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Marcella
vendredi 5 août 2011
par Pascal G. DELAGE
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Appartenant à la gens Marcelli par son père Claudius Marcellus (fils du préfet de la Ville du même nom en 292) et à la gens Caeionia de part sa mère Albina, Marcella, née vers 335, orpheline de père très tôt, fut mariée très jeune vers l’âge de 14/15 ans, mais son mariage ne dura que sept mois. Peu de temps après, vers 355, elle refusa un second mariage fort prestigieux, au grand dam de sa mère et en dépit des pressions familiales - son oncle maternel n’est autre que C. Caeionius Rufius Volusianus Lampadius, le grand préfet urbain (païen) de 356-356. C’était pourtant Cerealis, préfet urbain en 352-353, consul en 358, qui demandait sa main et qui, de plus, était apparenté à la famille impériale, sa sœur Galla ayant épousé Jules Constance, un frère de l’empereur Constantin Ier. Déjà fort âgé, il proposait à Marcella « de lui transmettre sa fortune par une donation faite comme à une fille, non comme à une épouse » [1]. Marcella dut payer le prix fort de cette liberté et transmettre tous ses bijoux personnels aux enfants de son oncle maternel et de son épouse Lolliana, l’un et l’autre piliers des cultes traditionnels à Rome !

Toutefois Marcella avait déjà fait le choix de se consacrer à Dieu et son propos de vie ascétique fut encore confirmé en 373 par la venue de Pierre, frère et successeur d’Athanase sur le siège d’Alexandrie, lui aussi exilé à cause de son orthodoxie par l’empereur arien Valens. C’est Pierre qui durant son séjour de cinq ans dans la capitale de l’Occident lui fit connaître les moines pachômiens et le cénobitisme. C’est ainsi que Jérôme fait de Marcella - à juste titre – l’instigatrice et la protectrice du mouvement monastique de type égyptien dans l’Vrbs : A cette époque, aucune des femmes de la noblesse, à Rome, ne connaissait l’institution des moines, ni n’osait, à cause de la nouveauté du propos, assumer un nom qui, dans les masses, était alors réputé ignominieux et bas. De la bouche des évêques d’Alexandrie, du pape Athanase puis de Pierre, qui, fuyant la persécution de l’hérésie arienne, s’étaient réfugiés à Rome comme dans le port le plus sûr de leur communion, Marcella apprit la vie du bienheureux Antoine, qui vivait encore, l’existence des monastères de Pachôme en Thébaide, la règle des vierges et des veuves, et elle ne rougit pas de professer hautement ce qu’elle savait plaire au Christ [2]. Trop jeune pour avoir connu réellement Athanase mais guidée par Asella, son aînée d’une dizaine d’années, Marcella avait adopté le propositum monachorum [le projet des moines] et transforma définitivement son palais sur l’Aventin vers 375 en cénacle monastique, où la rejoignirent ensuite d’autres aristocrates romaines qui lui étaient apparentées comme Sophronia [Mélanie l’Ancienne ?], Marcellina, Paula (le cousin germain de Marcella, Pammachius a épousé une fille de Paula, Paulina), Eustochium que Marcella va garder près d’elle, et enfin sa propre mère Albina.

Quand un jeune moine dalmate, revenu de Syrie, arriva à Rome en 382 en compagnie d’Epiphane de Salamine pour soutenir les prétentions de Paulin au siège épiscopal d’Antioche, Marcella le fit venir, l’interrogea sur la Bible et le choisit comme guide spirituel de sa communauté : il s’agissait de Jérôme. Elle restera toujours son meilleur soutien dans la capitale lorsqu’il dut fuir en Orient en 385 après la mort de Blesilia, et sa correspondante de prédilection : il ne lui adresse pas moins de 19 lettres sans compter la lettre 127, envoyée à la vierge Principia, qui est l’éloge funéraire de Marcella (écrite en 413).

