Caritaspatrum
Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESMatrones romaines
Dernière mise à jour :
jeudi 20 juillet 2017
Statistiques éditoriales :
779 Articles
1 Brève
73 Sites Web
25 Auteurs

Statistiques des visites :
232 aujourd'hui
129 hier
463335 depuis le début
   
Caecinia Lolliana
dimanche 5 juin 2011
par Pascal G. DELAGE
popularité : 4%

Née vers 325, la clarissime Caecinia Lolliana était la fille de Postumianus, le fils du consul de 316, Antonius Caecina Sabinus. Sa mère (Lolliana ?) était la sœur de Lollianus Mavortius qui fut préfet de la ville de Rome en 342 et consul éponyme de l’année 355. Elle est donnée en mariage vers 345 à C. Caeionius Rufius Volusianus Lampadius, un homme âgé d’une trentaine d’années et qui venait juste de sortir de sa charge de préteur. Lampadius était le fils de Caeionius Rufius Albinus qui avait lui-même revêtu le consulat en 335, et le petit-fils du consul de 311, C. Caeionius Rufius Volusianus. Il fut par la suite appelé à la charge de préfet du prétoire d’Italie en 355.

Ammien Marcellin traça un portrait au vitriol de l’époux de Lolliana à propos de sa préfecture de la Ville en 365-366 : un homme qui, même lorsqu’il crachait, acceptait très mal de ne pas être complimenté, car, cela aussi, il estimait le faire avec plus d’adresse que les autres ; mais il se montrait parfois honnête et rigide. Alors que, durant sa préture, il donnait des jeux splendides et procédait aux distributions les plus larges, incapable de supporter les manifestations bruyantes de la populace qui insistait souvent pour que l’on comblât de cadeaux des gens indignes de les recevoir, à la fois pour montrer sa générosité et son mépris de la multitude, il avait fait venir du Vatican quelques miséreux et les avait enrichis de sommes importantes. Comme exemple de sa vanité, pour ne pas nous égarer plus longuement, il suffirait de produire cet unique fait, sans doute de peu d’importance, mais que de hauts-fonctionnaires doivent se garder d’imiter. A travers tous les quartiers de la Ville qui ont été embellis par les frais des divers empereurs, il inscrivait en effet son propre nom, comme celui, non du restaurateur de monuments anciens, mais de leur fondateur [1].

Le couple habitant sur la colline du Quirinal, non loin des thermes de Constantin, leur demeure fut même l’objet d’une attaque en règle de la part du petit peuple lassé de la morgue et de la rapacité du préfet, et Lampadius n’échappa que de peu à une tentative d’incendie [2]. C’est probablement dans cette domus que Lolliana donna naissance au moins à quatre fils [3]et deux filles. L’aîné des garçons, Caeonius Rufius Albinus, sera à son tour préfet de la Ville en 390. Le plus jeune, Lollianus, sera exécuté pour crime de magie lors de la répression anti-sénatoriale menée en 371 par le vicaire de Rome Maximinus. Les deux autres sont encore connus pour leur attachement aux cultes traditionnels : Caeionius Rufius Volusianus, ancien vicaire d’Asie, dédia un autel au phrygianum (temple de Cybèle) du Vatican en 390 [4], et Publilius Caecina Albinus, consulaire de Numidie entre 364 et 367, fut pontife de Vesta. Les filles, Rufia Volusiana et Sabina, affichaient de semblables convictions en se faisant taurobolier avec leurs époux respectifs en 370 et 377, toujours au sanctuaire du Vatican [5]. L’époux de Volusiana était pour sa part Pontife de Vesta et occupait un grade important dans la hiérarchie du culte de Mithra quand sa belle-sœur Sabina se présentait comme initiée aux mystères de Déméter et d’Hécate. L’époux de Lolliana avait également reçu le baptême métroaque en 370, probablement en même temps que ses enfants Volusianus et Volusiana. Il était encore Pontife du Soleil, prophète d’Isis et Père-hiérophante d’Hécate. L’inscription de 390 rappellera que Lolliana n’était pas en reste dans cette course effrénée aux initiations polythéistes, elle-même exerçant le sacerdoce de la déesse Isis.

