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Fausta, l’épouse du premier empereur chrétien
mercredi 5 mars 2014
par Pascal G. DELAGE
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Fausta était la fille de l’Auguste Marcus Aurelius Maximianus (Maximin) et de la syrienne Eutropia, née vers 290 à Rome, ville où elle fut élevée jusqu’à l’âge de 5 ans [1]. L’enfant fut vraisemblablement fiancée en 293 à Constantin, le fils du nouveau césar, Constance Chlore, dans le cadre des mariages dynastiques : le fiancé a alors 20 ans comme en faisait état un tableau conservé au palais d’Aquilée : « Il n’est pas douteux que l’accès au faîte sacré de la puissance impériale t’était ménagé de bonne heure par celui qui, depuis longtemps déjà, t’avait spontanément choisi comme gendre, avant même que tu ne fusses en état de lui demander sa fille. C’est, me dit-on, ce que signifie ce tableau du palais d’Aquilée, exposé précisément à la vue des convives, où une fillette dont la beauté divine impose déjà le respect, mais pliant sous son fardeau, tient en ses mains et t’offre, à toi, Constantin, un casque étincelant d’or et de pierres précieuses, surmonté des plumes d’un bel oiseau, cadeau de fiançailles destiné, comme ne saurait le faire aucune parure de vêtement, à rehausser ta beauté » [2] alors que Constantin et le frère de Fausta, Maxence, sont pressentis comme césars pour succéder à Constance Chlore et Galère lorsqu’eux-mêmes deviendront Augustes à leur tour.

L’amour ou plus vraisemblablement l’empereur Dioclétien contraria dans un premier temps cette union. De retour en Orient, vers 295, Constantin fut uni à une certaine Minervina dont on ne sait rien mais dont l’historien T. Barnes suppose avec beaucoup d’acuité que cette femme devait être une proche parente de Dioclétien, une nièce, ou peut-être même une fille né d’une concubine [3]. En effet selon l’idéologie politico-théologique de la Tétrarchie, Dioclétien est un Iovien, une émanation de Jupiter. Or la déesse Minerve est justement la fille bien-aimée de Jupiter. La jeune femme ne tarda pas à donner un fils à Constantin vers 297/98 qui reçut le nom de Crispus. On ne sait ce qu’il advint de la première épouse de Constantin. Probablement qu’elle resta en Orient avec son fils lorsque Constantin, contestant les nouvelles dispositions dynastiques publiées en 305 et qui l’écartaient du pouvoir. Il est possible qu’elle fût même décédée dès cette époque.

En effet, ayant rallié la Gaule et la Cour de son père, Constantin ne tarda pas à être proclamé par ses troupes lorsque ce dernier décéda brutalement en août 306 à York (Grande-Bretagne). A la suite d’habiles manœuvres tant diplomatiques que militaire, Constantin parvint à s’assurer le soutien de l’ancien Auguste Maximien. Celui-ci se rendit même à la Cour de Constantin à Trèves avec sa fille et Fausta épousa officiellement son promis en septembre 307. Constantin profita de l’occasion pour se proclamer derechef Auguste sans consulter l’auguste Galère ou Dioclétien pour l’heure retiré à Salone en Dalmatie. Les noces de Trèves font justement l’objet du Panégyrique VI. Toutefois Maximien, chassé d’Italie par son fils Maxence, marginalisé lors de la rencontre des Auguste le 11 novembre 308 à Carnuntum [4], Maximien ne cessait de ronger son frein. Alors que son gendre combat les Francs sur le Rhin, Maximien fomente un coup d’état à Arles, puis court se réfugier dans la place forte de Marseille que Constantin ne tarde pas à assiéger. La ville ne tarde pas à se rendre et Constantin, magnanime, fait grâce à son beau-père. Mais l’ancien Auguste n’entendait pas à rester là. Tablant sur la complicité de sa fille, il tente d’assassiner lui-même son gendre. Mais Fausta dénonça son père à son époux : c’est un malheureux eunuque mis dans le lit impérial qui est poignardé par Maximien : celui-ci n’a plus que le choix de sa mort et il se pendit (fin 309 /début 310). Peu de temps après, le 28 octobre 312, Constantin triomphait de son beau-frère près du Pont-Milvius et Maxence se noya dans sa fuite.

