Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMatrones romaines
Dernière mise à jour :
samedi 25 mars 2017
Statistiques éditoriales :
769 Articles
1 Brève
73 Sites Web
25 Auteurs

Statistiques des visites :
1450 aujourd'hui
3125 hier
423467 depuis le début
   
Aconia Fabia Paulina
lundi 5 septembre 2011
par Pascal G. DELAGE
popularité : 26%

Aconia Fabia Paulina, née vers 325/330, est la fille du préfet urbain de 342-344, Aco Catollinus, qui fut aussi consul ordinaire en 349. Par sa mère, Paulina pourrait être apparentée à la gens des Fabii Paulini, et être la tante maternelle de Cethegus, de Blesilla (la mère de Paula, la disciple de saint Jérôme) et de la mère de Symmaque l’Orateur. Paulina épousa en 344 Vettius Agorius Praetextatus, un sénateur brillant à la carrière prometteuse. Il a 34 ans.

Ce dernier fut l’un des derniers représentants de la haute noblesse cherchant à défendre la religion romaine alors que le christianisme imposait sa marque de plus en plus à la société romaine. C’est ainsi que Macrobe le mettra en scène dans les Saturnales, œuvre composée vers 425, comme l’un des protagonistes d’un banquet au cours duquel on discute des traditions religieuses des Romains. Praetextatus y est présenté comme prenant la défense des cultes de ses ancêtres et définit un syncrétisme païen dans lequel les principales divinités sont assimilées au Soleil. D’abord nommé pronsul d’Achaïe en 362 par l’empereur Julien, l’époux de Paulina fut ensuite préfet de la Ville en 367-369 sous Valentinien Ier, un empereur qui avait choisit de ne privilégier aucun culte au détriment des autres, puis il passa quinze ans sans exercer de fonction avant d’être nommé préfet du prétoire d’Illyricum, d’Italie et d’Afrique en 384, année de sa mort, un retour en grâce sous le jeune Valentinien II.

Paulina fut, comme Praetextatus, un des flambeaux du paganisme finissant de l’Urbs. L’épitaphe funéraire qu’elle fit graver pour son époux et qui mentionne tous les sacerdoces (pas moins de dix !) qu’il a exercés, rappelle qu’elle-même fut initiée aux mystères de Cérès à Eleusis, comme ceux d’Hécate à Egine, et qu’elle était encore hiérophante et avait reçu le taurobole (dans le cadre du culte de Cybèle) :

Associant avec bonté ton épouse aux cérémonies sacrées, ton épouse qui partage avec toi la connaissance des dieux et des hommes, ta fidèle compagne, pourquoi parler des honneurs ou des pouvoirs, des joies qui convoitent les désirs humains ? Toi, prêtre des dieux, ceint de l’éclat des bandelettes, tu les as toujours tenues pour éphémères et sans valeur. C’est toi, mon époux, me délivrant, chaste et pure, par l’action bienfaisante de ton enseignement, de ma condition de mortelle, qui me conduit dans les temples et me consacres comme servante aux dieux. Je suis initiée devant toi, mon témoin, à tous les mystères. Tu honores en moi, mon pieux compagnon, la prêtresse de Diadyme et d’Attis, en m’initiant aux mystères du taurobole ; tu m’enseignes les trois secrets à moi prêtresse d’Hécate, tu me prépares à être digne des mystères de Cérès, la déesse grecque. Grâce à toi, tous célèbrent mon bonheur et ma piété, car partout, tu vantes mes vertus et d’ignorée que j’étais, ma réputation s’étend à tout l’univers. Mais toi, puisque tu es mon mari à qui pourrai-je déplaire ? Les mères romuléennes cherchent en moi un exemple et trouvent belle leur lignée, si elle est semblable à la tienne. Les hommes et les femmes souhaitent et apprécient les insignes que toi, maître, tu m’as conférés. A présent qu’ils m’ont été enlevés, je me consume, triste épouse, heureuse si les dieux avaient permis à mon mari de me survivre, heureuse surtout, car je suis, j’ai été et bientôt, après la mort, je serai à toi [1].

La mort de Praetextatus survint à la fin de l’année 384, et si les auteurs païens ne tarirent pas d’éloges à son égard, « juge impartial, modéré et indulgent pour les autres, sévère envers lui-même » (Symmaque), les chrétiens se montrèrent très dur envers lui et son épouse, le moine Jérôme, alors à Rome, opposant la descente aux enfers de l’époux de Paulina à l’ascension céleste d’une pieuse veuve chrétienne du nom de Léa qui mourut au même moment [2]

Paulina et son époux ont un enfant qui pourrait bien être Praetextata, l’épouse d’Hymetius (et donc la belle-sœur de Paula) un ami de l’empereur Julien, celui-là même qui avait appelé Praetextatus au proconsulat d’Achaïe à la fin de l’année 361 alors que l’aristocrate romain résidait pour l’heure à Constantinople. Praetextatus rédigea ainsi l’éloge de son épouse, en des termes particulièrement forts, rarement égalés et fort peu usités à Rome pour témoigner de l’amour partagé avec une épouse :

Vettius Agorius Praetextatus, à sa femme Pauline, Pauline, elle qui partage avec moi, la vérité et la pureté, qui est consacrée aux temples et amis des divinités, elle qui préfère son mari à elle-même et Rome à son mari, discrète, fidèle, pure d’âme et de corps, bienveillante envers tous. Pauline, épouse de son cœur, source de pudeur, gage de pureté, pur amour et foi aux cieux, c’est à toi que j’ai confié les secrets de mon âme, toi, le don des dieux, qui nous unissent au lit nuptial dans des étreintes aimantes et pures, par ta piété de mère, ta reconnaissance d’épouse, ta réputation, ton respect filial, et par la confiance de nos amis, par ton expérience, notre alliance consacrée, le respect d’un lien solide et unique, tu secondes ton mari, tu l’aimes, rehausses son prestige et l’entoures d’honneurs [3].

Une dernière inscription, toujours sur le même monument funéraire, précise les cultes auxquels Paulina fut initiée : A Fabia Aconia Paulina, fille d’Aco Catullinus, ancien préfet et consul, épouse de Vettius Praetextatus, préfet et consul désigné, initiée à Elueusis aux mystères du divin Iacchos, de Cérès et de Coré, initiée à Lerne à ceux du divin Liber, de Cérès et de Coré, initiée à Egine à celui des deux déesses, tauroboliée, prêtresse d’Isis, hiérophante de la déesse Hécate et initiée aux rites de la Cérès grecque [4]. On ne sait quand mourut l’épouse de Praetextatus mais il semble que durant ses dernières années, elle entretint des liens forts et régulier avec le collège des Vestales qui consacrèrent une statue honorifique à Praetextatus dans leur Atrium [5].

 

[1] ILS 1259

[2] Jérôme, Ep. 23, 2-3.

[3] ILS 1259

[4] ILS 1260

[5] Symmaque, Ep., 2, 36

Articles de cette rubrique
  1. Faltonia Betitia Proba
    5 mai 2011

  2. Caecinia Lolliana
    5 juin 2011

  3. Marcella
    5 août 2011

  4. Aconia Fabia Paulina
    5 septembre 2011

  5. Cornelia Paula Asina
    5 octobre 2011

  6. Rusticiana
    5 novembre 2011

  7. Marcellina
    5 décembre 2011

  8. Maecia Placidia
    5 janvier 2012

  9. Antonia Melania
    5 février 2012