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Galeria Valeria, l’impératrice errante
dimanche 5 janvier 2014
par Pascal G. DELAGE
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Fille de Dioclétien et de Prisca, Valeria est née vers 280. Son père est alors commandant des protectores. Peu de temps après, il est proclamé empereur par ses troupes à Nicomédie le 20 novembre 284. Le nouveau prince prend alors le nom de Caius Valerius Aurelius Diocletianus.

La jeune fille est élevée comme ses sœurs au Palais de Nicomédie et, aînée des enfants du couple impérial, elle est donnée en mariage en 293 le nouveau César que Dioclétien venait d’associer au pouvoir, Caius Galerius Valerius Maximianus [Galère], un soldat sorti du rang dont la mère, Romula, était une prêtresse dace venue des provinces transdanubiennes. Le nom du la mère du nouveau prince ne pouvait être que de bon augure, Galère serait un nouveau Romulus : Galère était originaire de Dacie Riveraine et y fut enterré ; il avait appelé cet endroit Romuliana, du nom de sa mère Romula. Il osa affirmer avec arrogance que sa mère, à l’exemple d’Olympias, la mère d’Alexandre le Grand, l’avait conçu des œuvres d’un serpent [1]. Romula fut également la mère d’une fille qui donna naissance à Maximin Daia qui accéda également à l’empire en 309 après que Galère devint empereur le 1er mai 305). Romula passait pour être une prêtresse d’un culte animiste, proche des religions du néolithique et c’est elle qui communiqua, selon Lactance, sa haine des chrétiens à son fils et à son petit-fils : Sa mère adoratrice des dieux des montagnes et femme extrêmement superstitieuse, offrait presque chaque jour des repas sacrificiels et y fournissait de nourriture les gens de son pays. Les chrétiens évitaient ces festins, et consacraient aux jeûnes et aux prières le temps qu’elle employait à banqueter avec les païens. En se lamentant comme savent le faire les femmes, elle incita son fils, tout aussi superstitieux qu’elle, à supprimer ces hommes [2].

Contrairement à sa belle-mère et à son époux, Valeria était proche des chrétiens tout comme sa propre mère ou encore la syrienne Eutropia l’épouse de l’Auguste Maximien et sa fille Théodora, l’épouse de l’autre César, Constance Chlore [3]. Lorsque Dioclétien promulgua son premier édit de persécution, le 24 février 303, Valeria et sa mère, présentes au palais de Nicomédie où commencèrent les pogroms, durent abjurer leur conviction chrétienne [4], Galère se montrant tout particulièrement virulent contre les chrétiens.

Vivant habituellement au Palais de Galère à Thessalonique, Valeria ne lui donna pas d’enfant à son époux mais elle éleva comme la fille de Galère, Valeria Maximilla, née d’une précédente union de Galère, ainsi qu’un bâtard de Galère, nommé Candidianus. Valeria fut élevée au rang d’Augusta en 307 avant la conférence de Carnuntum (308) qui avait réuni les anciens Augustes Dioclétien et Maximien qui avaient abdiqué de leur pouvoir en 305, et les nouveaux princes, Galère et Licinius, pour tenter de mettre un terme au problème dynastique provoqué par les usurpations successives en 306 de Constantin et de Maxence. Peu de temps après, l’impératrice est honorée de nombreuses dédicaces comme celle que lui dédiera le gouverneur de Phrygie Pacatienne, Valerius Diogenes, à Apamée (aujourd’hui Dinar) : A notre dame très sainte et très pieuse Augusta Galeria Valeria, Mère des camps, Valerius Diogenes, homme perfectissime, gouverneur a fait ce vœu à sa puissance très digne et majestueuse [5]. Le nom de l’Augusta est également donné à la province de Valeria, issue de la restructuration de la Pannonie Inférieure [6]. Valeria reçut également l’honneur d’une frappe monétaire à son nom, comme cette folle émise en 308-309 ayant pour légende GAL VALERIA AUG, l’impératrice étant représentée le buste diademé, avec draperie, à droite avec de ¾ en avant.

