Caritaspatrum
Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEEutrope de Saintes
Dernière mise à jour :
lundi 11 décembre 2017
Statistiques éditoriales :
790 Articles
1 Brève
73 Sites Web
33 Auteurs

Statistiques des visites :
224 aujourd'hui
323 hier
507864 depuis le début
   
Brèves
VIENT DE PARAITRE
vendredi 1er décembre

Peter HEATHER

ROME ET LES BARBARES Histoire nouvelle de la chute de l’empire)

De l’Écosse jusqu’à la Mésopotamie, de l’embouchure du Rhin jusqu’aux contreforts de l’Atlas, Rome a dominé durant près de cinq siècles un immense territoire. Le démembrement rapide de sa partie occidentale a d’autant plus frappé les esprits que l’empire a remporté jusqu’au bout des succès décisifs, notamment contre Attila en 451.

Pour faire comprendre ce paradoxe, Peter Heather rouvre le dossier en déplaçant le point de vue. Brassant une superbe documentation avec un art consommé du récit, il s’intéresse autant à la vie culturelle, économique et politique de l’Empire qu’à celle des « barbares ». Ceux-ci, en effet, ne viennent pas de nulle part. Qu’il s’agisse des peuples germaniques ou, plus encore, des Huns, Peter Heather fait revivre de l’intérieur la logique des adversaires de Rome. Une logique qui, tout autant que celle des héritiers d’Auguste, façonnera le Moyen Âge européen. On découvre ici l’histoire de la fin de l’empire d’Occident autant que celle des débuts de l’Europe.

Editeur : Alma

ISBN : 2362792315

 
L’Aquitaine et les nouvelles donnes de la fin du IVe siècle.
lundi 15 décembre 2014
par Pascal G. DELAGE
popularité : 11%

LES NOUVELLES DONNES DE L’EMPIRE CHRETIEN

Un faisceau d’indices concordants nous fait penser qu’il n’y a pas d’évêque à Saintes au moins avant 390. Quand Martin descend à Bordeaux en 384 pour participer à un concile, il est hébergé dans une grande villa suburbaine à Nieul-les-Saintes et non dans la domus épiscopale de la cité (Des vertus de saint Matin, 4, 31). Sensiblement à la même époque, un très grand seigneur bordelais, Ausone, qui a été consul, ministre et précepteur de l’empereur Gratien (assassiné en 383), passe la fin de l’hiver dans sa propriété « sous les murs de Saintes » (Ep. 8, 8-9). Or il rentre à Bordeaux pour participer à la grande fête des chrétiens, la vigile pascale, ce qui nous amène à conclure qu’Ausone est soit un paroissien très attaché à son clocher, soit plus probablement qu’il n’y a pas de service liturgique régulier dans la capitale des Santons à cette époque. Ajoutons pour faire bonne mesure que Paulin de Nole lorsqu’il veut évoquer les grandes figures chrétiennes qui veillent sur sa province, ne mentionne que Martin de Tours et Delphinus de Bordeaux (Carmen 18). Or un tel zélateur du culte des martyrs n’aurait pu passer sous silence le martyre d’Eutrope s’il l’avait connu.

Il n’a pas pu le faire parce qu’il n’ y a pas eu de martyrs en Gaule à l’exception notable des martyrs de Lyon en 177 et de la possible exécution des évêques Saturninus de Toulouse et Paul de Narbonne lors de la persécution de Dèce en 250. Or au IIIe siècle, l’ouest de la Gaule n’a pas encore été touché par l’évangélisation, pas plus qu’il ne le sera au début du siècle suivant comme le rappelle Sulpice Sévère, le disciple et biographe de Martin de Tours, un autre Bordelais. Il y a bien eu la grande persécution déclenchée par l’empereur Dioclétien de 304 à 311 mais le prince qui règne sur la Gaule, Constance Chlore, le père de Constantin, s’est contenté de faire détruire les églises(bâtiments) existantes. Ce prince est païen mais il s’est refusé à faire couler le sang. Probablement sous l’influence de sa seconde femme, la Syrienne Théodora, qui, elle, était chrétienne comme la propre épouse de Dioclétien d’ailleurs. Fâcheuse initiative de Théodora qui va priver la Gaule de martyrs et qui obligera les évêques gaulois comme Victrice de Rouen ou Delphinus de Bordeaux à se tourner vers l’Italie ou l’Orient pour obtenir les précieuses reliques qui protégeront églises et cités.

Probablement que l’Europe ne connut pas des mutations culturelles et religieuses plus fortes que celles du IVe siècle avant notre propre époque. Au début du siècle, les chrétiens sont hors-la-loi (jusqu’à l’édit de Galère en 311). En effet, à la fin de ce même IVe siècle, ce sont les adeptes des cultes traditionnels qui sont privés de leur temples et de leur liturgie quand, en 392, l’empereur chrétien Théodose Ier supprime complètement les cultes païens et la liberté de les pratiquer (C.T. 16, 10, 12). L’empereur, plutôt tolérant venait de faire face à une nième usurpation dans laquelle les ténors du paganisme s’étaient engagés corps et âme. L’empereur en avait déduit une équation très simple : païens = opposants. Cette interdiction du paganisme eut une autre conséquence qui nous intéresse directement. Les cultes traditionnels avaient en autres fonctions de concilier les dieux en faveur du prince et de l’empire car il est impossible d’imaginer à cette époque-là un pouvoir politique qui ne soit pas garanti par le religieux. Si l’on ferme les temples dans toutes les cités de l’empire, il faut logiquement établir des évêques à la tête de toutes les cités pour y garantir la paix du Ciel. Le début du Ve siècle va voir ainsi le doublement des sièges épiscopaux en Gaule, ce qui ne veut pas dire que les populations deviennent chrétiennes, loin s’en faut.

 
Articles de cette rubrique
  1. De la légende à l’histoire.
    15 novembre 2014

  2. L’Aquitaine et les nouvelles donnes de la fin du IVe siècle.
    15 décembre 2014

  3. Des traces aux lettres
    25 juin 2015