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Origène, « Commentaire de l’épître aux Romains », Livres IX-XI.
jeudi 20 décembre 2012
par Jean-Claude LARCHET
popularité : 7%

Avec ce volume s’achève, dans la collection « Sources chrétiennes », la publication du commentaire par Origène de l’épître aux Romains.

Composé vers 243 à Césarée, ce commentaire n’a été conservé que dans la traduction latine de Rufin d’Aquilée. On sait par des sources externes que ce dernier a omis ou abrégé certains passages du texte original, mais l’analyse théologique montre que le texte est en accord avec la pensée qu’Origène a développée dans ses autres textes conservés en grec. Le présent volume, qui fait suite à trois autres (SC n° 532, 539 et 543), contient les livres IX, et X qui expliquent la partie de l’épître aux Romains allant de 12, 1 à 16, 27.

Il comporte, au milieu du Livre IX (ch. 25-30), un développement important sur l’attitude que les chrétiens doivent avoir vis-à-vis du pouvoir politique (relatif à Rm 13, 1 sq. qui recommande d’être soumis aux autorités supérieures). Mais il concerne surtout divers aspects de vie spirituelle du chrétien.

Parmi les thèmes abordés dans le livre IX et dans la première partie du livre X, citons : la nature du culte spirituel (opposé au culte charnel) ; la nécessité de discerner en toutes choses la volonté de Dieu ; l’importance de parler et d’agir par la grâce ; la nature de la vertu et son rapport avec l’évitement des excès ; la nécessité pour chacun de respecter la mesure que Dieu lui a donné ; la diversité des dons ; la part de l’homme et la part de Dieu dans la vie spirituelle ; la nature de l’amour chrétien ; l’émulation dans la vertu ; le zèle et la ferveur ; la joie dans l’espérance ; la patience dans la détresse ; la persévérance dans la prière ; l’exercice de l’hospitalité ; qu’il faut bénir, ne pas maudire ; la nécessité d’être compatissant, et dans qu’l sens il faut l’être ; l’importance de l’humilité ; qu’on ne doit rendre à personne le mal pour le mal ; qu’on doit être animé par le souci de faire le bien ; qu’il faut tâcher de vivre en paix avec tous les hommes ; qu’il convient d’éviter la vengeance ; que l’on doit tâcher d’aimer ses ennemis ; qu’il faut vaincre le mal par le bien ; que l’on doit sortir l’âme de son sommeil et revêtir les armes de lumière ; qu’il faut fuir les œuvres des ténèbres ; qu’on ne doit pas satisfaire les convoitises de la chair ; que l’on doit se nourrir de la Parole ; qu’on ne doit pas juger ni mépriser autrui, ni causer d’offense ou de scandale, ni choquer son frère ; que l’on doit rendre grâces à Dieu et vivre et mourir dans le Christ ; le rapport convenable à la nourriture et à son abstention ; ce qui est vraiment pur et impur ; l’importance du pardon, de l’accueil et de l’entraide mutuels ; que l’on doit tendre à l’unité de sentiment et trouver « la grâce de l’unanimité ».

La seconde partie du livre X traite du ministère de saint Paul, et de ses exhortations, de ses salutations et de sa doxologie à la fin de l’épître.

L’introduction du père Michel Fédou fournit un bon résumé de l’ouvrage. Les notes sont peu nombreuses mais la clarté du texte n’en exige guère. L’ouvrage se termine par un index scripturaire portant sur l’ensemble du commentaire et permettant de retrouver aisément ce qu’Origène dit de chaque verset de l’épître en des endroits parfois différents.

Ces quelques extraits donnent une idée du style du commentaire d’Origène et de son caractère toujours actuel :

Exerçant l’hospitalité avec empressement (Rm 12, 1)

« Avec bonheur Paul exprime en une seule phrase la grandeur de l’hospitalité ! En effet, disant que l’hospitalité doit être exercée avec empressement, il montre non seulement que nous devons recevoir l’étranger qui vient à nous, mais que nous devons aussi chercher les étrangers, être préoccupés d’eux, nous mettre en quête d’eux et les rechercher partout où ils peuvent être, de peur que quelque part ils ne soient assis dans les places ou ne soient couchés sans un toit. Rappelle-toi Lot, et tu trouveras que ce n’étaient pas les étrangers qui l’ont cherché, mais que lui-même les a cherchés ; et c’était là exercer l’hospitalité avec empressement. »

Que votre amour soit sans feinte (Rm 12, 9)

« Je pense quant à moi que tout amour qui n’est pas selon Dieu est feint et n’est pas vrai. Et en effet Dieu, le créateur de l’âme, a implanté en elle le sentiment de l’amour, en même temps que toutes les autres vertus, à cette fin qu’elle aime Dieu et ce que Dieu veut. Donc, puisque dans l’âme il a donné cette tâche à l’amour, on doit dire qu’en quiconque aime autre chose que Dieu et ce qui plaît à Dieu, l’amour est feint et simulé. Mais aussi, si quelqu’un aime son prochain et que, quand il le voit dans l’erreur, il ne l’avertisse pas ni ne le corrige, on doit dire que cet amour est feint. Et c’est pourquoi l’amour ne doit avoir rien d’adultère, rien de contrefait, tout comme l’Apôtre le dit pareillement ailleurs : l’amour qui vient d’un cœur pur et d’une bonne conscience et d’une foi non feinte. »

