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Flavia Iulia Constantia, l’impératrice sacrifiée
samedi 5 avril 2014
par Pascal G. DELAGE
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C’est en février 313 que Constantia fut donnée en mariage à l’Auguste d’Orient Licinius, alors âgé d’environ 50 ans, un « égorgeur qui, selon E. Stein, constitue la figure la plus répugnante parmi les souverains de cette époque ». Ce dernier était parvenu à se tailler une destinée impériale auprès de Galère à la suite de la rencontre de Carnutum (novembre 308) qui avait tenté de mettre un peu d’ordre dans le chaos qui avait suivi la mort du père de Constantia et le putsch de Constantin en 306. Constantin venait d’éliminer son beau-frère Maxence à la bataille du Pont-Milvius le 28 octobre 312 et cela il le devait en partie à la neutralité de Licinius qui régnait sur la péninsule balkanique et la Rhétie depuis la mort de Galère (fin avril 311). Par un retour de bons procédés, Licinius venait chercher confirmation de la neutralité bienveillante de Constantin en se rendant auprès de lui à Milan : il s’agissait maintenant pour Licinius d’éliminer le neveu de Galère, l’auguste Maximin Zaïa qui tenait l’Orient romain. Lors de la rencontre de Milan, furent évoqués le partage de l’Empire et les modalités de la paix religieuses dont pourraient bénéficier les chrétiens de la Pars Orientalis de l’Oécuméné mais Constantin, peut-être sensible à de vieilles sirènes dynastiques, parvint aussi à assoir sur le trône impérial de l’Illyricum sa sœur Constantia, descendante comme lui – en tout cas selon les panégyristes de la Cour – de l’empereur Claude le Gothique.

Très rapidement Licinius se débarrassa de l’auguste d’Orient Maximin Zaïa qu’il contraignit au suicide dans la ville assiégée de Tarse. Licinius ordonna l’exécution de l’épouse de Maximin, jetée dans l’Oronte à Antioche, et celles de ses enfants âgés de 10 et 8 ans. D’autres exécutions suivirent comme celle d’un fils non-légitime de Galère, Candidianus, et l’année suivante, celles des impératrices Prisca et Valeria, épouse et fille de Dioclétien. Constantia a suivi son époux en Orient et l’union fut bientôt comblée de la naissance d’un héritier à l’été 315, prince à qui il fut donné le nom de Licinianus. Mais alors que Licinius voyait prendre corps l’espoir d’une dynastie - l’épouse de l’auguste d’Occident, Fausta, demeurait stérile -, cette naissance même allait mettre le feu aux poudres et la guerre ne tarda pas à se déclarer entre les deux beaux-frères. Une première guerre opposa Licinius et Constantin à l’automne 316. Licinius fut vaincu le 8 octobre près de Cibalae [1] et dut se réfugier en Orient, ayant juste le temps d’entraîner dans sa fuite Constantia et son fils. Dans les négociations qui suivirent, Licinius dut renoncer aux provinces balkaniques pour se contenter de l’Orient grec. En contrepartie, le fils de Constantia fut élevé au rang de césar le 1er mars 317 en même temps que ses cousins Crispus et Constantin II, le fils que Fausta était parvenue enfin à donner à son époux. Si Crispus a près de 20 ans, les deux autres césars ont respectivement un an et demi et un an…

Selon un miliaire découvert près d’Alba Iulia, Constantia aurait également donné à Licinius un second fils dont on ignore tout. Cet enfant dut naître avant que Licinius ne soit contraint d’évacuer les Balkans et dut mourir en bas-âge. A la cour de Nicomédie, Constantia put protéger les communautés chrétiennes quand son époux se mit à les traiter avec de plus en plus de suspicions. Il est vrai qu’elle était chrétienne, peut-être baptisée, alors que son époux était un adepte des cultes traditionnels romains. C’est probablement grâce à Constantia qu’un évêque parent de l’épouse du préfet du prétoire de Licinius, Eusèbe de Bérytos (Beyrouth), put se retrouver à la tête de l’Eglise de la capitale vers 318. En effet, par la suite, elle lui accordera constamment son soutien. Pour l’heure, Licinius s’employait à restreindre les activités des leaders des communautés chrétiennes voyant – non sans raison - en eux des alliés objectifs de son rival occidental. Constantin prit alors justement prétexte de la politique religieuse de Licinius pour mener contre Licinius une véritable « guerre sainte ». Licinius est défait une nouvelle fois le 3 juillet 324 devant Andrinople, puis sur mer, au début du mois de septembre, sous les remparts de Byzance et encore une fois le 18 septembre à Chrysopolis. Licinius se terre maintenant avec les siens dans Nicomédie que Constantin vient assiéger. Licinius ne tardera pas à capituler. Il dépêche alors Constantia au-devant de son frère pour qu’elle intercède en sa faveur en même temps que l’évêque Eusèbe. Constantia parvient à obtenir que son époux ait la vie sauve. Envoyé d’abord en exil à Thessalonique, Constantin ne tardera pas à faire disparaître son beau-frère l’année suivante en mars 325 en dépit de la parole donné. Licinianus, le fils de Constantia fut à son tour exécuté sur l’ordre de son oncle en 326 sans que l’on ne connaisse les circonstances de ce nouveau drame familial.