Restant en effet à Rome, malgré les invitations de Paula et de Jérôme à les rejoindre en Terre Sainte, Marcella diffusait autour d’elle les lettres de Jérôme, se faisait l’avocat de ses positions théologiques ou ascétiques, sachant même les nuancer lorsque les écrits du moine de Bethléem tournaient au brûlot ; sans cesse, elle soutient son combat dans la lutte anti-origéniste, étant même le principal protagoniste de ce conflit à Rome : Elle produit des témoins d’abord instruits par eux [les partisans d’Origène] et depuis corrigés de l’erreur hérétique ; elle présente les volumes impies du Traité des Principes [d’Origène], montre qu’ils ont été expurgés… Les hérétiques, convoqués par de fréquentes lettres pour se défendre, n’osèrent pas venir et telle était la pression de leur conscience qu’ils préfèrent être condamnés absents, plutôt que d’être réfutés présents [3]. L’adversaire « origéniste » de Jérôme, Rufin, dut bien reconnaître en 400 devant l’évêque de Milan que l’affaire avait pris une telle proportion en Italie à cause d’une certaine matrona romaine… Intelligente, réfléchie, Marcella a toute la confiance de Jérôme qui lui demande de régler elle-même les « disputes » scripturaires qui pouvaient agiter les Romains. En 384, Jérôme la désignait déjà comme sa « surveillante de travaux » [4]. « Elle examinait tout… si bien que j’avais le sentiment d’avoir en elle non pas tant une disciple qu’un juge » (In Gal. 1, prol.) écrit-il encore en 386. Son maître lui rendra ce bel hommage non sans une pointe de naïve vanité : Tout ce que nous avons pu rassembler de science par de longues études… elle s’en est abreuvée, elle l’a appris et possédé, si bien qu’après mon départ s’il s’élevait une controverse au sujet de quelques textes de l’Ecriture, on recourait à son jugement. Et comme elle était très prudente et connaissait ce que les philosophes appellent « to prepon », c’est-à-dire ce qui est convenable, quand on l’interrogeait, elle répondait de manière à ne pas dire son propre sentiment comme étant sentiment personnel, mais comme étant le mien ou celui d’un autre si bien que, dans son enseignement même, elle faisait figure d’élève [5].

Lorsque Jérôme encourut le danger de tomber sous le coup d’un rescrit impérial émanant du préfet du prétoire d’Orient Rufinus, Marcella - comme Paula - mobilisèrent tous leurs réseaux d’influence pour éviter à leur protégé de connaître le sort de Priscillien. Le préfet Rufinus fut assassiné fort providentiellement au terme d’un complot ourdi par l’eunuque Eutrope, et le moine de Bethléem put reprendre avec autant de verve son combat contre le moine Rufin et les thèses d’Origène. Lors de cette même crise, Marcella dirigea avec Océanius (cousin de Fabiola) et Pammachius, la défense de Jérôme, intervenant d’ailleurs en vain auprès de l’évêque de Rome Sirice (ce qui donna lieu à une altercation publique), puis auprès de son successeur Anastase (399-401) qu’elle réussit à gagner à ses vues. Après que Jérôme eut quitté Rome, Marcella ne déserta la capitale que quelques années plus tard pour se réfugier dans une villa suburbaine qu’elle avait transformé en monastère et qui devint un intense centre de vie monastique animée par sa personnalité hors du commun, son sens de l’équilibre, tant en ascétisme qu’en matière scripturaire (Jérôme lui reconnaît même la responsabilité d’avoir découvert une solution à l’épineuse question origénienne). C’est là que vint la rejoindre Principia qui fut la disciple de sa vieillesse.

Quand survinrent les hordes de Goths menées par Alaric (408), Marcella était de retour dans sa domus de l’Aventin ; elle parvint à soustraire Principia aux convoitises des barbares mais ces derniers, alertés sur le rang de leur captive et la richesse de la villa qu’elle occupait, voulurent lui faire avouer l’endroit où elle cachait ses trésors : Marcella reçoit d’un air intrépide les soldats qui s’étaient introduits chez elles ; on lui demande son or ; elle essaie, par la pauvreté de sa tunique, de leur montrer qu’elle n’a pas de trésor enfoui ; mais elle ne peut leur faire croire cet état de pauvreté volontaire ; frappée de fouets et de verges, elle ne sent pas sa douleur ; abattue à leurs pieds, elle les conjure par ses larmes de ne pas la séparer de vous, de peur que votre jeunesse ne fût exposée à des outrages que sa vieillesse n’avait pas à craindre [6]. Les mauvais traitements n’ont pas été mortels, Marcella fut conduite avec Principia à St-Paul-hors-les-Murs mais, brisée physiquement, elle ne survécut que quelques mois et elle mourut en janvier 411. Elle avait près de 75 ans. A l’annonce de sa mort, Jérôme est atterré : J’ai reçu soudain la nouvelle de la mort de Pammachius et de Marcella, du siège de Rome et du dernier sommeil d’un grand nombre de frères et de sœurs. La consternation me paralysa au point que le salut de tous, nuit et jour, devint l’unique objet de mes préoccupations. Je me croyais captif, partageant la captivité des saints [7].

 

[1] Jérôme, Ep. 127, 2

[2] Ep. 127, 5 ; trad. J. Labourt

[3] Ep. 127, 10

[4] Ep. 28, 1

[5] Ep. 127, 7

[6] Jérôme, Ep. 127, 13

[7] Préface au Commentaire d’Ezéchiel

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