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Flavia Maximiana Theodora, l’impératrice aux flancs féconds
lundi 10 février 2014
par Pascal G. DELAGE
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Théodora était la fille d’un militaire de haut rang, formé à l’école de Probus comme l’avaient été Dioclétien, Maximien ou Constance Chlore. Cette union eut lieu bien avant l’assassinat de l’empereur Probus (octobre 288) car Théodora naquit de cette union vers 277/78. Le couple aurait pu se former lors de la campagne d’Orient menée par Probus en 276. Homme de valeur, Hannibalianus avait gravi les échelons de la hiérarchie militaire, puis était devenu membre du Sénat entre 282 et 286, époque vers laquelle le nouvel empereur Dioclétien (284) le distingue et le nomme Préfet du Prétoire. Or peu de temps avant son entrée au Sénat (avant 280 semble-t-il), Hannibalianus se sépara de son épouse Eutropia pour la laisser à un autre militaire de haut rang d’origine pannonienne, Maximien, qui fut appelé à partager le pouvoir suprême avec Dioclétien le 1er avril 286. La carrière du père de Théodora ne s’en porta que mieux : Hannibalianus devint préfet du prétoire de 286 à 292, consul en 292 et préfet de la Ville de 297 à 298. Toutefois il est fort probable que la jeune fille fut élevée auprès de sa mère dans les résidences impériales de Milan, Aquilée ou Trèves…

La jeune fille fut donnée en mariage vers 291/92 à un autre officier lui aussi appelé à un bel avenir, Constance Chlore, formé lui aussi comme Hannibalianus à l’école de l’empereur Probus. Quelques mois plus tard, Constance était promu par Dioclétien comme césar de Maximien le 1er mars 293. Constance avait déjà un garçon, Constantin, né le 27 février 273, mais ce dernier resta à Nicomédie pour y poursuivre son apprentissage du pouvoir lorsque Constance et Théodora partirent pour l’Est. Le couple princier s’installa alors à Trèves et Théodora avait peut-être déjà donné naissance à l’aîné de ses enfants. Cinq autres suivirent, en tout trois garçons et trois filles qui parvinrent à l’âge adulte : Dalmatius, Hannibalianus, Iulius Constantius, Constantia, Eutropia, Anastasia. Le cadet de la fratrie devait avoir 2-3 ans quand Dioclétien et Maximien démissionnèrent le 1er mai 305 selon la décision qui avait été prise l’année précédente à Rome. L’époux de Théodora devenait l’Auguste de l’Occident mais de façon surprenante, son fils Constantin était écarté de la succession. Celui-ci ne tarda pas à rejoindre au début de l’année 306 son père qui s’apprêtait à embarquer à Gesoriacum (Boulogne) pour combattre en Bretagne les Pictes. Après plusieurs victoires remportées sur ces derniers, Constance se retira à Eburacum (York) avec son fils Constantin, quand brusquement il mourut, de mort naturelle, le 25 juillet 306. On ignore si Théodora était alors auprès de son époux.

Nous ignorons ce qu’il advint de Théodora. Rapidement, Constantin, proclamé empereur par les troupes de son père en juillet 306, rappela auprès de lui sa mère Hélène. Il est possible que Théodora se soit retirée à Rome auprès de sa mère Eutropia et de son beau-père Maximien mais rien n’est assuré en ces années de confusion politique où se succédaient à un rythme effarant proclamations impériales et assassinats. Le plus étonnant fut effectivement que personne n’osa attenter à la vie des enfants de Théodora, peut-être par respect de la mémoire de Constance Chlore.

En février 313, après sa victoire sur Maxence, le demi-frère de Théodora, Constantin donna en mariage sa sœur Constantia (l’aînée des filles ?) à Licinius, l’empereur qui régnait alors l’Illyricum. Une autre sœur, Anastasia, fut mariée pratiquement à la même époque à un aristocrate romain de haut rang, Bassianus. La troisième fille, Eutropia servit aussi à s’assurer le ralliement des milieux sénatoriaux romains, et elle épousa Virius Nepotianus, très probablement le fils du consul homonyme de 301. Les fils de Théodora semblent bien être présents dans l’entourage de leur impérial demi-frère lorsque survint la crise de 316. Ayant enfin un héritier de son épouse Fausta, Constantin entendit se débarrasser de Bassianus, l’époux d’Anastasia, qu’il accusa d’attenter à la sûreté de sa personne après qu’il l’eut élevé au rang de César avec l’assentiment de son autre beau-frère Licinius. Bassianus fut exécuté tandis qu’Iulius Constantius et Flavius Dalmatius étaient exilés en Narbonnaise, probablement dans la villa impériale située à Chiragan (Martres-Tolosana) au sud de Toulouse. C’est là que les fils de Dalmatius bénéficièrent des cours d’un rhéteur de Toulouse originaire de Bordeaux, Exuperius, alors que leur père et leur oncle entretenaient de bonnes relations avec un autre rhéteur bordelais exerçant aussi à Toulouse son art, Arborius, l’oncle d’Ausone [1]. Il n’est plus question d’Hannibalianus, probablement décédé avant 316. Par la suite, Iulius Constantius résida à Corinthe [2] et les relations avec Constantin semblent s’apaiser. Il participe avec son épouse Galla aux vicennalia de l’empereur à Rome (c’est à cette occasion que Galla mit au monde son troisième enfant, Gallus, à Massa Veterensis en Etrurie]]. L’épouse de Julius Constantius appartenait aussi à l’aristocratie sénatoriale romaine. Fille de Neratius Gallus, elle était la jeune belle-sœur de l’homme de confiance de Constantin à Rome, Valerius Maximus, qui fut préfet urbain de 319 à 323 (et consul en 327), une des plus longues préfectures de l’Urbs [3]. Le mariage de Jules Constance dut avoir lieu aux alentours de 320 et le couple eut trois enfants, deux fils et une fille qui épousa en 336 son cousin Constance, fils de Constantin et de Fausta.

