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Entretien avec... Dominic MOREAU
dimanche 10 mars 2013
par Cécilia BELIS-MARTIN
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Dominic Moreau, il y a un peu plus d’un an vous souteniez votre thèse à l’Université de Paris-Sorbonne, thèse conduite sous la direction du professeur Jean-Marie Salamito, et qui porte l’intitulé relativement énigmatique de « De rebus exterioribus. Recherches sur l’action temporelle des évêques de Rome, de Léon le Grand à Grégoire le Grand (440-604). Sources et approches ». Votre approche privilégiant visiblement la dimension profane, qu’est-ce que vos recherches permettent de mettre lumière à propos du ministère de l’évêque romain, à un moment-clé de l’histoire de l’Occident, puisque, précisément, cette époque correspond à la transition vers le Moyen Âge ?

Lorsque vous évoquez le caractère énigmatique de mon titre, vous faites sûrement référence à sa partie latine. Est-ce bien cela ?

Oui !

J’ai choisi l’expression De rebus exterioribus en m’inspirant, d’une part, du titre traditionnel de plusieurs manuels et traités de l’Antiquité (par exemple le De rebus bellicis) ainsi que, d’autre part, d’un passage de la Regula pastoralis de Grégoire le Grand, dans lequel l’évêque romain met en garde les prélats qui négligeraient les activités spirituelles au profit des seules affaires temporelles et vice-versa [1]. L’idée était d’annoncer d’entrée de jeu que mon enquête portait sur l’origine ainsi que sur les principes du développement de l’ensemble des pouvoirs civils et des interactions avec le monde profane, qui ne relèvent fondamentalement ni de la charge pastorale du pontife romain, ni de son travail intellectuel, ni de ses fonctions dans l’organisation du culte. Les réalités que Grégoire qualifie de « choses extérieures » étant relativement nombreuses et n’ayant jamais fait l’objet d’une synthèse complète pour la période comprise entre 440 et 604, j’ai opté pour une présentation thématique de la matière, par type d’action temporelle, en n’hésitant jamais à remonter en deçà de 440 [2]. Je me suis d’abord concentré sur les prérogatives juridico-canoniques du chef de l’Église de Rome, puisqu’il s’agit de la première catégorie de compétences à avoir été octroyées par l’autorité civile aux évêques, parmi celles qui permettaient à ces des derniers de participer directement au fonctionnement de la Cité terrestre. J’ai ensuite traité de la perception que les différents individus ayant occupé la chaire de Pierre avaient du monde dans lequel ils vivaient, puis de leur implication respective dans les dynamiques socio-politiques et socio-économiques.

Bien entendu, toute étude du rôle temporel du pontife romain ne peut se soustraire entièrement de ce qui relève fondamentalement de sa charge pastorale ainsi que de l’idéologie pétrinienne. J’ai toutefois tenté, dans mon travail, de me dégager le plus possible de l’a priori selon lequel l’ensemble des pouvoirs civils du prélat romain découle nécessairement de sa position au sein de la hiérarchie ecclésiastique ainsi que de son autorité morale. Cela a permis de démontrer que le principe de succession apostolique fut loin d’être le seul catalyseur du développement desdits pouvoirs et que leur acquisition par le Siège apostolique n’est pas la conséquence d’une quelconque substitution lente et naturelle des évêques aux anciens magistrats et fonctionnaires impériaux, d’une prise de conscience des premiers qu’il fallait combler le vide laissé par la disparition progressive des anciennes institutions. Elle est plutôt la conséquence de volontés politiques fortes, émanant le plus souvent des plus hautes autorités civiles, prises à des moments bien précis de l’histoire. Rien n’est dû au hasard dans cette affaire !

La dernière partie de votre titre, Sources et approches, laisse entendre que votre enquête met une emphase particulière sur les sources. Quelles sont celles que vous avez été amené à privilégier en priorité pour votre enquête, quel était l’intérêt d’une telle démarche et qu’apporte de neuf cette documentation, dans l’optique de recherche qui est la vôtre ?

