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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes Cappadociennes
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Iulittè, la martyre de Césarée
mardi 5 février 2013
par Pascal G. DELAGE
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Iulittè était une veuve chrétienne dont l’histoire est parvenue jusqu’à nous grâce à une homélie de l’évêque Basile de Césarée prononcée entre 369 et 377. Cette femme appartenait à une communauté déjà ancienne et illustrée par des pasteurs fameux comme Firmillianos qui dirigea l’Eglise de Césarée pendant plus de trente ans [1] et qui prit part aux grands débats théologiques de l’Eglise de ce temps, traitant d’égal à égal avec Etienne de Rome ou Cyprien de Carthage, n’hésitant pas à condamner l’évêque Fabius d’Antioche pour ses positions trop rigoristes. Lui-même avait pourtant confessé sa foi lors de la persécution de Dèce (en 250/251), ce qui ne l’empêcha pas de soutenir aussi l’excentrique Paul de Samosate. A cette Eglise de Césarée de Cappadoce appartenait aussi cette vierge consacrée du nom d’Iuliannè qui reçut chez elle vers 235/236 le grand théologien Origène fuyant la persécution qui avait éclaté à Alexandrie sous l’empereur Maximin le Thrace [2]. Non seulement Origène goûta à l’hospitalité d’Iuliannè mais il profita aussi de sa bibliothèque, la consacrée ayant été elle-même en relation avec le grand traducteur et penseur judéo-chrétien Symmaque.

Fort d’une telle tradition religieuse, l’Eglise de Césarée prospérait avant qu’elle ne soit frappée de plein fouet par les édits de persécution promulgués contre les chrétiens. A la tête de grands biens, Iulittè se retira dans l’une de ses propriétés. C’est à l’occasion de ce séjour forcé qu’elle se rendit compte que son intendant détournait à son profit la plus grande partie des revenus de la ferme. Ne parvenant à lui faire entendre raison, Iulittè se résolut à poursuivre en justice l’intendant malhonnête. Elle allait gagner son procès contre lui quand son serviteur révéla l’appartenance d’Iulittè au christianisme : elle n’avait pas le droit d’ester en justice. Le président du tribunal fit apporter un autel et de l’encens, mais la veuve répond : « Périsse mon corps plutôt que de renier Dieu mon créateur ».

A toutes les demandes du magistrat, Iulittè se borna à répondre qu’elle était la servante du Christ. Condamnée à être brûlée vive, elle marcha vers le lieu du supplice en souriant, consolant les femmes qui l’entouraient et la plaignaient : « Nous sommes faites de la même pâte que les hommes. Nous avons, tout comme eux, été créées à l’image de Dieu… Ne sommes-nous pas en tout leurs égales ? Pour former la femme, Dieu n’a pas pris seulement de la chair, mais aussi de l’os entre les os, de sorte que nous devons au Seigneur, comme les hommes, fermeté, force et suffisance ». Cela dit, elle sauta dans le brasier [3]. Les flammes étouffèrent son corps sans le consumer. A l’époque de l’épiscopat de Basile, une église de Césarée abritait le corps d’Iulittè et à l’endroit de son supplice, la source qui y coulait, passait pour guérir les malades.

Témoin du renom de la sainte de Césarée, la Vie de saint Grégoire (l’Illuminateur), datée du milieu du Ve siècle, donne comme nom à l’épouse du futur Apôtre de l’Arménie le nom d’Iulittè [4]. De fait, la tradition arménienne rappelait que Grégoire le Parthe, fils du meurtrier du roi d’Arménie, avait échappé au massacre de sa famille et avait été élevé dans l’empire gréco-romain, à Césarée de Cappadoce. De son épouse cappadocienne, Grégoire l’Illuminateur eut deux fils qui naquirent entre 275 et 285 qui l’accompagnèrent dans son retour vers les terres arméniennes. C’est encore à Césarée de Cappadoce qu’ils sont obligés de se réfugier avec leur mère quand le roi Terdat fit arrêter Grégoire vers 303, et c’est toujours dans cette cité que Grégoire, ayant converti le roi d’Arménie au christianisme, fut ordonné évêque vers 315 .

Moins célèbre que la mère des pontifes arméniens, veuve cappadocienne traquée par les créanciers, Iulittè en appelait en 372 à Basile de Césarée à qui elle est apparentée pour qu’il intervienne en sa faveur. Basile, non seulement répondra à sa demande [5], mais il saura mobiliser en sa faveur tant le préfet Modestus que le comes Helladios. Qu’une parente de Basile de Césarée porte le nom d’Iulittè témoigne de la vénération que la martyre recevait dans la famille de l’évêque, voire même de ce que cette dernière pouvait leur être apparentée lointainement.

 

[1] soit environ de 230 jusqu’à vers 268.

[2] Palladius, « Histoire lausiaque », 64. Toutefois certains historiens estiment qu’il s’agit plutôt de la cité de Césarée de Palestine.

[3] Basile de Césarée, « Homélie sur la martyre Iulitta », 2.

[4] Mais l’épouse de Grégoire est nommée Mariam dans l’Histoire de l’Arménie de Moïse de Khorène.

[5] Basile de Césarée, Ep. 107