Constantia fut non seulement épargnée par les coups qui frappèrent ses proches mais elle resta à la Cour de son frère à Nicomédie. Proche du groupe des évêques animés par Eusèbe de Nicomédie et Eusèbe de Césarée [2], c’est elle qui, semble-t-il, obtint de Constantin obtient le rappel d’exil du prêtre Arius. Déjà en 328, elle avait facilité le retour dans sa ville d’Eusèbe de Nicomédie après que celui-ci fut envoyé à son tour en exil pour avoir dénoncé son soutien au concile de Nicée à l’automne 325. Selon Théodoret de Cyr, c’est Constantia qui avait entraîné Constantin à soutenir l’arianisme : Constantin, qui avait été l’épouse de Licinius, était la sœur de Constantin. Elle était en relation avec un prêtre qui avait contracté la lèpre d’Arius. Il ne laissa pas paraître de façon évidente la maladie, mais dans les entretiens qu’il avait continuellement avec elle, il affirmait qu’Arius était victime de calomnies. Après la mort de l’impie, Constantin digne de toute louange, estima de son devoir d’entourer sa sœur de toutes sortes de soins et ne lui laissa pas éprouver les peines du veuvage ; il l’assista jusqu’à sa mort en lui prodiguant les attentions qu’il convenait. C’est alors qu’elle fit appeler ce prêtre et supplia l’empereur de bien vouloir le prendre en considération. Constantin promit dès ce moment de le faire et par la suite il remplit sa promesse puisqu’il accorda au prêtre une très grande liberté de parole [3]. Toutefois on doit se méfier de la tendance de Théodoret à opposer les bonnes impératrices orthodoxes (Hélène, Flacilla ou encore l’épouse du préfet d’Orient Iulianus, l’oncle de l’empereur Julien) aux impératrices ariennes, filles d’Eve, qui sont les responsables de la chute de leurs proches (Constantia, Domnica, Iustina).

Le nom de l’« aumônier » de Constantia, Eutochios, est donné par l’Anonyme mais il plus probable que l’intercesseur auprès de Constantin fut le puissant Eusèbe de Nicomédie. Du témoignage de Théodoret de Cyr, il ressortirait également que Constantia mourut peu de temps avant son frère à la fin de l’année 336 [4]. Entre 326 et 336, Constantia se vit dédier une statue à Rome (le nom du dédicant est perdu) dont la base est aujourd’hui conservée au Musée du Capitole à Rome : A celle qui est née d’une race illustre et divine, la vénérable sœur de notre seigneur Constantin auguste et la tante paternelle de nos seigneurs les très bénis césars, notre dame Flavia Iulia Constantia, plus noble… [5]. Autre signe de la haute estime dans lequel la tenait son frère Constantin, des monnaies furent frappées à l’officine de Constantinople entre 330 et 3335 à son effigie comme ce nummus avec comme légende FL IUL CONSTANTIAE, la princesse étant représentée de buste, diademée et drapée à droite. Et si de 313 à 324, Constancia avait été l’homme de Constantin à la Cour de son rival ?

 

[1] aujourd’hui Vukovar dans le nord-est de la Croatie

[2] on conserve la lettre qu’Eusèbe de Césarée lui avait adressée entre 313 et 324 pour condamner le culte des images, lettre qui fut produite par les iconoclastes au concile de Nicée II en 787

[3] Histoire Ecclésiastique, 2, 3, 1-3, trad. P. Canivet.

[4] Arius meurt en 336 et Constantin en mai 337

[5] CIL 6, 1153 ; LSA 1385

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