Mais Fausta de donnait toujours pas d’enfant à Constantin. Celui-ci en vient même à désigner en 315 son beau-frère Bassianus, l’époux d’Anastasia, comme césar. Puis vint enfin l’enfant et Fausta donna naissance à Constantin en février 316 en Arles. Puis vinrent Constance, né le 7 août 318 également en Arles, et Constant, né vers 320, ainsi que deux filles Constantina (vers 319) et Helena (vers 322). A Constantinople, nouvelle capitale de l’Empire après la victoire de Constantin sur Licinius en novembre 324, Fausta et Hélène sont toutes les deux acclamées comme Augustae, les deux ainés de Fausta ayant reçu le titre de César. Deux ans plus tard, le 25 juillet, Fausta comme toute la Cour, était auprès de son époux et de ses enfants à Rome pour les Vicennalia de l’empereur.

Mais peu de temps auparavant un drame familial avait commencé à se nouer avec l’exécution du César Crispus, en mai à Pola (Istrie). Cette première tragédie fut suivie de près par l’assassinat de Fausta, en septembre-octobre 326 à Rome, ébouillantée dans sa baignoire sur l’ordre de l’empereur. Pourquoi ces deux morts ? Fausta, nouvelle Phèdre, est-elle devenue l’amante de son beau-fils ? C’est peu probable, Fausta vivant habituellement à Constantinople et Crispus en Occident, sa propre Cour étant à Trèves. Fausta avait-elle accusé Crispus d’avoir voulu abuser d’elle afin de l’éliminer au profit de ses propres enfants, pressentant que Constantin allait faire de Crispus son principal héritier ou, au contraire, Crispus avait-il voulu obliger son père à lui céder sinon l’imperium tout au moins une partie du pouvoir suprême ? Pierre Maraval propose avec vraisemblablement un autre scénario : à savoir celui d’un avortement – d’un enfant conçu d’un amant inconnu – et qui aurait mal tourné [5]. Quel a été le rôle d’Hélène dans cette sordide histoire, elle aussi présente à Rome dans ces moments tragiques ? A-t-elle voulu venger la mémoire de son petit-fils en provoquant à son tour la mort de Fausta ? C’est cette dernière thèse qui circulait dans les milieux païens, hostiles à Constantin et Hélène, et qui est reprise par Zozime [6]. Les motifs de l’exécution de Fausta resteront mystérieux, mais l’impératrice mère partit aussitôt en Terre Sainte pour un pèlerinage qui pouvait bien avoir un caractère pénitentiel. De son côté, la propre mère de Fausta, Eutropia, partit également en Palestine à la même époque. La fin tragique de Fausta eut des répercussions sur le rôle des futures impératrices car aucune princesse ne devait recevoir le titre prestigieux d’Augusta jusqu’à ce que Théodose l’accorde de nouveau à son épouse Flacilla.

Si les auteurs chrétiens célèbrent la chasteté de l’empereur, son neveu Julien qui devait être bien au courant des affaires familiales, lui prête plusieurs femmes [7], une concubine prise après la mort de Fausta pourrait être la mère de l’énigmatique Constantia. Selon Brandenburg, le mausolée prestigieux édifié sur le mur méridional de la basilique des Apôtres sur la Via Appia dans les années 320 devait être destiné à Fausta mais son corps n’y fut pas déposé [8].

 

[1] JULIEN, Oraison, 1, 5

[2] Panegyrique 6, 6 ; trad. E. Galletier

[3] Timothy BARNES, Constantine. Dynasty, Religion and Power in the Late Empire Roman, 2014, pp 48-49

[4] aujourd’hui Petronell en Autriche

[5] Pierre MARAVAL, Constantin le Grand, Tallandier, 2011, ppp. 172-178

[6] Histoire Nouvelle (2, 19, 2-3)

[7] Oraison. 7, 22

[8] H. Bradenburg, « Di Konstantinischen Kirchen in Rom. Straatsragender Kult und Herrscherkult zwiischen Tradition und Neuerung » in O. Brehem and K. Sascha, Mousikos Aner, 1992, p. 44

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