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VIENT DE PARAITRE
mercredi 1er février

Sylvain DESTEPHEN

LE VOYAGE IMPÉRIAL DANS ANTIQUITÉ TARDIVE : DES BALKANS AU PROCHE-ORIENT)

En 324, la fondation de Constantinople sur les rives du Bosphore modifie les voyages impériaux qui s’organisent désormais autour de la nouvelle capitale. D’abord considérée comme un point de départ ou de passage, Constantinople se transforme en lieu de pouvoir. La reconstitution des itinéraires permet de saisir l’évolution de l’Empire romain dans sa moitié orientale du IVe au Ve siècle, l’État et la cour avançant d’un même pas. Suivi de sa famille et de ses familiers, escorté par les hauts fonctionnaires et les officiers supérieurs, l’empereur se déplace sans cesse. La présence de parents et de courtisans, d’officiels et de soldats, montre que les voyages impériaux possèdent une dimension privée et publique autant que civile et militaire. L’ampleur de la suite et de l’escorte exige de vastes réquisitions pour fournir gîte et couvert, véhicules et attelages. Le système de cour, porté à sa perfection sous la dynastie théodosienne (379-450), circonscrit ensuite les voyages aux environs de Constantinople, devenue le cadre unique du faste impérial

Éditeur : Boccard

ISBN : 978-2-7018-0493-4

 
Des traces aux lettres
jeudi 25 juin 2015
par Pascal G. DELAGE
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LA NOTICE DE GENNADE DE MARSEILLE

A la fin du Ve siècle, un prêtre marseillais du nom de Gennade, poursuit l’œuvre de saint Jérôme intitulée De uiris inlustribus, une sorte de who’s who des auteurs chrétiens de leur époque. C’est un petit ouvrage connu seulement par un petit cercle de spécialistes. Or sa notice 49 (PL 58, 979-1120) est consacré à un certain prêtre Eutrope : « Le prêtre Eutrope a écrit à deux sœurs, servantes du Christ, qui, en raison de leur vœu de chasteté et de leur amour de la religion, avaient été déshéritées par leurs parents, deux lettres de consolation en forme d’opuscules dans une langue brillante et élégante, non seulement fondées sur la raison mais sur le témoignage des Ecritures ». Or ces deux lettres ne vont être identifiées qu’en 1942 par le chercheur espagnol José Madoz (sj) dans les écrits faussement attribués à saint Jérôme. Dans la foulée, Pierre Courcelle réexhume deux autres traités ascétiques écrits de la même main et dédiés aux mêmes correspondantes, Cerasia, et à sa sœur, les deux filles d’un certain Gerontius.

Nous n’allons pas ici analyser le contenu de ces quatre lettres qui portent avant tout sur le renoncement évangélique et la manière d’interpréter l’Ancien Testament de façon chrétienne. Eutrope invite ses correspondantes à renoncer à la sagesse selon le monde pour se consacrer à la contemplation divine et accéder à la résurrection promise par le Christ. Nous avons là des traités qui reflètent tout spécialement les préoccupations des élites chrétiennes de la fin du IVe siècle : ascétisme, mépris de la chair et culte des reliques. Les traités d’Eutrope révèlent aussi un écrivain de grande culture tant littéraire que philosophique, alliée à une solide formation biblique. Un de ses maîtres spirituels est Tertullien l’Africain mais il connaît aussi Hilaire de Poitiers, et il est encore attaché à la figure de Pierre comme chef des Apôtres.

Malheureusement Eutrope se montre très avare de détails autobiographiques dans ses lettres mais après tout c’est bien normal car il connaît personnellement ses deux correspondantes. Que nous dit Eutrope de lui-même ? Il a été présent au printemps 386 à Milan quand l’évêque Ambroise a retrouvé providentiellement les corps de deux martyrs jusque-là inconnus, Gervais et Protais. Cette invention aura une répercussion incroyable en Occident car elle signe de façon miraculeuse la victoire définitive des chrétiens orthodoxes sur l’hérésie arienne soutenue quant à elle par l’impératrice Justine. Demander et recevoir des reliques de Gervais et Protais (en fait des brandea), c’était proclamer hautement son appartenance au clan d’Ambroise et des orthodoxes. Toutefois Eutrope écrit à une époque où Ambroise est beato, c’est-à-dire mort. Nous sommes donc après 398. Autre confidence d’Eutrope, il est un proche de Paulin de Nole qu’il appelle Paulinus noster, une épithète qui renvoie autant à une proximité de pensée que de vie. Dans ces lettres, Eutrope s’en prend également et de façon violente au manichéisme qui méprise la chair et l’œuvre créatrice de Dieu, manichéisme qu’il ne voudrait pas que l’on confonde avec la pratique de l’ascétisme chrétien. Toutefois si cette religion est bien présente en Occident, c’est principalement en Afrique du nord et de façon résiduelle. Par contre, chez les auteurs de la fin du IVe siècle, on désigne facilement par « manichéisme » un mouvement spirituel chrétien né de la prédication de l’évêque Priscillien d’Avila. Cet ascétisme extrême et contestataire fut condamné successivement par les conciles de Saragosse (380) et de Bordeaux (384) et affecta principalement le nord de l’Espagne et l’Aquitaine. Dernier détail biographique à scruter : Cerasia et sa sœur sont dites filles de Gerontius. Plutôt que de chercher à identifier ce Gerontius avec un quelconque personnage illustre contemporain, nous avons plutôt affaire à un jeu de mot tel qu’on les affectionne alors. « Gerontius », c’est en latin le « vieux » ou l’« ancien », ce qui se traduit en grec par « presbuteros » qui veut dire aussi le prêtre. Or Jérôme dans une lettre qui date de 411 (Ep. 130) nous rapporte une étrange histoire : « voilà ce qu’a fait récemment dans cette ville [Rome] un prêtre riche : il a laissé dans la pauvreté deux de ses filles qui avaient fait vœu de virginité ; toute sa fortune a pourvu au luxe et aux plaisirs de ses autres enfants ». Il est à peu près certain qu’il faille identifier la correspondante d’Eutrope avec la fille de ce prêtre romain.

 
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