Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Cappadociennes
Dernière mise à jour :
mercredi 15 novembre 2017
Statistiques éditoriales :
789 Articles
1 Brève
73 Sites Web
31 Auteurs

Statistiques des visites :
336 aujourd'hui
409 hier
498442 depuis le début
   
Une sœur moins connue des grands cappadociens, Théosèbia.
lundi 5 août 2013
par Pascal G. DELAGE
popularité : 12%

Que Grégoire de Nysse fut marié avant son ordination épiscopale en 372, voilà qui fut démontré il y a déjà quelques années par le P. Danielou (Le mariage de Grégoire de Nysse et la chronologie de sa vie. Toutefois demeure la question de l’identité de l’épouse de ce grand mystique cappadocien ? Un premier élément de réponse nous serait donné par la lettre de condoléances (Ep. 197) que lui adresse son ami Grégoire de Nazianze dans les années 383/85 alors que ce dernier s’est retiré sur ses terres après avoir gouverné quelques mois l’Eglise de Constantinople entre 379 et 381. Après avoir salué la force d’âme et le la philosophie dont fait preuve Grégoire à l’occasion de ce deuil, l’ancien évêque de Constantinople continue : « Je l’appelle mienne pour avoir vécu selon Dieu car la parenté d’âme l’emporte sur celle du sang, Théosèbia, la fierté de l’Eglise, la parure du Christ, l’orgueil de notre siècle, l’honneur de son sexe, Théosèbia si glorieuse et si illustre parmi ses frères si excellents, Théosèbia vraiment sacrée, associée d’un prêtre, également honorée et digne des sublimes mystères, Théosèbia que l’avenir accueillera placée sur des colonnes immortelles, c’est-à-dire dans le cœur de tous ceux qui l’ont connue maintenant et de tous ceux qui sauront plus tard qui elle est. Et ne t’étonne pas si je répète ainsi son nom : c’est que le souvenir de cette bienheureuse est pour moi un délice » [1].

La femme que Grégoire aurait épousée vers 355/60 se nommerait donc Théosèbia selon ce témoignage précis du Nazianzène. Or Grégoire de Nazianze a consacré également une épigramme funéraire à une autre Théosèbia dont il est incontestable qu’elle soit la sœur de Grégoire de Nysse et de Basile de Césarée : « Toi aussi Théosebion, fille de l’illustre Emmelia, qui fut la compagne du grand Grégoire, c’est ici vraiment que tu es descendue dans la terre sacrée pour être le soutien des femmes pieuses ; quant à la vie, c’est au moment opportun que tu en as été délivrée » (Epigr. 164). Nous voici donc en présence de deux Théosèbia, la seconde étant clairement une fille de Basile l’Ancien, née entre 330 et 340, sœur non seulement des évêques Basile de Césarée, Grégoire de Nysse, Pierre de Sébaste ainsi que de Nauplios, de l’ascète Macrina et de plusieurs autres soeurs. Or cette « seconde » Théosèbia est également l’épouse d’un Grégoire qualifié de « grand ». Aurions-nous affaire à deux femmes prénommées l’une et l’autre Théosèbia et toutes les deux épouse d’un Grégoire ? Certes ces prénoms sont fort répandus dans la Cappadoce chrétienne de la seconde moitié du IVe siècle mais nous devrions pouvoir poursuivre un peu plus loin l’enquête.

En effet, l’épigramme qui suit celle de Théosèbia est consacrée à un certain Grégoire inhumé par le « grand prêtre Grégoire » qui est par ailleurs son oncle : « Les espérances qu’il [Grégoire] avait naguère de voir son neveu soutenir sa vieillesse ne sont même plus de la poussière » (Epigr. 165). Cet oncle est très probablement l’évêque de Nysse (et cette citation du Nazianzène nous incline à croire que Grégoire de Nysse n’avait lui-même pas de descendance). L’ordre des épigrammes nous fait encore pressentir non seulement un lien de parenté entre le jeune Grégoire et l’évêque de Nysse mais aussi entre Théosèbia et le jeune défunt. Elle en est très probablement la mère et le jeune Grégoire devait son nom à son oncle maternel… ou à son propre père Grégoire.

Par ailleurs, reviennent dans la lettre de condoléances adressée à « Grégoire de Nysse » et dans l’épigramme funéraire de Théosèbia la même idée qu’elle est partie « au bon moment », c’est-à-dire selon l’idéal grec, ni trop tôt, ni trop tard… Il peut certes s’agir d’un topos propre à la lettre de consolation mais il est plus probable qu’il s’agisse bien de la même personne décédée vers la quarantaine. Dès lors la lettre 197 serait bien adressée à un évêque Grégoire qui n’était pas l’évêque de Nysse mais son beau-frère ! S’expliquerait alors tout à fait l’allusion du Nazianzène « aux frères si excellents » de Théosèbia qui ne sont autres que Basile de Césarée et Grégoire de Nysse.

Le couple de Grégoire et de Théosèbia eut-il d’autres enfants que le jeune Grégoire ravi trop top à l’affection des siens ? Les nièces de Basile de Césarée, rencontrées par Gaudentius, futur évêque de Brescia, dans les années 380, pourraient encore être issues de ce couple tout comme l’épouse de Soranus, le Dux Scythia, et correspondant de Basile de Césarée mais il y avait au moins encore deux autres sœurs dans la fratrie des Grands Cappadociens. Toutefois si nous avons ainsi pu cerner d’un peu plus près l’identité d’une autre sœur de Basile de Césarée, il nous faudra nous résigner à ne pas connaître le nom de l’épouse décédée jeune de Grégoire de Nysse.

 

[1] Ep. 197, v. 5-6 ; trad. P. Gallay