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Ve PJP : Vigilance de Calagurris ou le cauchemar de st Jérôme
lundi 25 février 2013
par Pascal G. DELAGE
popularité : 3%

VIGILANCE DE CALAGURRIS OU LE CAUCHEMAR DE ST JEROME

Présentation de la journée :

En fait de cauchemar, c’est plutôt de nuit blanche dont il faudrait parler. Qui est ce Vigilance, originaire de la région toulousaine, qui s’interroge sur la légitimité du culte des reliques, le célibat des prêtres et les honneurs excessifs – selon lui - accordés aux moines ? Ayant appris cela de la bouche de pèlerins aquitains venus jusqu’à son monastère de Bethléem l’été 406, Jérôme en perd le sommeil et passe la nuit suivante à rédiger une réponse cinglante qui devait river son clou définitivement à cet impudent contestataire.

Vigilance de Calagurris méritait-il tant d’honneur ? Pourquoi Jérôme s’est-il cru obligé de pilonner son malheureux adversaire à coups de sarcasmes rageurs et d’invectives peu amènes jusqu’à en ensevelir la mémoire ? Quel danger mortel représentait Vigilance à ses yeux ? Et, si loin d’être un cas isolé, le prêtre toulousain avait été le porte-parole officieux d’une large part de l’épiscopat gaulois, de ces évêques « qui ne confèrent le sacrement de l’ordre à personne s’ils ne voient sa femme enceinte ou portant des marmots entre ses bras » (aux dires de Jérôme) et qui ne sont pas sans sourciller vis-à-vis des réformes qu’impulsent alors tant les moines d’Orient que l’évêque de Rome ?

L’âpreté des débats poursuivis aux alentours du tournant du Ve siècle nous alerte encore sur le caractère pluriel et ouvert du christianisme de l’Antiquité tardive. C’est à ce « christianisme en recherche » qui s’interroge sur la communion des saints, le mérite des moines, la valeur du célibat que souhaite s’attacher cette nouvelle Petite Journée de Patristique.

Cette Ve PETITE JOURNEE DE PATRISTIQUE organisée par l’Association CaritasPatrum, se déroulera au Séminaire de Saintes, 80 cours Genet, 17100 Saintes le samedi 2 mars 2013, de 9 h 00 à 16 h 00.

Pour avoir de plus amples renseignements et connaître les conditions pratiques d’inscription à cette P.J.P., n’hésitez pas à cliquer sur la pièce jointe à cette page.

Intervenants

Benoit JEANJEAN (Université de Brest)

« L’affaire Vigilance », querelle de personnes ou redéfinition du christianisme ?

A la fin du IVe siècle, le christianisme jouit d’une situation inédite depuis son avènement et sa séparation d’avec le judaïsme. Pour la première fois, en effet, la nouvelle religion n’est plus seulement tolérée, mais élevée, par l’empereur Théodose, au rang de seule religion officielle de l’Empire Romain. Après avoir connu, tout au long du siècle, un développement sans précédent de l’idéal monastique, la fin du siècle se caractérise par une grande circulation des reliques des saints et des martyrs dont le culte se développe très largement. Le nouveau type de piété, associé à ce culte, entraîne un certain nombre de critiques dont la plus virulente est sans aucun doute celle que formula Vigilance de Calagurris au début du Ve siècle. Cet homme, originaire d’Aquitaine fut très vigoureusement réfuté par saint Jérôme. Mais on ne peut comprendre la virulence de la réponse de ce dernier si l’on ne resitue pas la querelle dans le cadre plus large des relations de Jérôme avec l’Occident et du rôle peu louable que joua Vigilance dans un épisode de la querelle origéniste qui opposa Jérôme à l’évêque Jean de Jérusalem et au moine Rufin d’Aquilée. Comme toujours, tout est mêlé, voire emmêlé, et il faut tirer au clair les différents fils de l’écheveau pour rendre à chacun sa place et son rôle dans l’affaire.