Une partie importante de mon travail a effectivement été consacrée au principal corpus de sources permettant d’étudier l’action temporelle de l’évêque romain durant l’Antiquité tardive, c’est-à-dire leurs lettres et les comptes rendus des synodes qui se sont tenus à Rome. On peut recouper ces deux catégories de documents sous l’unique appellation d’actes pontificaux et il n’y aucune raison de les analyser de manière totalement distincte, attendu que ces textes n’ont ni été émis, ni été diffusés, ni été reçus autrement que comme des actes du Siège apostolique. Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas d’œuvres d’auteur. Aucun des pontifes étudiés n’a préparé d’édition littéraire d’un choix ou de l’intégralité de sa correspondance pour publication, comme on peut l’observer pour Cicéron ou pour Augustin d’Hippone. Nous avons ici affaire à une production écrite institutionnelle, qui doit être traitée comme telle. Si on lit entre les lignes, des traits de caractère individuels se dégagent certes. Cependant les textes concernés nous sont parvenus sous des formes tellement diverses (copie de minutes, copie d’original-émission, copie d’original-réception, copie de copie, simple fragment, etc.), suivant le schéma bien précis de l’acceptation ou de la condamnation canonique, qu’il serait illusoire d’en faire de véritables pièces personnelles. Je parle d’acceptation et de condamnation canonique, car c’est via le vecteur des collections dites « canoniques » que nous sont essentiellement parvenus les actes pontificaux de l’Antiquité. Pour ceux qui ne savent pas ce que sont ces recueils à l’époque concernée, il s’agit essentiellement de dossiers ou de compilations de dossiers de type jurisprudentiel en matière religieuse, le plus souvent rassemblés dans le cadre de polémiques. Il ne faut donc aucunement les confondre avec de véritables codes de lois.

La négligence de la nature des principaux vecteurs des épîtres pontificales antiques a été, selon moi, une des erreurs fondamentales d’une grande partie des éditeurs de ces documents depuis l’invention de l’imprimerie – à l’exception notoire d’Otto Günther, d’Eduard Schwartz et de Karl Silva-Tarouca –, ce qui ne m’empêche pas, pour autant, de reconnaître l’utilité des corpus d’auteur qu’ils ont établis. Cette observation vaut également pour le plus connu de ces recueils d’actes, celui de Grégoire le Grand. Aujourd’hui, on nomme Registrum epistularum tantôt les registres d’actes qui, théoriquement, composaient les archives de la chancellerie de l’Église romaine à l’époque de Grégoire, tantôt l’édition de l’intégralité de la correspondance de ce dernier (dans les Monumenta Germaniae historica), tantôt celle de sa seule production épistolaire (dans le Corpus christianorum). En réalité, Registrum epistularum est le titre d’une collection canonique du VIIIe siècle, très probablement de l’époque du pape Adrien Ier, qui retient « uniquement » 686 des actes grégoriens ainsi que quelques textes homilétiques, liturgiques et d’autre nature. Ce travail a une logique qui lui est propre et le travail de sélection ainsi que d’édition de son compilateur ne doit aucunement être négligé au profit de la seule information factuelle que l’on peut tirer des pièces qui le composent. Il y a donc deux types d’analyse à faire lorsque l’on se retrouve face à un tel cas de figure : l’une par rapport au contexte d’émission et l’autre par rapport au contexte de réception. Pour rester sur l’exemple du Registrum epistularum, on a beaucoup écrit sur l’intérêt qu’à pu porter Grégoire à la Sicile, notamment aux patrimoines de son Église dans l’île, cela en raison du nombre important de ses épîtres qui portent sur le sujet dans la collection canonique susmentionnée. Il n’est pas exclu que ce pontife ait eu un lien particulier avec la Sicile, mais l’abondance de la documentation sur le sujet dans le Registrum epistularum reflète plus sûrement les intentions de son compilateur que les intérêts propres de Grégoire. Justement, la papauté du VIIIe siècle eut quelques démêlés avec les Byzantins concernant la propriété foncière dans les îles italiennes. Le double niveau d’analyse est d’autant plus important lorsqu’il s’agit de collections canoniques que l’on croit pouvoir faire remonter à la période étudiée. Pour ne nommer qu’un seul exemple, les travaux d’Eckhard Wirbelauer l’ont parfaitement démontré en ce qui concerne le Schisme laurentien/symmaquien (498/501-506/7) [3].

