Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMatrones romaines
Dernière mise à jour :
lundi 20 mars 2017
Statistiques éditoriales :
768 Articles
1 Brève
73 Sites Web
25 Auteurs

Statistiques des visites :
53 aujourd'hui
1126 hier
418945 depuis le début
   
Marcellina
lundi 5 décembre 2011
par Pascal G. DELAGE
popularité : 9%

Marcellina vit le jour vers 335 à Rome ou peut-être même à Trèves où son père, Ambrosius, pouvait déjà être au service de l’aîné des fils de Constantin, Constantin II, qui réside dans cette ville palatine depuis 333. En effet, à la mort de l’empereur, Constantin II [1] fit d’Ambrosius son préfet du prétoire à l’automne 337, signe d’une confiance déjà éprouvée. Ambrosius était apparenté aux grandes familles romaines et tout spécialement à celle des Symmachii mais contrairement à cette dernière, il semble que le couple des parents de Marcellina aient été tous les deux chrétiens. La famille s’honorait même de compter parmi ses membres une martyre, Sotéris, exécutée à Rome en février 304.

Le frère de Marcellina, devenu évêque, aimait lui rappeler la figure de cette grande-tante que ni l’un, ni l’autre (et pour cause !) n’avait connue : Sainte Sotère – pour citer un exemple de famille, d’une pieuse parenté… fit passer la foi avant les consulats et préfectures de sa lignée. Car nous avons, nous autres prêtres, une noblesse préférable aux préfectures et aux consulats ; nous avons, dis-je, les dignités de la foi, qui ne sauraient passer… Elle n’a pas baissé le front ; elle n’a pas détourné son visage ; elle n’a pas laissé échapper ni un soupir, ni une larme. Enfin, après avoir triomphé des autres genres de supplice, elle a reçu le coup d’épée qu’elle recherchait [2]. Il est plus probable que cette parenté soit à rechercher du côté de la mère qui appartenait à la gens Aurelia mais elle n’en était pas moins noble que la gens paternelle, ayant compté dans ces ancêtres consuls et préfets.

A Trèves, l’épouse d’Ambrosius lui donna encore deux enfants, Ambrosius (notre saint Ambroise) et Uranius Satyrus. C’est alors qu’éclata le drame. Lors du partage de l’Empire en 337, le cadet des fils de Constantin, Constant, avait été placé de fait sous la tutelle de son aîné et, dès 339, il commença à donner des signes d’indépendance. Prétextant devoir secourir leur troisième frère Constance II dans sa lutte contre les Perses en Orient, Constantin II traversa les Alpes avec ses armées pour donner en fait une leçon au jeune arrogant. Les deux armées se rencontrèrent en avril 340 près d’Aquilée et Constantin II tomba dans une embuscade que lui avait tendue son frère. On perd la trace du préfet du prétoire de Constantin II après cette bataille. Il est très probable qu’il trouva la mort en même temps que son maître ou qu’il fut exécuté peu de temps après.

Sa veuve se réfugia à Rome auprès de sa famille et c’est dans cette ville que grandirent ses enfants dans une ambiance pieuse et austère. C’est alors qu’âgée d’une vingtaine d’années, Marcellina fit la demande et reçut le voile des vierges - la velatio - des mains de l’évêque Libère de Rome lors de la fête de l’Epiphanie en 354. Demeurant dans la maison familiale, elle y observe les prescriptions d’un ascétisme exigeant : nourriture parcimonieuse, jeûnes nombreux, nuits passées à prier et à lire la Bible. Quand on lui demandait de laisser un instant son livre pour prendre quelque nourriture, elle répondait que l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole venue de Dieu [3]. Une communauté de vierges se forma autour d’elle à laquelle appartinrent Candida qui vécut fort âgée et connut la prise de Rome par les Goths d’Alaric en 410 et Indicia, une jeune femme de Véronne, qui vint peut-être se former auprès de Marcellina à la demande de l’évêque Zénon, le premier pasteur attesté de cette ville d’Italie du nord.

Marcellina avait une quarantaine d’années quand elle apprit que son frère, gouverneur d’Emilie-Ligurie, avait été appelé à succéder à l’évêque arien Auxence sur le siège de Milan à la fin de l’année 374. La vierge consacrée était très proche de ces deux frères, tous trois célibataires à cause du Royaume de Dieu et ils mirent d’ailleurs leurs biens en communauté indivise.

Restant en lien constant avec Ambroise, lui écrivant quand elle était troublée, Marcellina fut sa principale confidente et conseillère (« Ma Dame, ma sœur qui m’est plus chère que la vie et mes propres yeux » Ep. 22). L’évêque de Milan lui conta en particulier par le menu la crise ouverte avec l’impératrice Justine lors des fêtes de Pâques en 386 (Ep. 20), la découverte des corps des martyrs Protais et Gervais le 17 juin de la même année (Ep. 22) ou l’excommunication de l’empereur Théodose en 390 à la suite de la répression sanglante de Thessalonique. C’est encore à Marcellina encore qu’il dédia son ouvrage sur De la virginité. Marcellina fut très éprouvée la mort de ses deux frères, celle de Satyrus à la fin de l’année 378 et celle d’Ambroise le 4 décembre 397. Selon une ancienne Vie de Sainte Marcellina, elle-même mourut un 17 juillet entre 397 et 401, pendant l’épiscopat de Simplicianus, le successeur d’Ambroise et elle fut ensevelie dans la basilique de Saint-Ambroise près de la tombe de son frère à Milan.

 

[1] Constantin II hérita de la partie occidentale de l’Empire, soit des diocèses de Gaule, de Bretagne et d’Hispanie.

[2] Ambroise de Milan, De l’exhortation à la virginité, 82

[3] Ambroise de Milan, De la virginité, 3, 15

Articles de cette rubrique
  1. Faltonia Betitia Proba
    5 mai 2011

  2. Caecinia Lolliana
    5 juin 2011

  3. Marcella
    5 août 2011

  4. Aconia Fabia Paulina
    5 septembre 2011

  5. Cornelia Paula Asina
    5 octobre 2011

  6. Rusticiana
    5 novembre 2011

  7. Marcellina
    5 décembre 2011

  8. Maecia Placidia
    5 janvier 2012

  9. Antonia Melania
    5 février 2012