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Faltonia Betitia Proba
jeudi 5 mai 2011
par Pascal G. DELAGE
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Née vers 320, la clarissime Faltonia Betitia Proba était la fille du consul de 322, Petronius Probianus, lui-même fils de Petronius Annianus, consul éponyme de l’année 314. Cette grande famille était originaire de l’Italie du Nord, de Vérone. La mère de Proba était très probablement une Betitii, fille de Betitius Perpetuus qui fut corrector de Sicile en 312 [1]. On lui connaît au moins un frère, Petronius Probinus qui fut consul en 341 et préfet de la ville de Rome en 345-346 à l’époque de l’empereur Constant.

Elle fut donnée en mariage aux alentours de 340 à Clodius Celsinus Adelphius de la gens Claudia, alors âgé d’une quinzaine d’années de plus que son épouse. D’abord proconsul, il fut par la suite nommé préfet de la ville de Rome le 7 juin 351 par l’usurpateur Magnence, le meurtrier du jeune empereur Constant, au plus fort de la crise qui maintenant opposait Magnence à l’Auguste d’Orient, Constance II. L’aristocratie romaine sentant le vent tourner, Adelfius fut accusé de lèse-majesté, soupçonné d’intriguer en vue de se faire proclamer empereur [2]. Il fut alors démis de ses fonctions le 17 décembre 351. Entré en disgrâce, il se rallia ensuite à Constance II mais son attitude continua de paraître suspecte au pouvoir impérial même après la victoire de Constance II sur Magnence en août 353. Fidèle à la tradition familiale qui voue un culte aux Belles-Lettres [3], Proba se mit en devoir d’écrire un epos, poème épique sur la guerre civile entre Constance II et Magnence à la manière de Lucain, tout à l’honneur du vainqueur. Cela évita probablement l’exil à Adelphius mais il n’obtint plus désormais de charges publiques, devant rentrer dans l’anonymat du Sénat romain.

Ce n’est probablement qu’au cours de la décennie 360 que Proba se convertit au christianisme en même temps que son époux, peut-être sous l’influence de l’évêque de Rome, Damase. Le couple est associé à l’édification du titulus d’Anastasia, église située au pied du Palatin et à proximité immédiate du forum de la cité romaine [4].

C’est à la même époque que Proba rédigea un centon de 694 hexamètres composé à partir d’extraits de Virgile en un carmen sacrum où elle chante en 32 tableaux la révélation biblique. Son œuvre, charmante, fut diversement appréciée : Comme si nous n’avions pas lu des centons d’Homère et des centons de Virgile, comme si par ce moyen, Virgile lui-même, sans le Christ, nous ne pouvions le dire chrétien (…). Ce sont là des enfantillages, pareils à des jeux de charlatans, que d’enseigner ce que l’on ignore ; pire encore - pour employer une expression désagréable - que de ne pas même savoir que l’on ne sait pas ronchonnait encore vers 394 Jérôme dans une lettre à Paulin de Nole [5]. N’en déplaise au moine de Bethléem, l’œuvre de Proba continua à être goûtée et sans cesse recopiée. Et même si finalement le décret de Gélase à l’extrême fin du Ve siècle condamna l’ouvrage, le Cento uergilianus de laudibus Christi valut à Proba d’être la seule femme honorée d’une vignette dans le De uiris illustribus d’Isidore de Séville (début du VIIe siècle) : Proba, épouse du proconsul Adelphus, fut la seule femme à vivre entourée d’hommes d’Eglise. C’est pour cette raison qu’elle connaissait très bien les louanges du Christ. Elle composa un ouvrage rassemblant les diverses citations concernant le Christ en ajustant des vers de Virgile. A son propos, si on ne peut admirer la prouesse, nous pouvons louer l’ingéniosité quoiqu’elle greffât à son ouvrage des écritures apocryphes [6]. C’est d’ailleurs probablement en raison de ses emprunts à des textes apocryphes que l’œuvre de Proba fut condamnée par le Décret gélasien.

Proba et Adelphius possédaient une résidence romaine sur le Pincius, les Horti Aciliorum. Le couple eut au moins deux enfants, Q. Clodius Hermogianus Olybrius qui fut consul en 379 (né vers 342), et Faltonius Probus Alypius (né vers 345/50) qui, avant de devenir préfet de la ville de Rome en 391, eut maille à partir avec le vicaire de la Ville, Maximum, au moment de la grande terreur à laquelle fut soumise l’aristocratie romaine sous Valentinien Ier. Pour quelque peccadille, Alypius fut condamné à l’exil par Maximinus à l’époque même où son frère administrait comme préfet la Ville éternelle. Il fut amnistié à la mort de Valentinien Ier en 375, mort qui fut suivie de l’exécution du vicaire Maximinus. Il semble bien que Proba soit déjà décédée à cette date et cela avant la disparition de son époux Adelphius [7].

Proba est peut-être aussi la mère de la jeune clarissime Adelphia qui fut inhumée par son époux, le comes Valerius dans un somptueux sarcophage déposé dans les catacombes de Syracuse [8]. L’époux d’Adelfia est peut-être à identifier à L. Valerius Septimius Bassus, le Préfet urbain de 379-83 (Christian Settipani) ou à Junius Valerius Bellicius, ami et correspondant d’Augustin qui lui dédie son De nuptiis en 419 (Mariarita Sgarlata).

 

[1] on donne souvent le nom de Demetrias à l’épouse de Probianus sur l’indication de Jérôme (Ep. 130,3) qui note que la bisaïeule du consul de 395, Olybrius, portait ce nom mais il devait s’agir d’une autre ancêtre d’Olybrius, épouse d’un Anicius, le nom – rare - de Demetrias se retrouvant en priorité utilisé dans cette gens. Cf. PLRE I, p. 247, art. Demetrias

[2] cf. Ammien Marcellin, Histoires, 16, 6, 2. Il est fort possible qu’Adelphius fut mêlé à l’assassinat de Nepotianus, un cousin de Constance II et de Constant qui essaya en vain d’usurper le pouvoir en juin 351

[3] Le frère et le père de Proba écrivirent également des poèmes que Probus, le neveu de l’épouse d’Adelphius, dédia à l’empereur Théodose Ier : Corn. Nepos, Epigrammata

[4] On crut même un temps que Proba y avait même été ensevelie mais en fait le couple n’y avait déposé qu’une signature de leur évergésie : Clodius Adelphius, homme clarissime, ex-préfet de la Ville, a fait [cette inscription] pour lui-même et sa femme incomparable (CIL 6, 1712)

[5] Ep. 53, 7

[6] De vir. ill., 18

[7] Références générales : PLRE 1, p. 732, Proba 2 ; PCBE 2, p. 1831, Proba 1 ; DECA, p. 2109, Proba ; voir aussi C. Carridi, Il centone di Proba Petronia, Napoli, 1971 ; E. Clark – D. Hatch, The golden Bough. The Oaken Cross. The Virgilian Cento of Faltonia Betitia Proba. Chico, CA, 1981 ; H. Sivan, « Anician Women, the Ceno of Proba, and Aristocratic Conversion in the Fourth Century », Vigilae Christianae, vol. 47, p. 59-72, 1988 ; J.F. Matthews, “The Poetess Proba and Fourth Century Rome : Questions of Interpretation”, Institutions, Sociétés…, 1992, p. 278-304 ; Roger P. H. Green, « Proba’s Introduction to her Centon », Classical Quartely 47, 1997, p. 548-559

[8] Mariarita Sgarlata, Et Lux fuit, le catacombe e il sarcofago di Adelfia, Arnaldo Lombardi Editore, Palerme, 1998

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