Vous venez de parler de patrimoines siciliens. Il y a quelques années, vous avez justement publié un article très dense sur les patrimonia de l’Église romaine [4] , que vous avez entièrement refondu dans un chapitre de votre thèse. Constatant l’importance des propriétés immobilières et foncières du Siège apostolique durant l’Antiquité, une question vient tout de suite à l’esprit du profane en la matière : y a-t-il un lien direct entre l’accumulation de tels biens par les différentes Églises et l’évolution de l’organisation ecclésiastique du territoire ? Dans le cas du Siège de Rome, on pense tout de suite au patriarcat d’Occident. En outre, est-il ainsi possible d’évaluer l’étendue des richesses concernées et d’apprécier leur utilisation dans une perspective ecclésiologique et/ou caritative ?

À la première de ces deux questions, je répondrai qu’il n’y a pas, a priori, de lien direct entre la constitution de patrimoines immobiliers et fonciers par telle ou telle Église ainsi que l’évolution de la géographie ecclésiastique, principalement parce que cette dernière était avant tout inspirée de l’organisation civile du IVe et du début du Ve siècle, tout dépendamment des régions. Après cette date, les transformations des deux géographies ne furent pas toujours parallèles et systématiques. Le religieux a d’ailleurs eu tendance à être, si vous me permettez l’expression, plus conservateur que le civil en cette matière, qui eut généralement moins de difficulté à modifier les frontières de ses divisions territoriales, au gré des politiques qui étaient les siennes ou des circonstances le nécessitant. Il n’est certes pas impossible que les biens de certaines Églises situés en dehors de leur diocèse leur aient permis, dans quelques cas, un élargissement de leur sphère d’influence bien au-delà de leur circonscription respective, ce qui a bien évidemment pu avoir des conséquences, à terme, sur l’évolution de la géographie ecclésiastique. Ce phénomène est néanmoins extrêmement difficile à évaluer, puisque nous ne possédons aucune liste complète de propriétés ecclésiastiques pour l’Antiquité tardive. Quoi qu’il en soit, ces considérations ne concernent aucunement le Siège apostolique, dont la sphère d’influence a toujours largement dépassé l’Italie. Tout au plus, la présence de patrimoines pontificaux dans le nord de l’Italie, dans le sud de la Gaule et en Illyricum occidental, peut-être aussi en Orient, a pu amener les divers prélats romains à être particulièrement attentif aux problèmes des diocèses dans lesquels se trouvaient les possessions de leur Église, mais jamais ces régions n’ont officiellement fait partie de la circonscription romaine. L’étendue de l’action pontificale est telle qu’il est même presque plus complexe, en l’état actuel des sources, de vouloir offrir une synthèse sur son seul rôle au niveau de la circonscription la plus petite dont il avait la charge, le diocèse de Rome, qu’au niveau de l’ensemble. Par ailleurs, il n’y a aucun lien entre la distribution géographique des propriétés ecclésiastiques romaines et le patriarcat d’Occident, même si elles se trouvent essentiellement dans ce dernier. Le patriarcat est une institution proprement byzantine, qui n’a jamais été officiellement reconnue par aucun des prélats romains, du moins avant 604. On pourrait dire que l’Église de Rome s’est accommodée de la Pentarchie créée par Justinien, mais qu’elle ne se l’est jamais appropriée, d’aucune manière que ce soit. Quant aux Romains d’Orient, ils avaient depuis toujours considéré la partie occidentale de la Méditerranée comme la « chasse gardée » du Siège apostolique. Les patriarcats furent établis non pas suite à quelques privilèges acquis par ce dernier, en fonction du nombre d’immeubles et de terres qu’il possédait, mais pour limiter l’influence de son évêque en Orient, tout en encrant bien Constantinople dans son rôle de second siège épiscopal après celui de l’ancienne capitale.