En avril 311, résidant à Sardique, gravement malade, l’empereur Galère accorde un édit de tolérance aux chrétiens qui se voient reconnaître le droit d’exister et de tenir des assemblées : Nous espérons que notre indulgence engagera les chrétiens à offrir leurs prières à la divinité qu’ils adorent, pour notre sûreté et pour notre prospérité, pour leur propre conservation et pour celle de la république [7]. Mais l’état du malade ne fit qu’empirer : Alors que Galère avait lui-même aggravé par des édits plus cruels la persécution lancée par Dioclétien et Maximien, la poitrine pourrie à l’intérieur et les parties vitales désagrégées , s’étant entendu dire avec reproches par quelque médecin qui tirait sa fermeté du désespoir, que son châtiment était la colère de Dieu, il rappela d’exil les chrétiens par des édits largement diffusés ; mais, pour sa part, torturé de façon intolérable, il fit violence à sa propre vie [8]. Galère mourut le 5 mai 311 et son corps fut conduit à Romuliana (Gamzigrad, près de Zajecar en Serbie orientale), une ville qu’il avait batie en l’honneur de sa mère et où furent retrouvées en 1990 les tombes de l’empereur et de sa mère.

Après la mort de Galère, Valeria et sa mère Prisca crurent pouvoir trouver refuge auprès de l’auguste d’Orient, Maximin Daïa qui était le neveu de Galère. Cependant celui-ci prétendit épouser Valeria alors même qu’il était déjà marié. Maximin essuya un refus catégorique de la part de Valeria : Si l’honneur permettait à une femme de mon rang de penser a un second mariage, la décence me défendrait au moins d’écouter la proposition du prince dans un temps où les cendres de mon mari, son bienfaiteur, ne sont pas encore refroidies. Voyez ces vêtements lugubres : ils expriment la douleur dans laquelle mon âme est plongée. Mais quelle confiance puis-je avoir dans les propositions d’un homme dont la cruelle inconstance est capable de répudier une épouse tendre et fidèle ? [9]. Maximin condamna alors les deux impératrices à l’exil dans les déserts de Syrie, malgré les protestations de Dioclétien retiré depuis 305 dans son palais de Salona (Split en Dalmatie). Pour isoler davantage les infortunées princesses, Maximin fit aussi mettre à mort plusieurs matrones, des amies proches de Valeria, dont la mère d’une vestale de Rome, puis il condamna les anciennes impératrices à changer continuellement de lieux de relégation dans l’inconfort des bouges orientaux.

Après le suicide de Maximin Daïa à Tarse (été 313), Valeria et sa mère crurent arrivée l’heure de leur salut et elles cherchèrent à trouver refuge à la Cour du nouvel Auguste, Licinius. Toutefois, apprenant qu’il avait décrété leur exécution de la même manière qu’il avait fait assassiné Candidianus, la veuve et les enfants de Maximin Daïa, les deux femmes prirent la fuite en direction de l’Occident, peut-être pour trouver refuge à Rome auprès de Constantin. Rattrapées à Thessalonique en novembre 314, elles furent décapitées et leurs corps jetés à la mer : Valeria, elle aussi, après avoir erré pendant quinze mois dans plusieurs provinces sous l’habit d’une femme du peuple, fut enfin reconnue près de Thessalonique. Arrêtée, elle subit le châtiment avec sa mère. Les deux femmes furent conduites au supplice au milieu d’un grand concours de peuple, dans les larmes que tirait à tous l’étendue de leur malheur. On leur trancha la tête et l’on jeta leurs corps à la mer. C’est ainsi que leur vertu et leur rang furent cause de leur perte [[Lactance, Sur la mort des persécuteurs, 51.).

 

[1] Pseudo Aurelius Victor, 40, 1-617.

[2] Lactance, De la mort des persécuteurs, 11

[3] Cette information est également conservée dans un texte juif du IVe siècle, Midrash Semoth Rabba, 15, 12.

[4] Lactance, De la mort des persécuteurs, 15, 1.

[5] CIL 3, 13661.

[6] Victor, Histoire des Césars, 40, 10 ; Ammien Marcellin, Histoires, 19, 11, 4

[7] Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique, 8, 17.

[8] Paul Orose, Histoires, 28, 13

[9] Lactance, De la mort des persécuteurs, 39 ; trad. J. Moreau.

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