles de Constance Chlore.

Quoiqu’il en soit, le jeune Procope avait grandi du côté de Corykos en Cilicie puis sous Constance II (337-361), il devint tribun des notaires, première marche d’une carrière prometteuse au sein du Palais. Puis Julien ayant succédé à Valens, il confia à Procope une importante fonction militaire lors de l’expédition contre les Perses. 30 000 hommes sont placés sous ses ordres et il reçoit mission de marcher vers l’Arménie pour prendre les Perses à revers. Il semblerait aussi selon Zozime – mais ce témoignage semble peu fiable aux historiens contemporains – que Julien ait pensé à Procope pour en faire son successeur : Julien lui avait confié, comme à son parent, la conduite d’une partie de ses troupes, et lui avait commandé de marcher avec Sébastien par l’Adiabène, et de le venir joindre par un autre chemin que celui qu’il avait pris, afin de fondre conjointement sur l’ennemi. Il lui avait aussi accordé la robe impériale par un motif fort secret [1]. Mal renseigné ou pas du tout informé, Procope resta dans l’expectative en Arménie et ne conduisit pas ses hommes vers le sud à la rencontre de son cousin et après la mort de l’empereur, c’est un officier illyrien qui fut choisi par le comitatum pour succéder à Julien.

L’amertume de la défaite, la mort des hommes et les conditions de paix humiliantes firent probablement passer Procope pour une sorte de traitre. Il se retira prudemment avec sa famille sur ses terres à Césarée de Cappadoce. Après le règne de l’éphémère Jovien (mort le 17 février 364), et l’accession au pouvoir des deux frères Valentinien et Valens, Procope – comme beaucoup d’autres proches de Julien – se sentis menacé et il s’enfuit, d’abord dans la région du Pont, puis en Chersonèse (Crimée). Mais même-là, il se savait encore à porter des coups des spadassins de Valens. Aussi tenta-t-il le tout pour le tout. Procope se rendit à Constantinople alors que Valens était retenu à Antioche, préparant une nouvelle offensive contre les Perses. Il réussit à faire arrêter le préfet du prétoire Nébridius et le préfet de la Ville Caesarius et il se fait finalement proclamer empereur le 28 septembre à l’entrée des bains d’Anastasie : Il se tenait là décomposé (on l’aurait cru évoquer les enfers). Comme on n’avait trouvé nulle part de manteau de pourpre, il était revêtu d’une tunique brodée d’or comme un serviteur de l’empereur, et, des pieds à la tête, il était semblable à un petit page à l’école, avec des chausses pourpres, si bien qu’on aurait cru voir sur une scène de théâtre, une sorte de caricature, surgie soudain du décor du rideau ou d’un jeu de pantomime [2]. Ayant réussi à rallier quelques légions, acheté quelques milliers d’auxiliaires goths, Procope fut un temps victorieux et il parvint à contrôler Constantinople et les provinces environnantes quand il fut trahi le 26 mai 366 par Gomoaire, un de ses généraux. S’enfuyant avec deux de ses officiers, ces derniers le livrèrent à Valens le lendemain qui fit décapiter le jour même Procope… et les deux hommes qui l’avaient trahi.

Et son épouse ? C’est Jean Chrysostome qui nous en reparlera dans un traité adressé en 381/2 à une jeune veuve d’Antioche dont l’époux, Thérasios, venait de mourir après cinq années de bonheur conjugal. Cherchant à détourner la jeune femme d’une seconde union, Jean, alors tout récemment ordonné diacre, lui rappelle le sort tragique de dames de la hautes aristocratie ayant perdue leur époux. Aussi en vient-il à évoquer Artémisia, l’épouse d’un usurpateur redoutable. Réduite à la mendicité à la suite de l’échec du complot de son époux, elle était devenue aveugle. Certes Jean ne le dit pas mais il est possible que cette cécité ne soit due en rien due à un chagrin extrême et qu’Artémisia ait eu yeux crevés ou brulés pour la tenir éloigner à tout jamais du pouvoir et du palais. Etait-ce à Antioche ou à Constantinople que l’impératrice d’un jour achevait sa vie misérable ? On dit aussi qu’Artemisia, devenue la femme d’un personnage très illustre et dont le mari avait lui aussi convoité le souverain pouvoir, tomba dans le même dénuement et perdit la vue la profondeur de son chagrin, l’abondance de ses larmes lui éteignirent les yeux ; elle a besoin maintenant qu’on lui prenne le bras, qu’on la conduise à la porte des autres pour qu’elle puisse mendier la nourriture nécessaire [3]. Il est possible qu’Artémisia ait été native d’Antioche, Jean l’appelant par son prénom et pouvait être connue des familles du diacre et de sa correspondante.

 

[1] Zozime, Histoire nouvelle, 3

[2] Ammien Marcellin, Histoire,16, 5, 15

[3] Jean Chrysostome, A une jeune veuve, 343

Articles de cette rubrique
  1. Prisca, l’épouse de Dioclétien
    5 octobre 2013

  2. Galeria Valeria Eutropia
    5 novembre 2013

  3. Flauia Iulia Helena Augusta
    5 décembre 2013

  4. Galeria Valeria, l’impératrice errante
    5 janvier 2014

  5. Flavia Maximiana Theodora, l’impératrice aux flancs féconds
    10 février 2014

  6. Fausta, l’épouse du premier empereur chrétien
    5 mars 2014

  7. Flavia Iulia Constantia, l’impératrice sacrifiée
    5 avril 2014

  8. Flavia lulia Anastasia, épouse d’un éphémère César
    5 mai 2014

  9. Flavia Iulia Eutropia, la Romaine
    5 juin 2014

  10. Les brus de Constantin.
    10 juillet 2014

  11. Eusèbia, ange ou démon ?
    5 septembre 2014

  12. Une mégère nommée Constantina
    10 octobre 2014

  13. Une princesse bien trop discrète, Hélène, l’épouse de Julien.
    5 novembre 2014

  14. Constantia, une fille « oubliée » de Constantin ?
    5 décembre 2014

  15. Faustina, éphémère impératrice
    5 janvier 2015

  16. Artémisia ou malheur aux vaincus !
    5 février 2015

  17. Charito, l’impératrice des 200 jours
    5 mars 2015

  18. Marina Severa, l’impératrice répudiée
    5 avril 2015

  19. Albia Domnica l’Arienne
    5 mai 2015

  20. Iustina ou le poids du lignage
    10 août 2015

  21. Constancia, la dernière des Constantinides
    5 septembre 2015

  22. Aelia Flavia Flacilla
    5 octobre 2015

  23. Galla, la jeune épousée de Thessalonique
    5 novembre 2015

  24. Eudoxie, l’impératrice mal-aimée
    5 décembre 2015

  25. Maria et Thermentia, les impératrices-enfants
    5 janvier 2016

  26. Eudocia, l’impératrice lettrée
    20 février 2016

  27. Galla Placidia, le dernier empereur de Rome
    20 mars 2016

  28. Aelia Pulcheria l’orthodoxe
    15 avril 2016

  29. Arcadia et Marina, les princesses moniales
    15 mai 2016

  30. Licinia Eudoxia, l’impératrice arrachée au Palais
    15 juin 2016

  31. Honoria, la princesse ulcérée
    15 juillet 2016

  32. Verina ou le pouvoir à tout prix.
    20 août 2016

  33. La dernière impératrice gauloise
    20 septembre 2016

  34. Euphémia ou l’échec d’une nouvelle dynastie
    10 novembre 2016