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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Cappadociennes
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Alypiana, la nièce préférée.
jeudi 5 septembre 2013
par Pascal G. DELAGE
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Alypiana était de la cité d’Iconium, « petite par la taille mais grande par la vertu » [1], une des filles d’Alypius et de Gorgonia, sœur de l’évêque Grégoire de Nazianze dont elle était la nièce préférée : « pure comme Dieu dans les grands élans de son cœur » [2]. Née après 343, Alypiana épousa vers 364 un officier du nom de Nicobule dont elle eut plusieurs garçons. L’aîné se nommait également Nicobule comme son père et le grand-oncle Grégoire gardera toujours un œil sur leur éducation. En effet, Alypiana deviendra veuve vers 385 et elle est menacée par de multiples procès liés à la reddition de la charge de son époux. Une veuve ayant quelques biens est toujours une proie tentante pour les procéduriers. C’était sans compter sur l’oncle Grégoire qui avait été évêque de la Nouvelle Rome quelques années auparavant entre 378 et 381.

C’est ainsi que Grégoire, évêque retiré sur ses terres de Nazianze, va prendre la plume pour intercéder auprès des gouverneurs successifs de Cappadoce, d’abord un certain Grégoire en 385 [3], puis de son successeur ( ?) Hécèbolios l’année suivante : Si tu es en quête de quelque bien à nous faire, toi qui débordes de bonté, nous t’amenons avec confiance une famille pitoyable et digne d’intérêt, une veuve avec des orphelins dont les larmes sont encore chaudes, je veux dire ma nièce et ses enfants, dont le père était un brave, qui s’est longtemps dévoué aux empereurs dans le métier des armes, non sans renommée, et même de façon tout à fait brillante, et qui vous a longtemps servis, vous, les magistrats (si tu as entendu parler du nommé Nicobule) ; or, ces enfants risquent maintenant de subir les plus graves préjudices. En effet, après la capitulation de leurs amis et les serments auxquels ils ont été obligés à cause de l’enquête, le fisc entreprend maintenant de menacer à nouveau ces orphelins (Ep. 196 ; trad. P. Gallay).

Alors qu’Alypiana a deux sœurs nommées Nonna et d’Eugenia, elle seule est mentionnée dans le Testament de Grégoire (rédigé le 31 mai 381 à Constantinople alors que Grégoire se prépare à démissionner du siège épiscopal de la cité impériale) mais sans pouvoir hériter quoique ce soit de son oncle, seuls ses enfants et l’Eglise seront les bénéficiaires des biens de l’évêque : Néanmoins pour tout ce qui subsiste des hardes de mon bienheureux frère Caesarius, ses vêtements de soie, de lin, de laines et de bure, je veux que le tout soit transmis aux enfants d’Alypiana, et que ni elle, ni ses sœurs ne causent aucun trouble ni à mon héritier, ni à l’Eglise. Toujours selon le testament, les deux sœurs d’Alypiana ne peuvent d’ailleurs prétendre à aucun héritage « du fait que répréhensible fut leur vie ». Une telle incise laisse songeur : avaient-elles épousé des païens ? Avaient-elles contracté une seconde union ?

Selon R. Van Dam, un autre fils d’Alypiana pourrait être ce Grégoire inhumé par son oncle, l’évêque Grégoire peu après 385 « auprès des martyrs », mais il est plus probable que l’évêque en question soit Grégoire de Nysse et que le jeune Grégoire soit le fils de Théosèbia [4]. Par contre, une autre jeune femme nommée également Alypiana pourrait être une petite-nièce du Nazianzène. Alors qu’elle a demandé à entrer dans l’ordre des vierges, Eulalios, le nouvel évêque de Nazianze, demande à l’ancien évêque de Constantinople de sonder ses intentions : En effet la vierge Alypiana a été interrogée en toute rigueur par nous sur ses intentions personnelles, ainsi que tu nous as chargé de le faire, et elle a proclamé franchement et clairement la vérité : elle déclare vouloir garder la virginité ; elle y est attachée avec plus d’empressement que nous nous y attendions, et encore plus de constance que d’empressement ; je veux dire l’ardeur d’une vierge mais des réponses dignes d’un vieillard. Le caractère incisif de notre interrogatoire s’est révélé finalement comme une mesure de bonté, car il a mieux fait apparaître la fermeté de sa résolution [5].

 

[1] Grégoire de Nazianze, Ep. 12

[2] ibid.

[3] Ep. 195

[4] Grégoire de Nazianze, Epigr. 165

[5] Ep. 158, trad. P. Gallay