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Accueil du siteCHRISTIANISATION DE L’AQUITAINEPhoébade d’Agen.
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VIENT DE PARAITRE
vendredi 1er septembre

Charbel MAALOUF

UNE MYSTIQUE EROTIQUE CHEZ GREGOIRE DE NYSSE

Une mystique érotique ? C’est pour le moins une expression qui semble ambigüe : d’une part, le terme « mystique » ne jouit pas d’une définition claire dans les différentes traditions et expériences chrétiennes ; d’autre part, le terme « érotique » possède, pour l’homme moderne, des connotations principalement péjoratives. A partir de la connaissance (gnôsis) chez l’évêque de Nysse dans la démarche de l’ascension de l’homme vers Dieu à travers la connaissance sensible, conceptuelle et mystique, l’auteur met en relief comment le Nysséen fonde sa mystique sur l’amour désigné par plusieurs termes, notamment celui de l’érôs. Ainsi, l’expérience mystique se vit à travers deux mystères qui caractérisent particulièrement la foi chrétienne : le mystère de l’incarnation du Verbe de Dieu (la descente de l’érôs de Dieu pour l’homme) et le mystère de la divinisation de l’homme (l’élévation de l’érôs de l’homme vers Dieu).

Editeur : Le Cerf

ISBN : 978-2204109864

 
Phoébade, doyen en Aquitaine ?
jeudi 25 août 2016
par Pascal G. DELAGE
popularité : 10%

Si Phoébade n’apparaît pas comme la figure de proue de l’épiscopat gaulois à la manière d’Hilaire de Poitiers, l’évêque d’Agen fut toutefois reconnu comme le garant de l’orthodoxie nicéenne défendue à Rimini et le porte-parole habituel de l’épiscopat aquitain, voire gaulois qui cherchait à trouver sa place dans une société encore très largement païenne jusqu’au règne de Théodose Ier.

Après le temps du consensus constantinien, Phoébade et ses pairs durent faire face à l’accélération de l’histoire : non qu’ils n’aient désiré et facilité ce passage au christianisme de cette riche et puissante aristocratie d’Aquitaine qui, durant près de deux décades, de 376 à 395, fut associée de très près au gouvernement de l’Empire par le biais du clan d’Ausone et des aquitano-ibériques de l’entourage de Théodose [1], ils eurent aussi parfois du mal à accompagner ce mouvement comme en témoignent la fin lamentable de Priscillien, mais aussi la méfiance dont était encore entouré le début de l’ascétisme martinien au tout début du Ve siècle sur les bords de la Garonne [2].

Une nouvelle page se tournera lorsqu’en 381 l’empereur Théodose imposa le christianisme comme religion d’Etat, avant d’interdire quelques années plus tard toute manifestation des cultes traditionnels [3]. Il créait cette situation inédite où les anciens temples étant fermés, il revenait de fait au culte catholique d’assurer maintenant la prière pour le salut de l’Empire jusque dans la moindre civitas reculée d’Aquitaine ou de Novempopulanie.

Les dernières années du IVe siècle s’accompagnèrent d’une progression rapide du maillage épiscopal en l’Occident : pour l’Aquitaine, apparaissent ainsi dans nos sources les sièges épiscopaux d’Angoulême, d’Albi, de Cahors [4]. Reçoivent encore très probablement un évêque à ce moment-là Rodez [5], tout comme Lectoure, Saint-Bertrand-de-Comminges ou Bazas [6].

Nommé en premier dans les listes synodales de Valence et de Saragosse, Phoébade eut à jouer un rôle déterminant dans la christianisation de l’Aquitaine et l’Eglise de Gaule, en la soustrayant tant à la convoitise impériale qu’aux tentations élitistes des lobbyings aristocratiques, mission menée de concert avec les autres pasteurs et servie par un épiscopat exceptionnellement long et une aura de confesseur.

Aux côtés de l’évêque de Bordeaux, il put bénéficier d’un statut privilégié proche de celui de ces « évêques-doyens » (senes episcopi) d’Afrique qui secondaient les évêques métropolitains de Carthage et dont le pouvoir était considérable. Il leur appartenait en particulier d’être le principal évêque consécrateur du nouveau métropolitain et il leur revenait également de prendre la parole en premier dans les synodes [7]. Ainsi peut-on imaginer le senex Phoébade présider, au côté du métropolitain de Bordeaux, à la naissance des Eglises diocésaines d’Aquitaine et être ainsi à l’origine d’une histoire qui marque encore durablement nos paysages et nos mentalités.

 

[1] Comme par exemple Flavius Rufinus d’Eauze, préfet du prétoire d’Orient de 392 à 395, l’historien Eutrope, consul en 387, le médecin Marcellinus, maître des Offices en 394-95, tous deux de Bordeaux ou encore Latinus Pacatus Drepanius d’Agen, comte de la res privata en 393 (voir J.F. Matthiews, Gallic supporters of Theodosius, op. cit.).

[2] Sulpice Sévère, Dialogues, 26. Il est encore à noter qu’à la suite de sa conversion à la vie parfaite dans les années 388/90, le bazadais Paulin n’envisage pas de mettre en œuvre son « saint propos » en Aquitaine, mais en Espagne, puis en Italie. Cela s’explique certes par des raisons d’ordre personnel (origine espagnole de son épouse, attachement au culte de saint Felix de Nole) mais les grands propriétaires d’Aquitaine, en commençant par Ausone lui-même, se montrent très réticents à l’égard de ce christianisme radical.

[3] Sur le triomphe de l’orthodoxie nicéenne : C.T., 16, 5, 6 en date du 10 janvier 381 ; et sur la mise hors-la-loi des cultes traditionnels : C.T., 16, 10, 12 en date du 8 novembre 392.

[4] Cf. la lettre de Paulin de Nole citée par Grégoire de Tours, Histoire des Francs, 2, 13.

[5] Le premier évêque de Rethenusa paraît bien avoir été Amantius dont Mgr Duchesne situe l’épiscopat à la fin du IVe siècle.

[6] La dédicace des cathédrales en l’honneur des saints Gervais-et-Protais (Lectoure) ou Jean-Baptiste (Bazas) renvoie à l’essor du culte de ces saints à la fin du IVe siècle ; par ailleurs, il est question d’une ecclesia à Convenae dans la volée de bois vert que Jérôme de Bethléem administre au moine aquitain Vigilantius en 406 (CSEL, 55, p. 353).

[7] Cf. S. Lancel, « Les episcopi primae sedis de l’Eglise d’Afrique » in Regards sur le monde antique. Hommages à Guy Sabbah, Lyon, 2002, p. 163-172.