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Une mégère nommée Constantina
vendredi 10 octobre 2014
par Pascal G. DELAGE
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Fille aînée de l’empereur Constantin et de Fausta, sœur des empereurs Constantin II, Constance II et Constant, Flavia Constantina aurait été l’aînée des deux derniers princes au témoignage de l’historien Philostorge [1] : elle serait donc née avant 316 si elle était l’aînée des enfants de Fausta mais elle est plus probablement née en 317, seconde enfant du couple impérial avant que ne naisse son cadet Constance en août 318.

Le 18 septembre 335, âgée de 18 ans, elle fut donnée en mariage à son cousin le nobilissimus Hannibalianus, le fils de Delmatius et petit-fils de Constance Chlore et de Théodora. Toujours selon Philostorge, Constantina reçut à cette occasion le titre d’Augusta de la part de son père. Nommé Roi du Pont, Hannibalianus n’en fut pas moins assassiné deux ans plus tard, en juin 335, lors de l’épuration de la Cour qui suivit la mort de Constantin. Il devait alors résider très vraisemblablement à Césarée de Cappadoce où Constantina devait se trouvait à ses côtés. L’ordre d’exécution émanait de Constance II ou de la junte militaire.

Veuve à 20 ans, Constantina se retira à Rome où elle fit élever la basilique consacrée à la martyre Agnès comme le rappelle l’inscription de la dédicace : CONSTANTINA, ADORATRICE DE DIEU ET CONSACRÉE AU SEIGNEUR, A DÉVOTEMENT POURVU A TOUTES LES DÉPENSES : AVEC L’APPUI CONSTANT DE LA VOLONTÉ DIVINE ET DU CHRIST, ELLE A CONSACRE CE TEMPLE D’AGNÈS, LA VIERGE VICTORIEUSE [2], participant sur ses fonds propres à la christianisation de l’Vrbs quand, de son côté, son frère Constant travaillait à l’édification de la Basilique consacrée au Prince des Apôtres au Vatican.

C’est lors de son séjour romain – entre 340 et 349 - que Constantina se vit dédier une statue par le praepositus rerum privatarum Flavius Gavianus : À UNE FEMME ISSUE DE LA RACE DIVINE ENGENDRÉE PAR LE FONDATEUR DE L’EMPIRE ROMAIN, LA FILLE DU DIVIN CONSTANTIN, LE TRÈS GRAND ET TRÈS PIEUX, ET SŒUR DE NOS SEIGNEURS CONSTANS ET CONSTANCE, TOUJOURS AUGUSTE, NOTRE DAME FLAVIA CONSTANTINA, NOBLE ET VÉNÉRABLE. FLAVIUS GAVIANUS, DE PERFECTISSIMUS RANG, PRAEPOSITUS RERUM PRIVATARUM, SON DEBITEUR A JAMAIS [3]. La base de cette statue ayant été retrouvée (en 1977) dans le voisinage de la basilique Saint-Jean du Latran, il est possible que Constantina ait vécu au Palais du Sessorium tout proche, palais ayant appartenu à son aïeule Hélène, à moins que par fidélité à la mémoire de son père, elle s’érigea aussi en protectrice de la basilique du Latran, la première des églises de Rome fondée par Constantin.

A la suite de l’usurpation de Magnence (le 18 janvier 350), le meurtrier de son frère Constant, Constantina qui avait quitté Rome et séjournait en Illyrie, incita le général Vetranion, le 1er mars 350, à prendre le titre d’Auguste à Sirmium pour contrer l’usurpateur qui de la Gaule était déjà passé en Italie. Il est vrai que Magnence avait proposé en mariage sa propre sœur à Constance II et il demandait en échange la main de la veuve d’Hannibalianus [4]. La proclamation de Sirmium offrit peut-être à Constantina l’occasion de contrer son frère Constance II qui était à l’origine de la mort de son premier époux mais plus vraisemblablement Constantina chercha d’abord à préserver les intérêts de sa famille. Aussi obtint-elle sans peine que le vieux général abdique par la suite sans faire d’histoires le 25 décembre 350. La situation géopolitique était stabilisée en Orient et Constance II pouvait se retourner contre Magnence. Le vieux militaire avait bien gardé la place et le verrou de l’Illyricum. Redevenu un simple particulier, il obtint de se retirer à Pruse de Bithynie où il mourut – rare privilège - de sa belle mort en 356.