De telles inscriptions attestent d’une réelle ferveur religieuse, certes, normale à une époque où les cultes traditionnels sont toujours la religion officielle de Rome et cela jusqu’en 391. Toutefois les choses vont évoluer déjà très rapidement. Les tauroboles que reçoivent les enfants de Lolliana, prennent place après le geste d’éclat dont s’enorgueillit le nouveau préfet de Rome en 376, Furius Maecius Gracchus, et dont bruit tout Rome. Gracchus, non content de détruire plusieurs grands mithrea de la Ville lors de sa charge, va demander de recevoir le baptême chrétien, revêtu des insignes de sa charge de préfet et entouré de ses licteurs, très probablement lors de la vigile pascale de 377 [6]. C’est un camouflet pour la vieille aristocratie traditionnelle de Rome.

Il s’agit de réagir au plus vite. Dans la décade de ces années 380, les cercles de l’aristocratie attachée au mos maiorum vont se démener afin d’assurer la pérennité des cultes ancestraux et le respect dû aux dieux des Pères alors même que l’empereur Gratien va mettre fin en 383 aux subsides permettant d’assurer les cérémonies religieuses traditionnelles, le jeune empereur agissant sur l’indication de son mentor, l’évêque Ambroise de Milan, lui-même issu de ce même milieu sénatorial romain. Une dernière fois, en mai 390, le préfet en charge, Caeionius Rufius Albinus, revêtu des insignes de sa charge, va accompagner son frère à l’occasion de son second taurobole reçu également au Phrygianum du Vatican. Agée de 65 ans, l’illustrissime Lolliana avait pu assister à cette célébration. Mais il s’agira du chant du cygne du paganisme. Quelques mois plus tard, l’empereur Théodose prohibant toute forme de culte traditionnel, interdit tout spécialement aux hauts-fonctionnaires de pénétrer dans les sanctuaires traditionnels et d’y accomplir les rites païens [7] : il est clair que c’est l’attitude du fils de Lolliana qui était visée.

Et pourtant, ayant cherché à maintenir jusqu’au bout le souffle des anciens dieux sur la Ville éternelle, Lolliana n’en était pas moins la belle-sœur de deux femmes – les sœurs de Lampadius - qui furent, pour leur part, chrétiennes. L’une d’elle, Albina, fut la mère de Marcella, l’autre (nous ignorons son nom) fut mère de Pammachius, non seulement deux chrétiens engagés de la communauté romaine mais tous les deux furent également des zélateurs de l’ascétisme chrétien, collaborateurs et amis du moine Jérôme de Bethléem. Mais le plus étonnant fut que deux arrière-petites filles de Lolliana, Paulina, descendante du Pontife de Vesta, et Mélanie, petite-fille du préfet urbain de 391, devinrent toutes les deux religieuses en Palestine dans les années 420/30, la première à Bethléem, la seconde à Jérusalem. Un monde avait changé de cieux.

 

[1] Histoires, 27, 3, 5-7, trad. Marie-Ane Marié

[2] ibidem, 27, 3, 8

[3] CIL 6, 990, inscription trouvée à Téboursouk (Tunisie) sur un de leurs domaines africains

[4] CIL 6, 512

[5] CIL 6, 509 et CIL 6, 30966

[6] Prudence, Contre Symmaque, 1, 561-565 ; Jérôme, Ep. 107, 2

[7] Code Théodosien, 16, 10, 10

Articles de cette rubrique
  1. Faltonia Betitia Proba
    5 mai 2011

  2. Caecinia Lolliana
    5 juin 2011

  3. Marcella
    5 août 2011

  4. Aconia Fabia Paulina
    5 septembre 2011

  5. Cornelia Paula Asina
    5 octobre 2011

  6. Rusticiana
    5 novembre 2011

  7. Marcellina
    5 décembre 2011

  8. Maecia Placidia
    5 janvier 2012

  9. Antonia Melania
    5 février 2012