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« Prier quinze jours avec Jean Chrysostome » de Laurence Brottier.
mercredi 15 octobre 2014
par Guillaume BADY
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Itinéraire pour un enfantement spirituel : Laurence Brottier, Prier quinze jours avec Jean Chrysostome, coll. « Prier quinze jours » 173, Bruyères-le-Châtel, Nouvelle Cité, 2014, 128 pages, ISBN 9782853137447 (recension de Guillaume Bady).

Le numéro 173 de la collection « Prier quinze jours » vient combler un peu un manque dans le bel ensemble qu’elle constitue, où les Pères de l’Église sont encore peu représentés. Après Saint Benoît, par André Gozier (n° 14), Saint Bernard – si on l’accepte comme le « dernier des Pères » – par Pierre-Yves Émery (n° 15), Saint Augustin, par Jaime Garcia (n° 18), Saint Irénée de Lyon, par Véronique Minet (n° 130), voici donc Jean Chrysostome, par une spécialiste, Laurence Brottier.

Celle-ci, en effet, a notamment édité et traduit les Sermons sur la Genèse (Sources Chrétiennes 433, en 1998) et publié Figures de l’évêque idéal aux Belles Lettres (2004), puis, au Cerf, dans la collection « Patrimoines christianisme », L’appel des « demi-chrétiens » à la « vie angélique ». Jean Chrysostome prédicateur : entre idéal monastique et réalité mondaine (2005), ainsi que Les « Propos sur la contrition » de Jean Chrysostome et le dessein d’écrits de jeunesse méconnus (2010). S’intéressant plus que tout autre à la spiritualité de celui qu’après sa mort on a surnommé « Bouche d’Or », elle signe ici un vrai livre spirituel, un « itinéraire » balisé en 15 chapitres qui sont autant d’étapes.

Comme d’autres dans la collection « Prier quinze jours », Jean Chrysostome n’est pas qualifié de saint dans le titre ; il est vrai qu’il n’est pas la peine, comme on dit, « d’en rajouter ». La brève biographie liminale consacrée à cet Antiochien, né vers 349, puis devenu archevêque de Constantinople au début de 398 avant de mourir en exil le 14 septembre 407, souligne assez les paradoxes, proprement évangéliques, de celui qui a été martyrisé… par l’Église elle-même, avant d’être solennellement réhabilité en 438. Les deux pages lumineuses (p. 16-17) résumant l’itinéraire proposé dans ce petit volume permettent de découvrir Jean comme pasteur et ami, puis, dans une démarche fondamentale, de se demander qui est le Dieu qu’il prêche, si les chrétiens et la société en témoignent bien et, dans un chemin de conversion, d’interroger sa propre conscience pour mieux changer sa vie et son comportement et trouver le Christ dans le « quotidien le plus banal ». « On finira, écrit Laurence Brottier, sur la note dominante de la spiritualité chrysostomienne : la vie comme un merci perpétuel à Dieu, que la réalité vécue soit heureuse ou non » (p. 17).

Le choix des textes, tirés d’une bonne vingtaine d’œuvres et, pour un grand nombre, traduits à nouveaux frais, est très heureux, courageux même parfois, car le langage de Chrysostome – « pourfendeur de nos illusions qui nous chasse de nos confortables installations », est-il écrit en quatrième de couverture – prend souvent « à rebrousse-poil » son auditoire et prend le contrepied de ce qu’on aime entendre.

À vrai dire on aimerait en entendre davantage, car les citations mêmes de Chrysostome occupent une part limitée dans l’ensemble de l’ouvrage, mais c’est là une norme de la collection, permettant d’approfondir le sens de ces citations. De fait, les textes ouvrant chacun des quinze chapitres, établissant de judicieux rapprochements, sont suivis d’analyses et de commentaires qui les mettent bien en lumière, avant de laisser place à un questionnement actuel assez direct. D’une certaine façon, cette structure épouse à merveille celle des homélies mêmes de l’Antiochien, souvent consacrées à expliquer un passage biblique avant de passer à une ample exhortation morale.

Prenons un thème en exemple (p. 22-25) : l’enfantement spirituel des enfants de Dieu dans le baptême, justement rapproché de l’engendrement de fils spirituels par le pasteur lui-même – un engendrement qui, contrairement à une gestation naturelle, est promis à des douleurs sans fin et n’est pas exempt du danger d’un avortement, y compris après la naissance selon l’Esprit. Laurence Brottier, qui s’appuie notamment sur la 3e des Huit catéchèses baptismales, la 4e homélie Sur la Deuxième Lettre aux Thessaloniciens et le Sermon prononcé avant de partir en exil, explique bien la sincérité, l’humilité et la complexité des sentiments de Chrysostome vis-à-vis de ses « ouailles » qui sont en même temps ses frères, ses enfants, ses pères, son corps même et sa lumière ; elle-même appelle ensuite à une « renaissance intérieure » et à une mise en cause des rapports de supériorité ou d’infériorité entre êtres humains. Les passages chrysostomiens sont assez peu banals et l’image choisie, très forte.

On en trouve de riches échos dans d’autres écrits du prédicateur : concernant la maternité spirituelle de Paul, obligé d’enfanter une seconde fois ou d’attendre que les fidèles enfantent eux-mêmes le Christ (Homélies sur les statues, I, 1 ; Homélies sur la pénitence, I, 1), concernant la supériorité de l’enfantement spirituel sur l’enfantement naturel (Homélies sur Ozias, II, 1), concernant celui, surnaturel, des femmes stériles annonçant celui de la Vierge et la naissance de l’Esprit annoncée par Jésus à Nicodème (Homélies sur l’Évangile selon Jean, 26, 1), concernant l’enfantement non « pour la terre », mais « pour le ciel » des martyrs Maccabées par leur mère (Homélies sur les Maccabées, I, 3), etc. Il est intéressant de voir que le motif s’inverse aussi : à la différence de l’enfantement naturel, l’enfantement du mal provoque des douleurs soit après la naissance, comme si la conception se faisait après elle, soit dès le début de la conception (Explication du Psaume VII, 13 ; Homélies sur la pénitence, V, 3, etc.). Ces conditions, si peu naturelles, sont tout à fait comparables à celles de l’enfantement du bien : le pasteur use dans les deux cas de la même image, car dans les deux cas c’est la vie spirituelle qui est en jeu, engagée dans le combat moral entre le bien et le mal.

L’image est employée par Chrysostome encore en un autre sens, pour dire l’impatience des fidèles attendant que Jean Chrysostome parle (Sur l’incompréhensibilité de Dieu, II, 1 ; Homélies sur Ozias, III, 1 ; Homélies sur les statues, VIII, 1), impatience dite en termes de « douleur d’enfantement » (ὠδίς). Par ce désir de l’écouter, les auditeurs sont bien les pères de l’orateur sacré, ils l’engendrent d’une certaine façon dans son rôle de prédicateur en même temps qu’ils s’engendrent eux-mêmes et sont leurs propres pères.

Voilà donc une des illustrations de ce bel itinéraire guidé par Jean Chrysostome et de la façon dont ses paroles ont pu faire de l’effet, ou peuvent encore, comme on le lit encore en quatrième de couverture, « toucher le cœur des hommes du XXIe siècle ».

Guillaume Bady

 
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