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Rusticiana
samedi 5 novembre 2011
par Pascal G. DELAGE
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Rusticiana avait pour père Memius Vitrasius Orfitus Honorius, un homme issu d’une gens patricienne du IIe siècle, les Cornellii Scipiones Orfiti selon Fr. Chausson [1], peut-être homo nouus selon A. Chastagnol, artisan de sa propre nobilitas quoique de naissance clarissime [2]. Ce qui est certain, c’est que cet homme, assurément un païen, multipliant les sacerdoces traditionnels - dont le prestigieux pontificat de Vesta -, bénéficiait de la faveur de l’empereur Constance II qui le fit entrer dans son consistoire en 352. Il est très probable qu’Orfitus fut un de ses chefs de guerre dans la lutte que l’empereur mena en 352 contre l’usurpateur Magnence. Puis Constance II nomma ce fidèle d’abord proconsul d’Afrique, ensuite préfet de Rome par deux fois : de 353 à 356 et en 357-9. C’est au cours de cette seconde préfecture qu’Orfitus accueillit l’empereur Constance II à Rome lorsque celui-ci fit son entrée dans la vieille capitale le 28 avril 357. Las, cette faveur tournerait à son désavantage à la mort de son protecteur : en 363 – sous le règne de Julien -, il fut accusé de péculat par le boulanger Terentus et condamné à l’exil et ses biens confisqués [3] avant que sa bonne fortune ne connaisse un ultime rebond : il fut gracié au début de l’année 367 par Valentinien Ier après que soit intervenu en sa faveur le préfet du prétoire Vulcacius Rufinus. Il mourut à Rome deux ou trois ans plus tard sans avoir retrouvé le noble train de vie de ses années glorieuses.

Cadette de ses deux filles survivantes (il y eut peut-être d’autres enfants mais qui n’atteignirent pas l’âge adulte), Rusticiana fut mariée vers 370, peu après la mort de son père, à Q. Aurelius Symmachius Eusebius, lui-même fils de L. Aurelius Avianus Symmachus, préfet de la Ville en 364-365. La jeune femme, âgée probablement d’une quinzaine d’année, est donc née vers 355 et le mariage de ses propres parents doit remonter au début des années 350. On ignore le nom de sa mère mais elle est sans doute issue d’une vieille famille, très probablement la petite-fille de Septimius Acyndinus, préfet du prétoire d’Orient en 338-40 et consul en 340.

L’époux de Rusticiana a pour sa part une trentaine d’années au moment de son mariage. Ayant déjà été gouverneur de Lucanie-Brittium, Symmaque avait prononcé – lourde tâche – le panégyrique de Valentinien Ier et de son fils Gratien à Trèves le 25 février 369 à l’occasion des quinquennalia de l’empereur. Nommé comte du troisième ordre, il accompagna Valentinien Ier dans son expédition contre les Alamans, prononça un second panégyrique le 1er janvier 370 et revint à Rome où devait se dérouler son mariage quelques mois plus tard.

On ne sait si Rusticiana accompagna son époux lorsque celui-ci fut nommé proconsul d’Afrique en 373, ni le nombre d’enfants qui naquirent du couple. Deux atteignirent la vie adulte : une fille, l’épouse de Nicomachus Flavianus Iunior, et un fils, Q. Fabius Memmius Symmachius, né en 383. Ce dernier deviendra préteur urbain en 401. Symmaque, de retour à Rome, doit affronter les factions du Sénat (où les chrétiens ne lui sont pas favorables) et les émeutes populaires comme celle qui, en 375, chasse son père de la Ville. Il apparait pourtant de plus en plus comme l’agent de liaison entre l’empereur (Gratien depuis 376) et le Sénat. C’est alors qu’il est nommé préfet de Rome à la fin du mois de juin 384. Princeps du Sénat, il devient l’une des voix les plus autorisées du parti païen de Rome, bien qu’opposé aux cultes orientaux, cherchant - en vain – à contrebalancer l’influence de l’évêque de Milan, Ambroise (un sien parent !) sur le jeune empereur Gratien. Ainsi il ne put empêcher que soit enlevé du Sénat de Rome l’autel de la Victoire (Relatio 3).

En 388, Symmaque se rallie à l’usurpateur Maxime, meurtrier de Gratien, et doit se réfugier dans une église après la défaite de ce dernier devant Théodose Ier en août 388. Il obtint le pardon de l’empereur par l’entremise de l’évêque novatien Leontius. Nommé consul ordinaire en 391, il ne parvient pas toutefois à obtenir le retour de l’autel de la Victoire au Sénat qu’il tenta d’obtenir de Théodose Ier. Aussi, pendant l’usurpation d’Eugène, l’époux de Rusticiana se rallie à ce dernier mais assez discrètement, se tenant prudemment à l’écart de la politique alors que le père de son gendre, Virius Nicomachus Flavianus, un ami proche aussi, se donnera la mort après l’exécution d’Eugène (6 septembre 394), s’étant grandement compromis dans cette tragique aventure. Chassé de Rome par une émeute en 397 avant de revenir finalement aux honneurs et à la cour, Symmaque mourra de maladie vers 402, on ne sait quand mourut Rusticiana mais sa présence discrète auprès de son époux était encore chantée à la fin du Ve siècle par Sidoine Apollinaire, célébrant l’union de Symmaque et de Rusticiana à l’égal des couples célèbres de la haute Antiquité (Ep. 2, 10), Rusticiana étant tout particulièrement louée pour sa participation aux travaux littéraires de son époux.

 

[1] Stemmata aurea, éd. L’Erma, 2007, pp. 141-146

[2] Les fastes de la Préfecture de Rome, éd. NEL, 1962, pp 139-147

[3] Ammien, Histoire, 27, 7, 3

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