Vous me demandez aussi s’il est possible d’évaluer l’étendue des richesses concernées et d’apprécier leur utilisation dans une perspective ecclésiologique et/ou caritative. Bien avant de proposer une évaluation l’étendue des patrimoines et d’apprécier leur utilisation, je crois qu’il serait intéressant d’établir la carte complète de ces biens, ce qui n’a jamais été fait jusqu’à aujourd’hui. Par exemple, il serait intéressant d’établir un système d’information archéologique (SIA) prenant l’aspect d’un système d’information géographique (SIG) informatisé, dans lequel on trouverait l’inventaire de l’ensemble des sources écrites et archéologiques, patrimoine par patrimoine, immobilier comme foncier. Je crois que c’est seulement ensuite qu’il serait possible d’offrir une tentative adéquate de quantification. Nous possédons certes des informations sur les rentes tirées de la location de certaines terres ainsi que sur l’utilisation de ces revenus, mais il s’agit de données ponctuelles qui ne peuvent pas être généralisées, d’autant plus que ces renseignements concernent essentiellement le pontificat de Grégoire le Grand. En outre, les quelques listes que nous possédons, principalement celles proposées par le Liber pontificalis, ne peuvent en aucun cas être analysées sans prise en considération du contexte d’écriture de la notice d’où elles sont tirées (encore et toujours l’importance de l’émission, de la diffusion et de la réception). Je pense ici en particulier au célèbre « Libellus de munificentia Constantini » que l’on peut lire dans la biographie de Silvestre [5]. En ce qui concerne l’utilisation des patrimoines ecclésiastiques romains, il serait trop long d’énumérer ici tout ce que la documentation ancienne nous lègue sur cette question, tant elle est ample et variée. Disons seulement qu’en matière de charité, les patrimonia sont qualifiés de res pauperum, de « chose des pauvres », de façon récurrente. En principe, il s’agirait donc de leur fonction première, mais, pour être un peu provocateur, je dis bien « en principe » !

Votre travail conjoint sur les sources de l’action temporelle de l’évêque de Rome et sur les manifestations de cette dernière vous a conduit à vous intéresser à d’autres espaces géo-ecclésiologiques, selon le concept maintenant consacré de Philippe Blaudeau. À lire vos différentes publications, on constate bien que le monde de l’Antiquité tardive est loin d’être la réalité cloisonnée que l’on imagine parfois. D’ailleurs, le projet postdoctoral sur le vicariat de Thessalonique, que vous menez à l’Université de Strasbourg sous la supervision du professeur Eckhard Wirbelauer, nous confronte à l’importance politico-religieuse des Balkans durant l’Antiquité tardive, un espace qui me semble avoir été peu étudié au XXe siècle par les historiens, en dehors des ouvrages déjà anciens de Jacques Zeiller. Qu’en est-il en réalité ?

Évidemment, la production historique des XXe et XXIe siècles sur le christianisme balkanique durant l’Antiquité tardive est loin de se résumer aux très anciens travaux de Jacques Zeiller. Ses deux synthèses sur les origines chrétiennes, l’une consacrée à la Dalmatie, l’autre aux provinces danubiennes, demeurent certes des ouvrages de référence [6]. Depuis la parution des deux monuments, un très grand nombre d’études, ponctuelles ou générales, les ont toutefois revus, corrigés, mis à jour. Comme pour tout sujet de l’histoire ancienne, il ne faut pas surtout hésiter à se tourner vers la bibliographie non française si l’on veut étudier le christianisme dans la région concernée, cela sans reculer devant aucune langue étrangère, aussi complexe puisse-t-elle apparaître. Pour la Dalmatie et, plus largement, pour l’ensemble de l’Illyricum occidental, ce sont les travaux du Slovène Rajko Bratož qui font aujourd’hui autorité [7]. Pour la partie septentrionale de l’Illyricum oriental, ce sont les ouvrages du Serbe Radomir Popović qu’il faut lire en premier [8]. Pour la Scythie mineure, ce sont ceux du Roumain Virgil Lungu [9]. Pour la côte occidentale de la Mer Noire, ce sont ceux de l’Allemand Manfred Oppermann [10]. La liste pourrait s’allonger davantage, d’autres noms pouvant même être mentionnés pour les zones géographiques qui ont déjà été évoquées (y compris de chercheurs Français, comme Philippe Blaudeau sur la problématique des moines scythes) [11] . Le renouvellement de l’histoire du christianisme antique dans les Balkans depuis près d’un quart de siècle, est en partie grande due aux découvertes archéologiques ainsi qu’au resserrement des échanges scientifiques avec l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord, du fait de l’orientation prononcée des recherches nationales qui était menée dans la péninsule avant la chute du Rideau de Fer. L’historien du christianisme antique ou de l’Église dans les Balkans, voire de l’histoire antique en général dans la péninsule, ne peut effectivement faire l’économie de la documentation archéologique, car celle-ci vient très souvent ou remettre en cause l’information que contiennent les textes ou combler le vide qu’ils laissent. Les sources littéraires à nous parvenues sur la région sont toutes fortement marquées du point de vue idéologique et l’on peut penser que les lacunes ne sont pas toujours dues au hasard.