L’année qui suivit l’éviction de Vétranion, Constantina fut à nouveau mariée par son frère Constance à un autre de ses cousins germains, Gallus, le fils d’Iulius Constantius et de Galla. Le mariage eut probablement lieu à Sirmium le 15 mars 351, le jour où Gallus fut proclamé césar par Constance II. Constantina a 34 ans, Gallus 26 ans. La princesse accompagna ensuite Gallus en Orient après la victoire de Constance II sur Magnence à Mursa le 28 septembre 351. Les relations avec les Perses demeuraient très conflictuelles et, depuis sa capitale d’Antioche, le jeune prince aurait à protéger la frontière orientale de l’Empire.

Toutefois à Antioche et malgré la présence du préfet du prétoire d’Orient Thalassios, les relations se tendirent rapidement entre le couple princier tant avec les membres de l’aristocratie locale qu’avec les fonctionnaires impériaux. Peu ou pas préparés à exercer le pouvoir, Gallus et Constantina s’enferrèrent dans une spirale de violence irraisonnée qui culmina avec l’exécution sommaire en avril 354 du nouveau préfet du prétoire Dominitianus (Thalassios était mort entre temps) et celle du questeur Montius. Les historiens anciens se montrent très durs à l’égard de Constantina comme Ammien Marcellin la décrivant assoiffée de sang et bouffie d’orgueil, ou encore Philostorge qui impute la responsabilité de ces meurtres tout spécialement à l’Augusta qui s’était sentie insultée dans sa dignité. Elle n’aurait pas supporté une atteinte à sa souveraineté que ces émissaires de Constance II venaient lui signifier [5]. Mais cette fuite en avant ne pouvait se terminer que de façon tragique.

Quand Gallus est appelé à la cour impériale, alors à Milan, pour rendre compte des abus qui y ont été dénoncés, Constantina tente de le sauver en le devançant personnellement auprès de son frère. C’est lors de ce trajet qu’elle meurt en Bithynie au poste de Caenos Gallicanos, sur la route d’Ancyre à Nicée, durant l’été 354 [6], peut-être en raison de l’accouchement prématuré d’une petite fille [7]. Il semble toutefois que le bébé survécut et la fillette pourrait être identifiée à la clarissime Anastasia, la mère de Gallus et d’Adeodata [8]. Le corps de Constantina fut rapporté à Rome et déposé dans un mausolée qu’elle avait fait préparer au flanc de la basilique Ste-Agnès sur la via Nomentana. Gallus, quant à lui, démis de ses fonctions à Poetovio, fut décapité à Flanona (aujourd’hui Plomin) en Istrie en octobre 354. Il avait 29 ans.

Par la suite la tradition de l’Eglise de Rome reconfigura la figure de la fille ainée du premier empereur chrétien en héroïne chrétienne. Selon la passion de Gallicanus (un personnage par ailleurs connu du Liber Pontificalis), ce dernier, un général et consul païen de Constantin, ne consentit à aller combattre les Perses qu’en échange de la main de la princesse Constantina à qui il confia ses deux filles Artemia et Attica avant de partir en guerre. Revenu victorieux de l’Orient, il trouva ses filles converties au christianisme et pratiquant l’ascétisme sous la direction d’une Constantina ayant fait vœu de virginité. Gallicanus se convertit à son tour et partit pratiquer l’anachorèse en Egypte avant de périr martyr sous Julien !

 

[1] Histoire ecclésiastique, 3, 22

[2] ICVR 8, 20752

[3] CIL 6, 40790

[4] Pierre le Patrice, frg. 26

[5] Philostorge, Histoire ecclésiastique, 3, 28

[6] Ammien Marcellin, Histoires, 14, 11, 6

[7] Julien, Aux Athéniens, 272

[8] Silvagni, 1929, p. 145

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