Après la mort d’Hélène, Constantin conféra des dignités et un rôle actif dans l’Empire à ses demi-frères et à ses neveux. Iulius Constantius, veuf depuis peu, épousa en 330 Basilina, la fille d’Iulius Iulianus, l’efficace préfet du prétoire de Licinius et qui était passé fort opportunément du côté de Constantin en 324. Le couple n’eut qu’un enfant né en 331, Julien, le futur empereur. En 335, Iulius Constantius reçoit le titre de patrice, nouvellement créé par Constantin, et le consulat avec Ceionius Rufius Albinus. Il est nommé nobilissimus, en même temps que ses neveux Delmatius et Hannibalien.

Le frère aîné Flavius Dalmatius fut de son côté nommé censeur et consul pour 333-341. À Antioche, il fut responsable de la sécurité de la frontière de l’est. En 334, il vainquit la révolte de Calocaerus, qui s’était proclamé empereur à Chypre. Constantin s’intéressa à la condition de ses deux fils : en 335, il proclama l’aîné des fils de Dalmatius, nommé également Dalmatius, césar aux côtés de ses trois fils et le second, Hannibalianus, roi des rois avec pour perspective de l’installer sur le trône des Perses.

Quelques semaines après la mort de Constantin en mai 337 près de Nicomédie, les militaires à l’instigation de Constance, le second fils de l’empereur défunt, exécutèrent Dalmatius et Iulius Constantius. Sept petits-fils de Théodora furent pareillement massacrés dont Hannibalianus, Dalmatius le jeune, le fils aîné d’Iulius Constantius et probablement le fils qu’Anastasia avait donné à son second époux, le patrice Optatus, lui aussi exécuté lors des jours sanglants de 337.

Théodora était très probablement chrétienne comme l’indique le nom d’Anastasia [Résurrection] donné à une de ses filles, et c’est peut-être à elle que l’on doit la politique modérée de Constance Chlore en matière religieuse lors de la grande persécution de 303-311 : Constance se contenta de faire détruire les églises en Bretagne et en Gaule. L’empereur Constantin II - et lui-seul – frappa des monnaies à l’effigie de la sœur de sa mère Théodora, probablement décédée à cette date, avec un propos délibérément expiatoire : l’épouse de Constantin II devait être une fille d’Anastasia et du patrice Optatus. Cette monnaie fut émise jusqu’à la mort de Constantin II en 337. Théodora y reçoit le titre d’Augusta. Elle est figurée comme sur ce nummus frappé par la première officine de Trèves entre 337 et 340, en buste à droite, en manteau et diadémée, vue de ¾ en avant avec l’inscription FL MAX THEODORA AUG, et avec à l’avers PIETAS-ROMANA. Sur d’autres revers, l’impératrice est représentée debout de face, tête à droite, tenant deux enfants (les princes assassinés en 337 ?).

Sept de ces petits-fils de Théodora avaient trouvé la mort en juillet 337. Son petit-fils Licinianus, le fils de Constantia, fut exécuté sur l’ordre de Constantin au début de l’année 325. Des deux fils d’Iulius Constantius épargnés en 337, Gallus parce qu’on pensait que trop malingre, il allait mourir de lui-même, et Julien, trop petit, le premier fus exécuté en 354 sur l’ordre de Constance II, et Julien trouva la mort lors de son expédition contre le Perse en 363. Le sang de Théodora semblait vouer à la mort.

 

[1] Ausone, Aux professeurs, 16 et 17

[2] Julien, Ep. 20

[3] Galle est la sœur de Neratia Aemilia, l’épouse de Valerius Maximus, de Vulcacius Rufinus, consul de 347, et de Neratius Cerealis, le consul de 358

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