Il faut comprendre que les deux Illyricum (Ouest et centre) et que le diocèse de Thrace (Est) constituèrent le principal point de litige géographique entre l’Orient et l’Occident, à partir de la séparation de l’Empire en deux entités distinctes en 395. L’Orient réussit rapidement à imposer que la partitio Imperii se fasse à la limite occidentale de l’Illyricum oriental (partie centrale de la péninsule), alors que l’évêque de Rome considérait depuis déjà un certain temps que sa sphère d’influence s’arrêtait à sa limite orientale, avec nomination de son représentant dans la région en la personne de l’évêque de Thessalonique. Ce partage des compétences, politique et religieuse, à quoi il faut ajouter un certain « bigarrement » de la population (cohabitation entre latinophones et hellénophones, entre Romains et Barbares), n’était pas propice à la stabilité, surtout après la disparation de l’Empire d’Occident (476) et l’avènement du schisme dit « acacien » (484-519). En outre, les Balkaniques furent de tous les combats religieux des Ve et VIe siècles, le plus souvent en se positionnant du côté de Rome, plutôt que de celui de Constantinople. Pour cette raison et pour d’autres aussi, l’intégration des Balkans à l’Empire fut l’une des priorités politiques de Justinien Ier (527-565). Le fameux patriarcat d’Occident qui été mentionné précédemment est d’ailleurs est intimement lié à la question « thraco-illyricienne ». Donc, la péninsule balkanique a une importance politico-religieuse toute singulière durant l’Antiquité tardive. Politique et religieux sont donc totalement imbriqués. On le constate bien à la lecture de l’importante synthèse de Bernard Bavant, que l’on peut lire dans le « Nouvelle Clio » sur Le monde byzantin. Permettez-moi d’ajouter ici que les travaux de cet archéologue et de son équipe sur Justiniana Prima – la ville fondée par Justinien pour tenter, encore une fois de régler le problème balkanique – sont fondamentaux et qu’ils participent pleinement au renouvellement l’histoire du christianisme antique dans les Balkans.

D’autres projets en cours ?

Oui, beaucoup ! Malheureusement, je ne peux pas encore vraiment vous parler du principal projet que je tente actuellement de mettre en marche. Je dirai seulement qu’il concerne les Balkans et qu’il comporte un important aspect archéologique. Par ailleurs, je collabore à diverses entreprises, françaises ou étrangères. Par exemple, je prépare actuellement des addenda et corrigenda à la Clavis Patrum Latinorum pour l’Institut du Corpus christianorum (Turnhout, Belgique). Je participe aussi périodiquement aux activités du groupe de recherches en archéologie monumentale de Mandeure dans le Doubs (UMR 7044, UMR 6565 et Université de Lausanne), en aidant notamment à l’interprétation des sources littéraires. Bon, je crois que j’ai déjà trop parlé, comme c’est mon habitude !

