Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESAugustae et autres princesses
Dernière mise à jour :
jeudi 20 juillet 2017
Statistiques éditoriales :
779 Articles
1 Brève
73 Sites Web
25 Auteurs

Statistiques des visites :
232 aujourd'hui
129 hier
463335 depuis le début
   
Galeria Valeria Eutropia
mardi 5 novembre 2013
par Pascal G. DELAGE
popularité : 2%

La vie ne fut guère un long fleuve tranquille pour cette aristocrate d’origine syrienne. Née vers 255/260, elle épousa un militaire de valeur de naissance équestre, Afranius Hannibalianus, un de ces grands officiers formés à l’école de Probus comme l’avaient été Dioclétien, Maximien ou Constance Chlore. Cette union eut lieu bien avant l’assassinat de l’empereur Probus (octobre 288) car une fille, Théodora, naquit de cette union vers 277/78. Le couple aurait pu se former lors de la campagne d’Orient menée par Probus en 276. Homme de valeur, Hannibalianus avait gravi les échelons de la hiérarchie militaire, puis était devenu membre du Sénat entre 282 et 286, époque vers laquelle le nouvel empereur Dioclétien (284) le distingue et le nomme Préfet du Prétoire. Or peu de temps avant son entrée au Sénat (avant 280 semble-t-il), Hannibalianus s’était séparé de son épouse Eutropia pour la laisser à un autre militaire de haut rang d’origine pannonienne, Maximien.

Certes la beauté et le charme d’Eutropia pourraient expliquer cette seconde union mais le rappel de l’origine syrienne de l’aristocrate pourrait également nous orienter vers un lien possible avec l’empereur Philippe l’Arabe (mort en 249) dont la famille était originaire du Hauran. Très proche de l’empereur Dioclétien, Maximien, décrit par l’historien Aurelius Victor comme « un ami fidèle, demi-barbare, il est vrai, mais doué d’une grande habileté pour la guerre et de beaucoup de jugement » [1], fut rapidement associé à la plus haute marche du pouvoir en recevant la pourpre impériale des mains de son ami le 1er avril 286. La carrière de premier époux d’Eutropia ne s’en porta que mieux : Hannibalianus devint préfet du prétoire de 286 à 292, consul en 292 et préfet de la Ville de 297 à 298.

Eutropia donna d’abord un fils à Maximien, Maxence, né vers 280/2, puis, bien plus tard, une fille, Fausta, née vers 295. Au témoignage de l’empereur Julien, Eutropia demeura à Rome jusque vers 300 puis elle dut suivre son époux dans les différentes capitales d’Occident, Milan, Trèves ou Aquilée, quand de son côté, l’Auguste senior régnait sur l’Orient. Le 1er mai 305, sur l’ordre de Dioclétien, Maximien dut renoncer en même temps que lui à la pourpre pour redevenir un simple particulier. Leur succèdent alors Galère comme maître de l’Orient et Constance Chlore Auguste en Occident, chacun ayant un césar pour le seconder : Maximin Daïa (Orient) et Sévère (Occident). Le fils d’Eutropia, comme celui de Constance Chlore (Constantin), sont ainsi écartés du pouvoir suprême selon le schéma tétrarchique mis en place par Dioclétien. La valeur et l’expérience plutôt que les liens du sang.

Maximien et Eutropia se retirèrent dans une villa du sud de l’Italie quand Maxence et sa jeune épouse préférèrent élire domicile non loin de Rome. La paisible retraite fut de courte durée. A la mort prématurée de Constance Chlore, le 25 juillet 306, à York en Bretagne, les troupes fidèles à l’empereur défunt proclamèrent empereur son fils Constantin. Trois mois plus tard, le fils d’Eutropia se fait acclamer Auguste à son tour par les troupes prétoriennes de Rome. Il invite alors son père Maximien à reprendre et à partager avec lui le pouvoir. Ensemble, ils repoussent les troupes conduites par le césar Sévère qui avait été envoyé par Galère pour leur faire entendre raison. Sévère est capturé et sera exécuté à l’automne 307. Galère en personne se présente aux portes de l’Italie. Maximien part négocier en Gaule une alliance avec Constantin. Ce dernier se voit reconnaître le titre d’Auguste par Maximien et reçoit comme épouse la fille d’Eutropia, Fausta, alors âgée d’une douzaine d’années. Galère doit rebrousser chemin en direction de l’Orient.

Toutefois au début de l’année 308, le vieil empereur finit par se brouiller avec son fils Maxence et doit fuir hors d’Italie. Une seconde fois, en novembre 308, Dioclétien l’oblige à renoncer à son titre d’Auguste. Il se tourne alors vers son gendre Constantin qui l’accueille à sa cour au début de l’année 310. Mais le pouvoir étant une drogue puissante, Maximien entreprend un putsch contre son gendre en Arles et se renferme dans la place-forte de Marseille. Capturé, pardonné, il aurait tenté une dernière manœuvre contre son gendre, ce qui conduisit Constantin à le contraindre au suicide en janvier 310. Deux ans et demi plus tard, s’était au tour de Maxence d’être vaincu par son beau-frère : lors de la bataille du Pont Milvius, le 28 octobre 306, Maxence dut battre en retraite et se noya lors de sa fuite.