Ne rendant a personne le mal pour le mal (Rm 12, 17)

« Si infliger le mal est un péché, rendre le mal n’est pas juste – comme il semble à certains –, mais est un péché semblable, ou même – comme je le pense pour ma part – plus grave. En effet, celui qui, le premier, a causé du mal, ne s’est pas rendu compte que ce qu’il faisait était mal. Mais celui qui a rendu le mal, par le fait même qu’il a été poussé à se venger, a reconnu avoir compris que ce qu’il rendait était mal. »

Ne sois pas vaincu par le mal, mais sois vainqueur du mal avec le bien (Rm 12, 21)

« Il est vaincu par le mal celui qui, excité par les maux, rend le mal. Mais il est vainqueur du mal avec le bien celui qui, atteint par les maux, fait du bien en retour. Il est en effet certain que la nature du mal est telle qu’elle augmente et croît à partir de ce qui lui est semblable ; c’est comme si l’on ajoutait le feu au feu, comme si un ciel nuageux était associé aux ténèbres de la nuit. Mais si tu offres le bien, le mal est exterminé. Car les contraires sont détruits par leurs contraires, tout comme le feu est éteint par l’eau et que les ténèbres sont dissipées par la lumière. »

C’est désormais l’heure de sortir du sommeil… (Rm 13, 11-13)

« Après tous les sujets que l’Apôtre avait avait introduit un sujet moral pour inciter de plus en plus les auditeurs à la conversion ; maintenant aussi il introduit la question pressante du temps, qui en toutes choses est la plus importante. En effet, personne n’est à ce point somnolent et paresseux que la clarté du jour levant ne le réveille pas et que le soleil répandu sur ses yeux ne lui ouvre pas le regard. Il y a donc aussi un certain sommeil de l’âme. Car s’il y a pour elle, comme nous l’avons déjà souvent dit, des yeux qui lui appartiennent, des oreilles qui lui sont propres, des mains et des pieds (et l’on doit penser que toutes ces réalités se trouvent en elle, non tant comme des membres corporels que comme des forces par lesquelles elle est mue et poussée vers chaque chose), sans aucun doute il lui arrive aussi un sommeil, correspondant à ses yeux. En effet, si elle ne fait pas au moment opportun ce qui est de Dieu, mais qu’elle est dans la torpeur du fait de l’inaction, on dira d’elle qu’elle dort.

C’est pour cela donc que Paul, héraut du Christ, parcourant le monde placé dans le sommeil de l’indolence, annonce que sont désormais arrivés la lumière et le temps pour qu’il sorte du sommeil, que la nuit, c’est-à-dire ce temps où l’ignorance a dominé sur les hommes, s’est avancée, et que, l’avènement du soleil de justice approchant et les ténèbres se raréfiant, le jour de la connaissance est désormais imminent ; et pour cette raison, il proclame qu’il faut se réveiller, de peur que, par la paresse, on ne subisse la nuit, alors qu’il fait clair, et qu’il faut rejeter les œuvres des ténèbres et revêtir les armes de la lumière. Les œuvres des ténèbres sont ces actions qui sont étrangères à Dieu ; mais les armes de la lumière, c’est de prendre sur soi les vertus. Et tout comme nous avons dit qu’il est inconvenant de dormir quand le jour presse déjà, il est beaucoup plus inconvenant d’accomplir les œuvres des ténèbres au moment du jour et de la lumière. Mais il faut savoir que la venue de cette lumière et de ce jour doit être entendue de deux manières : l’une générale, pour tous, l’autre particulière, pour chacun. La lumière et le jour viendront de façon générale pour tous, quand le temps de l’âge futur adviendra ; en comparaison de lui, la période de ce monde présent est appelée “ténèbres”. Ce temps approche au fur et à mesure que s’écoulent quotidiennement les jours, et les périodes qui sont ajoutées aux périodes passées sont bien entendu retranchées au futur ; et c’est pourquoi, dit-il, notre salut est maintenant plus proche qu’au moment où nous avons cru, et devient chaque jour plus proche ; comme le dit le Seigneur lorsqu’il discernait les signes de la fin du monde : “Quand vous verrez tout cela, levez vos têtes, car votre rédemption approche.” Mais la venue de ce jour arrive aussi en chacun. Car si le Christ est en nous dans le cœur, s’il produit le jour en nous, si la faculté de la connaissance met en fuite nos ignorances et que, nous détournant des actions indignes, nous poursuivons tout ce qui est pieux et honnête, nous sommes placés dans la lumière et nous marchons honnêtement comme en plein jour. »

Jean-Claude Larchet

source : www.orthodoxie.com

 
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