Merci Dominic Moreau

 

[1] Grégoire Ier le Grand, Regula pastoralis, II,vii,111-118 (éd. Fl. Rommel [- trad. fr. Ch. Morel], in Grégoire le Grand, Règle pastorale, Paris, 1992 [Sources chrétiennes, 381-382], p. 226[-227]) : Sæcularia itaque negotia aliquando ex compassione toleranda sunt, numquam vero ex amore requirenda ; ne cum mentem diligentis adgravant, hanc suo victam pondere ad ima de cælestibus mergant. At contra, nonnulli gregis quidem curam suscipiunt, sed sic sibimet vacare ad spiritalia appetunt, ut rebus exterioribus nullatenus occupentur. Qui cum curare corporalia funditus neglegeunt, subditorum necessitatibus minime concurrunt.

[2] Pour cette période antérieure à 440, la principale référence est : Ch. Pietri, Roma christiana. Recherches sur l’Église de Rome, son organisation, sa politique, son idéologie de Miltiade à Sixte III, Rome, 1976 (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 224).

[3] Notamment E. Wirbelauer, Zwei Päpste in Rom. Der Konflikt zwischen Laurentius und Symmachus (498-514). Studien und Texte, Munich, 1993 (Quellen und Forschungen zur antiken Welt, 16).

[4] « Les patrimoines de l’Église romaine jusqu’à la mort de Grégoire le Grand. Dépouillement et réflexions préliminaires à une étude sur le rôle temporel des évêques de Rome durant l’Antiquité la plus tardive », Antiquité tardive, 14 (2006), p. 79-93.

[5] En attendant D. Moreau, « Et postmodum rediens cum gloria baptizavit Constantinum augustum. Examen critique de la réception et de l’utilisation de la figure de Constantin par l’Église romaine durant l’Antiquité », in G. Bonamente, R. Lizzi Testa et N. Lenski (éd.), Costantino prima e dopo Costantino (Pérouse et Spello, 27-30 avril 2011), Bari (Munera), qui est sous presse, voir D. Moreau, « Le Livre des papes – Liber pontificalis (492-891), intr., trad. et notes Michel AUBRUN (Miroir du Moyen Âge), Turnhout, Brepols Publishers, 2007, 321 p. ISBN : 978-2- 503-52654-6 », Antiquité tardive, 18 (2010), p. 388.

[6] J. Zeiller, Les origines chrétiennes dans la province romaine de Dalmatie, Paris, 1906 (Bibliothèque de l’École des hautes études. Sciences historiques et philologiques, 150) ; J. Zeiller, Les origines chrétiennes dans les provinces danubiennes de l’Empire romain, Paris, 1918 (Bibliothèque des Écoles françaises d’Athènes et de Rome, 112).

[7] Par exemple R. Bratož, « Die kirchliche Organisation in Westillyricum (vom späten 4. Jh. bis um 600) – Ausgewählte Fragen », in O. Heinrich-Tamáska (éd.), Keszthely-Fenékpuszta im Kontext spätantiker Kontinuitätsforschung zwischen Noricum und Mœsia, Budapest, Leipzig, Keszthely et Rahden, 2011 (Castellum Pannonicum Pelsonense, 2), p. 211-248.

[8] Par exemple R. Popović, Le christianisme sur le sol de l’Illyricum oriental jusqu’à l’arrivée des Slaves, trad. fr. par A. Menassa, Thessalonique, 1996 (Institute for Balkan Studies, 265).

[9] Par exemple V. Lungu, Crestinismul în Scythia minor în contextul vest-pontic, Constanza, 2000.

[10] Par exemple M. Oppermann, Das frühe Christentum an der Westküste des Schwarzen Meeres und im anschließenden Binnenland. Historische und archäologische Zeugnisse, Langenweißbach, 2010 (Schriften des Zentrums für Archäologie und Kulturgeschichte des Schwarzmeerraumes, 19).

[11] Voir avant tout Ph. Blaudeau, Le Siège de Rome et l’Orient (448-536). Étude géo-ecclésiologique, Rome, 2012 (Collection de l’École française de Rome, 460).

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