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Accueil du siteCOLLOQUES DE PATRISTIQUE DE LA ROCHELLELes Pères de l’Eglise et la chair
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jeudi 25 mai 2017
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Présentation des communications
jeudi 25 août 2011
par Pascal G. DELAGE
popularité : 6%

VENDREDI MATIN : PROBLEMATIQUE BIBLIQUE ET PREMIERS JALONS.

- Yves-Marie BLANCHARD (Institut Catholique de Paris).

La dialectique chair / esprit dans l’évangile de Jean : théologie, anthropologie, herméneutique.

Relativement rare dans les évangiles, le mot « chair » fait cependant l’objet d’un traitement original dans le quatrième évangile et les épîtres johanniques. Certes, l’acception christologique saute aux yeux, avec en conséquence, dans la tradition théologique ultérieure, le recours au mot « incarnation » pour désigner l’humanisation du Fils et Verbe de Dieu entré dans l’histoire. Mais ce n’est pas la seule valeur du mot « chair », au demeurant distinct du mot « corps ». Tandis que ce dernier convient à la personne du Christ comme lieu même de la présence divine (le nouveau Temple), c’est plutôt le mot « chair » qui s’applique au sacrement eucharistique. Enfin – et sans doute est-ce là l’ouverture la plus décisive – le quatrième évangile ouvre la perspective de la dualité des sens de l’Écriture : « charnel » c’est-à-dire littéral et simplement humain ; « spirituel », en tant que porteur d’une Révélation portant le regard au-delà des apparences, à condition que le destinataire ait d’abord consenti à « naître d’esprit ».

- Marc COUMONT (pasteur, Eglise réformée de France).

Selon la chair et selon l’esprit, approches pauliniennes.

Paul est fidèle au premier testament. A la place du terme hébreu de « basar », il utilise des mots grecs, quoiqu’ils appartiennent à un autre monde mental. Il reprend les mots choisis par les traducteurs de l’ancien testament en grec : « sarx » (chair) et « sôma » (corps). D’un emploi quantitativement équivalent, les deux mots grecs se distinguent et se confondent. « sarx » deviendra une notion d’anthropologie éthique et religieuse. Mais l’image de homme serait incomplète sans la réalité du « Pneuma » (Esprit, Souffle). Ce dernier, opposé à la chair, permettra de passer de l’anthropologie à la sotériologie.

- Bernard POUDERON (Université de Tours et IUF).

La chair de Marie chez Justin de Rome et les gnostiques.

C’est l’évidence chez les Gnostiques, où Marie n’est qu’un « canal » par lequel descend du plérôme un Christ spirituel ; mais on constate une réticence similaire (quoique moins accentuée) chez un des Pères de l’orthodoxie, Justin de Naplouse. Même la doctrine de l’incarnation de Tertullien n’est pas sans poser problème sur ce plan-là. Bernard Pouderon met cette réticence, chez les Pères « orthodoxes », sur le compte de la doctrine aristotélicienne de la procréation tout autant que sur une dévaluation mal assumée du rôle « charnel » de Marie dans la conception du Sauveur.

- Marie-Laure CHAIEB (Institut Catholique de l’Ouest).

La faiblesse de la chair selon Irénée de Lyon : de l’opiniâtreté théologique à assumer la corporéité dans la relation à Dieu.

Alors qu’il combat le dualisme valentinien dans son Adversus Haereses, Irénée prétend n’être qu’un simple lecteur de S. Paul. Pourtant il ouvre bien des perspectives originales en reliant sa lecture de l’Apôtre à des principes qui lui sont chers : ainsi « la faiblesse de la chair » doit-elle être selon lui mise en lien avec une anthropologie résolument optimiste et pas seulement réduite à sa dimension moralisante ; le statut même de la chair doit être considéré en relation avec le caractère positif de la création voulue par Dieu et assumé par le Fils. Tout ceci converge vers la formule pleine de promesse : « le fruit de l’œuvre de l’Esprit, c’est le salut de la chair » (V, 12, 4). C’est donc une réelle théologie du « corps de chair » qu’Irénée propose dans son œuvre et il soutient même la nécessité de bien la connaître pour poser une authentique relation à Dieu.

- Magdalena DIAZ-AJAURO (Université Paris IV – Sorbonne).

Le « péché de la chair » dans la Vie grecque d’Adam et Eve. La relation entre la chair et le mauvais penchant dans une tradition judéo-hellénistique.

L’écrit pseudépigraphique connu sous le titre de Vie grecque d’Adam et Eve (VGAE) a été classé parmi les apocryphes de l’Ancien Testament. Attesté par vingt-sept manuscrits grecs, cet ouvrage présente l’histoire d’Adam et Eve avant et après leur expulsion du Paradis. Ces manuscrits font partie d’un ensemble plus vaste, la Vie d’Adam et Eve (VAE), connu par huit versions différentes (en grec, latin, géorgien, arménien, slave, roumain, copte, arabe).

La Vie grecque serait d’après nous un texte composé en différents étapes, entre le Ier siècle avant notre ère et le IIe siècle de notre ère, à partir des traditions judéo-hellénistiques. Sans aborder la vaste polémique autour de l’origine et la datation de cette source, nous considérerons les sources possibles d’une tradition précise de cet apocryphe, la notion du « péché de la chair ». Le « péché de la chair » est attesté dans la VGAE au moment où Dieu annonce les châtiments destinés à Eve dans ces termes : “ Tu avoueras ta faute jusqu’à dire : Seigneur, Seigneur, sauve-moi et je ne retournerai plus au péché de la chair (ἐπιστρέψω εἰς τὴν ἁμαρτίαν τῆς σαρκός)” (VGAE 25, 3).

D’une part, ce passage introduit un développement exégétique notable de Genèse 3, 16 qui nous permet d’établir un rapprochement avec d’autres midrashim (Berechit Rabba 20, 7 ; 9, 7 et 14, 4) où la punition accordée à Eve est associée au mauvais penchant (יצר). D’autre part, l’affinité avancée par Benjamin G. Wold avec le manuscrit de Qoumrân 4Q416 2 iv pourrait contribuer à comprendre les raisons de l’association de ἁμαρτία et σάρξ, réalisée par les auteurs de la Vie grecque, à partir d’une lecture intertextuelle de Genèse 3, 16 ; 2, 24 ; 4, 7 et 6, 5. Dans cette association propre à la Vie grecque, le terme σάρξ s’éloigne d’une certaine façon du בשר hébreu, qui fait référence à l’être humain, par le cotexte relatif à la procréation dans lequel cette notion s’insère et du fait de son lien avec ἁμαρτία.