Certes Eutropia était la mère de la princesse Fausta, mais après la mort de son époux et de Maxence, on obligea l’impératrice-mère, à avouer que Maxence n’était pas le fils du grand empereur Maximien mais celui d’un quidam syrien quelconque [2], ragot encore relayé par les panégyristes officiels : « Mais, dit-on, Maxence était un fils supposé, fruit de l’artifice d’Eutropia qui s’efforçait de conserver l’affection de son mari grâce au présage d’une fécondité bienvenue qu’inaugurait ainsi la naissance de ce fils » [3]). Quant à sa fille Fausta, elle périt à son tour victime des intrigues du palais lors de la venue du couple impérial à Rome en 326…

Eutropia était probablement chrétienne comme pouvait l’être, peut-être, son premier mari, Hannibalianus et ses filles Théodora et Fausta. Après 326, alors qu’Eutropia accomplissait un pèlerinage en Terre Sainte à la suite d’un vœu, c’est elle qui signala à Constantin - elle était donc restée en relation avec lui - la poursuite des sacrifices païens à Mambré et les fit interdire [4]. Il faut toutefois noter que l’historien Sozomène parle de la « belle-mère » de Constantin et non explicitement d’Eutropia. Certes l’histoire n’a pas conservé le nom d’une troisième épouse de Constantin mais il est possible comme le rappelle François Chausson que ce dernier se remaria après la mort de Fausta et que la noble pèlerine des années 327/28, soit la mère de cette princesse inconnue.

En Aquitaine, la villa de Chiragan, au sud de Toulouse, abritait un buste d’Eutropia [5] ainsi que ceux de son époux Maximien Hercule, de leur fils Maxence et de leur jeune bru Maximilla, groupe sculpté vers 293 [6]. Toutefois, cette identification est contestée par J. Arce qui y reconnaît le portrait de particuliers de l’époque théodosienne [7]. Une autre série iconographique donnerait aussi à voir les traits de la syrienne Eutropia selon des chercheurs comme l’Orange ou Kalheur qui inclineraient à reconnaître dans la villa Casale de Piazza Armerina (Sicile) une propriété personnelle de l’empereur Maximien et où lui-même et son épouse se seraient fait représenter à plusieurs reprises sur les mosaïques somptueuses de la villa comme dans le vestibule des thermes (Eutropia et ses deux enfants Fausta et Maxence se rendant au bain) ou dans celui d’une chambre à coucher (la domina, ici accompagnée de ses deux enfants). Cependant cette identification est également contestée par nombre d’historien comme Noël Duval. Comme si l’identité de la discrète impératrice devait à jamais en être brouillée…

 

[1] Aurelius Victor, Abrégé des Césars, 39

[2] Anonyme Valoisien, 4, 12

[3] Abrégé des Césars, 40, 13, cf. ; cf. encore le Panégyrique Latin 9, 4, 3

[4] Sozomène, Hist. Eccl, 2, 4, 6

[5] identification de J. Balty suivi de C. Balmelle

[6] ces bustes sont aujourd’hui conservés au musée des Jacobins de Toulouse

[7] AntTard., n° 11, p. 378-379

Articles de cette rubrique
  1. Prisca, l’épouse de Dioclétien
    5 octobre 2013

  2. Galeria Valeria Eutropia
    5 novembre 2013

  3. Flauia Iulia Helena Augusta
    5 décembre 2013

  4. Galeria Valeria, l’impératrice errante
    5 janvier 2014

  5. Flavia Maximiana Theodora, l’impératrice aux flancs féconds
    10 février 2014

  6. Fausta, l’épouse du premier empereur chrétien
    5 mars 2014

  7. Flavia Iulia Constantia, l’impératrice sacrifiée
    5 avril 2014

  8. Flavia lulia Anastasia, épouse d’un éphémère César
    5 mai 2014

  9. Flavia Iulia Eutropia, la Romaine
    5 juin 2014

  10. Les brus de Constantin.
    10 juillet 2014

  11. Eusèbia, ange ou démon ?
    5 septembre 2014

  12. Une mégère nommée Constantina
    10 octobre 2014

  13. Une princesse bien trop discrète, Hélène, l’épouse de Julien.
    5 novembre 2014

  14. Constantia, une fille « oubliée » de Constantin ?
    5 décembre 2014

  15. Faustina, éphémère impératrice
    5 janvier 2015

  16. Artémisia ou malheur aux vaincus !
    5 février 2015

  17. Charito, l’impératrice des 200 jours
    5 mars 2015

  18. Marina Severa, l’impératrice répudiée
    5 avril 2015

  19. Albia Domnica l’Arienne
    5 mai 2015

  20. Iustina ou le poids du lignage
    10 août 2015

  21. Constancia, la dernière des Constantinides
    5 septembre 2015

  22. Aelia Flavia Flacilla
    5 octobre 2015

  23. Galla, la jeune épousée de Thessalonique
    5 novembre 2015

  24. Eudoxie, l’impératrice mal-aimée
    5 décembre 2015

  25. Maria et Thermentia, les impératrices-enfants
    5 janvier 2016

  26. Eudocia, l’impératrice lettrée
    20 février 2016

  27. Galla Placidia, le dernier empereur de Rome
    20 mars 2016

  28. Aelia Pulcheria l’orthodoxe
    15 avril 2016

  29. Arcadia et Marina, les princesses moniales
    15 mai 2016

  30. Licinia Eudoxia, l’impératrice arrachée au Palais
    15 juin 2016

  31. Honoria, la princesse ulcérée
    15 juillet 2016

  32. Verina ou le pouvoir à tout prix.
    20 août 2016

  33. La dernière impératrice gauloise
    20 septembre 2016

  34. Euphémia ou l’échec d’une nouvelle dynastie
    10 novembre 2016