Pascal-Grégoire DELAGE (séminaire de Bordeaux)

Quand les évêques gaulois ne voulaient ordonner que des hommes mariés…

Dans sa réponse cinglante aux thèses du prêtre Vigilance de Calagurris, le moine Jérôme ne craint pas d’épingler ces évêques gaulois qu’il soupçonne d’être les comparses de son adversaire, eux qui « ne veulent ordonner que des hommes mariés et ayant déjà eu des enfants ». Ainsi loin de la thèse communément admise, il semble bien qu’en cette fin de IVe siècle, Vigilance soit le porte-parole d’une majorité d’évêques qui étaient loin d’être acquis aux idées ascétiques et révolutionnaires promues par Jérôme mais aussi Ambroise et les évêques de Rome. Les communautés gauloises souhaitaient un clergé marié, socialement inséré… Or tout allait être remis en question en l’espace de quelques années moins par la prédication passionnée de Jérôme que par l’intervention d’autres facteurs qu’il nous faudra préciser.

Carine BASQUIN-MATTHEY (Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense)

Autour du culte des reliques

Le culte des reliques s’est progressivement constitué entre le IIe et le IVe siècle : de reliques-souvenirs pour lesquelles les chrétiens avaient de la révérence par respect pour le saint (comme ce fut le cas pour les reliques de Polycarpe de Smyrne), elles sont devenues progressivement des reliques au pouvoir miraculeux (comme ce fut le cas des reliques de Gervais et Protais ou encore d’Etienne). Ce culte n’allait pourtant pas de soi et il rencontra ponctuellement certaines réserves ou réticences.

Annie WELLENS (écrivain)

Filiation et postérité de l’invective patristique

C’est avec des auteurs chrétiens du IVe siècle, saint Augustin et saint Jérôme en particulier, qu’apparaît le mot « invectio » qui consacre […] la naissance de l’invective.(« L’invective : histoire, formes, stratégies », CERCLI-Saint Etienne). Héritière de la rhétorique classique, l’écriture polémique des Pères inspirera en partie la causticité littéraire de Dante. Au XVIe siècle, la virulente controverse entre catholiques et protestants apportera un sang neuf, tout empoisonné soit-il, à la pratique de la parole combative dans le domaine chrétien.

Michel COZIC (Université de Poitiers)

Foi et mauvaise foi dans le « Contre Vigilance » de Jérôme

Si l’indéniable foi ardente de Jérôme a toujours réagi fougueusement quand il se sentait attaqué dans ses convictions personnelles et ecclésiales, dans son pamphlet « Contre Vigilance » de 406, il « exécute », avec une mauvaise foi évidente et rhétorique en de nombreux passages, ce gaulois, adversaire notamment des excès du culte des martyrs et de leurs reliques, d’une certaine communion des saints, du célibat des prêtres (ô actualité !), de l’austérité monacale… Or, l’écrasement et l’humiliation quasi systématiques étaient-ils la meilleure méthode pour faire revenir Vigilance de ses erreurs, dont certaines graves, qu’on lui a aussi généreusement attribuées ?

Jean-Luc SCHENCK-DAVID (Musée archéologique départemental de Saint-Bertrand-de-Comminges)

Les Pyrénées centrales à la fin de l’Antiquité, aperçu archéologique sur la cité des Convènes, patrie de Vigilance.

Membra disiecta : cette belle expression qui veut souligner l’état fragmentaire des sources dont l’historien et l’archéologue disposent pour reconstruire l’histoire apparaît souvent à l’exergue d’études consacrées à l’Antiquité tardive. La contribution de l’archéologie pyrénéenne à cette journée de patristique, qui place le prêtre commingeois Vigilantius au centre de ses préoccupations, n’échappera pas à ces contraintes. Vigilance était originaire de Calagorris. Mais que sait-on vraiment de cette agglomération ? Que Saint-Martory, en Haute-Garonne, en est le nom moderne : la lecture de l’Itinéraire d’Antonin nous permet de l’affirmer ; qu’elle était située en pays de brigands, c’est ce que le terrible Jérôme aurait voulu faire croire ; qu’elle dut sans doute un peu de sa notoriété à un passage de Garonne : l’archéologie, par ailleurs indigente, nous le laisse deviner. Vouloir donc reconstruire le cadre de vie pyrénéen de Vigilance, aux marges septentrionales de la ciuitas très romanisée des Convènes, dont la capitale (le Lugdunum des temps de la paix romaine) et le territoire subirent au tournant des IVe et Ve siècles de profonds changements tout en affichant, paradoxalement, une belle stabilité, est prendre le risque de peindre un tableau à la manière impressionniste et inachevé.

 
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