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Recension : Cyprien de Carthage, « Ceux qui sont tombés »
mardi 20 novembre 2012
par Jean-Claude LARCHET
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À la fin de l’année 249, l’empereur Dèce, voulant consolider le pouvoir qu’il avait usurpé, donna l’ordre à tous les gouverneurs des provinces de l’Empire d’organiser un sacrifice aux dieux païens. Tous les citoyens sans exception avaient l’obligation d’accomplir des rites sacrificiels. Chacun devait se rendre dans un temple, placer en offrande sur l’autel un morceau de viande rituelle, verser dessus un peu de vin en libation, puis absober une bouchée des viandes sacrificielles fournies. Une commission lui fournissait ensuite un certificat (ou libelle). Ceux qui refusaient d’accomplir le rite étaient poursuivis : ils pouvaient, selon le cas, être emprisonnés, voir leurs biens confisqués, être exilés, ou encore être torturés et condamnés à mort. Certains chrétiens ont accompli ces rites ; d’autres ont refusé de le faire mais ont officieusement acheté un certificat (on les a appelé libellici ou acheteurs de libelli), ce qui leur permettait d’échapper aux poursuites ; d’autres encore se sont enfui (ce fut le cas de Grégoire le Thaumaturge et de Cyprien lui-même).

Lorsque, après une année, la persécution cessa, le problème se posa à l’Église de savoir comment il convenait de traiter les lapsi, c’est-à-dire ceux qui étaient tombés dans l’apostasie – ou dans le semi-apostasie que constituait l’achat de libelles –, et ils étaient nombreux : Cyprien note que la majorité de ses ouailles et une partie de son clergé avaient succombé. Certains membres du clergé qui étaient restés intègres adoptaient une position rigoriste, excluant toute forme de retour des fautifs dans l’Église ; d’autres au contraire se montraient libéraux en les recevant sans condition ou presque. Cela donna lieu dans l’Église non seulement à de vifs débats, mais à des divisions et à des schismes.

Dans ce traité, écrit probablement en 251, saint Cyprien, définit une position intermédiaire « où ne manquent à l’égard des lapsi ni la sévérité pour les réprimander ni le remède pour les guérir », le remède principal étant celui de la pénitence, que doivent accompagner larmes, jeûne, austérité du mode de vie, aumône et intercession des martyrs.

C’est ce qu’explique saint Cyprien dans sa conclusion : « Vous, frères, qui êtes disposés à craindre Dieu, et dont l’âme malgré le désastre où elle se trouve est avertie de son mal, prenez dans le repentir et l’affliction la mesure de vos péchés, reconnaissez l’extrême gravité du forfait qui charge votre conscience, ouvrez les yeux du cœur à la compréhension de votre faute, sans désespérer de la miséricorde du Seigneur, mais sans désormais réclamer comme un dû votre pardon. Autant Dieu dans sa bonté de père ne cesse d’être indulgent et bienveillant, autant dans sa majesté de juge il est à redouter : sur la grandeur de notre faute réglons l’abondance de nos larmes. La blessure est profonde, une médecine attentive et prolongée ne doit pas lui manquer, ni la pénitence être moindre que le forfait. Crois-tu que puisse être si vite apaisé ce Dieu que tu as abjuré par des mots contraires à la foi, que tu as préféré faire passer après la conservation de tes biens, dont tu as profané le temple par un contact impie ?

Tu crois obtenir une pitié facile de celui que tu as déclaré ne pas reconnaître pour tien ? Il faut prier et supplier avec un zèle redoublé, passer le jour dans le deuil, prolonger les nuits dans les veilles et les larmes, se saisir de tout moment pour pleurer et se lamenter, coucher au sol sur un tapis de cendre, s’envelopper de poil de chèvre et de tenues négligées, refuser de s’habiller après avoir perdu le vêtement du Christ, préférer garder le jeûne après le repas du diable, s’adonner à de justes œuvres de bienfaisance qui lavent les péchés, faire de fréquentes aumônes qui délivrent les âmes de la mort. Ce que l’Adversaire voulait prendre, que le Christ le reçoive, et on ne doit plus retenir ni chérir des biens par lesquels on a été trompé et vaincu. La fortune est à éviter comme un ennemi, à fuir comme un brigand, à craindre comme un poignard ou un poison quand on la possède.

Ce qu’on en a gardé n’aura été utile que si on s’en sert pour racheter son forfait et sa faute : pratiquons la bienfaisance sans hésiter et généreusement, dépensons notre patrimoine entier pour les soins à notre blessure, avec nos ressources et nos moyens faisons du Seigneur qui nous jugera notre débiteur. C’est ainsi qu’au temps des apôtres la foi a été vigoureuse, que le peuple des croyants à ses débuts a observé les recommandations du Seigneur. Ils se tenaient prêts, ils étaient généreux, ils donnaient tout pour que les apôtres le distribuent, et ils n’avaient pas de telles fautes à racheter !

Supposons quelqu’un qui prie de tout son cœur, qui gémit dans de vraies lamentations et de vraies larmes de pénitence, qui incline le Seigneur au pardon de sa faute en pratiquant sans relâche une juste bienfaisance – des gens comme cela peuvent rencontrer la pitié de celui qui a aussi révélé sa miséricorde en ces termes : “Quand tu te retourneras vers moi et gémiras, alors tu seras sauvé et tu sauras ou tu as été”, et encore : “Je ne veux pas la mort de celui qui se meurt, dit le Seigneur, mais bien qu’il revienne et qu’il vive”. Il peut, lui, faire preuve d’indulgence, il peut de son plein gré infléchir sa sentence, il peut dans sa clémence pardonner au pénitent, au bienfaisant, au suppliant, il peut donner son aval à ce qu’ont sollicité les martyrs et accompli les évêques en faveur de gens comme cela. Ou même, si les satisfactions données l’ont touché plus encore, si l’on a su apaiser par une juste imploration sa colère et son indignation, alors il donne de nouvelles armes pour que le vaincu s’en équipe, il restaure et affermit ses forces pour vivifier sa foi renouvelée. »

Jean-Claude Larchet

source : www.orthodoxie.com

 
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