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Bakurios, « premier roi chrétien d’Ibérie »
jeudi 20 septembre 2012
par Pascal G. DELAGE
popularité : 2%

Une autre donnée prosopographique fort précieuse nous est encore donnée par Jean Rufus à propos du « grand Bakurios » : il a un frère – et Jean Rufus précise : « de même père et de même mère » [11] , ce qui peut impliquer qu’il y eut aussi des demi-frères – et ce frère régna également sur l’Ibérie :

Le grand Bakurios, le grand-père maternel de Pierre le béni, eut comme frère le saint Arsilios. Comme celui-ci atteint un âge vénérable tout comme Bakurios et Bosmarios, il régna en son grand âge sur les Ibériens et termina sa vie dans une grande sainteté et dans la virginité [12] .

Il nous faut donc entendre que le grand-père de Pierre est mort âgé tout comme son frère. Or un autre texte majeur pour notre recherche, La conversion du Kʻartʻli par Nino [13], nous fait connaître un roi Arčʻil qui aurait régné environ de 411 à 435 [14] . Accordons à ce prince 70 à 80 ans. Il est donc né vers 355/365, et son frère Bakurios vers 360/370 (appelé à devenir roi sur les Ibériens, il existe de fortes chances qu’Arčʻil ait été l’aîné de la fratrie mais il ne s’agit certes que d’une probabilité).

Le même texte de La conversion du Kʻartʻli par Nino (Q 139) indique comme père pour Arčʻil un prince ibérien du nom de Tʻrdat. Ce dernier est donné – toujours par le même texte - comme le « petit-fils » de Varaz-Bakʻar – indication généalogique déjà corrigé en « fils » dans le commentaire qui accompagne l’édition que donne Robert W. Thomson de ce texte [15] , ce Varaz-Bakʻar assimilé précisément par nombre d’historiens au Comes domesticorum « mort » en 394. Cette identification est une impasse.

En effet, le père du roi Arčʻil et du « grand Bakurios », Tʻrdat, a dû naître vers 325-330 selon les indications chronologiques conservées par Jean Rufus. Si Tʻrdat est le fils de Comes domesticorum identifié à Varaz-Bakʻar, ce dernier serait né vers 300, ce qui est hautement improbable puisque le Comes domesticorum est encore à la tête d’une unité militaire en 394 [16] .

Nous connaissons toutefois par le texte de La conversion du Kʻartʻli un autre prince ibérien du nom de Tʻrdat et qui est né précisément vers 325-330. Il s’agit d’un fils du prince Rev (mort en 360), fils du premier monarque chrétien d’Ibérie, Miriam/Murabanes (mort en 361), et de la princesse Salomé [17]. Toujours selon ce texte du VIIIe siècle, ce prince Tʻrdat fut appelé par les nobles d’Ibérie à régner à la suite de la mort de Varaz-Bakʻar dont il était le beau-père, les enfants de Varaz-Bakʻar étant trop jeunes pour être placés à la tête du pays. Cyrille Toumanoff fixe les dates du règne de Tʻrdat de 394 à 406.

 

[11] JEAN RUFUS, Vie, 14.

[12] JEAN RUFUS, Vie, 7.

[13] Texte traduit en anglais par Robert W. THOMSON, Rewriting Caucasian History, Oxford, 1996.

[14] Ces dates sont proposées par Cyrille TOUMANOFF, Les dynasties de la Caucasie chrétienne, Rome, 1990

[15] Robert W. THOMSON, Rewriting Caucasian History, p. 153.

[16] Bakurios avait-t-il alors 40-45 ans lors de la bataille de la Rivière froide ?

[17] Cette dernière est elle-même fille du premier roi chrétien d’Arménie, Tʻrdat (mort en 330).

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