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Accueil du siteLES MERES DE L’EGLISE ET AUTRES DAMESLes filles des tentes
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samedi 25 mars 2017
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Hadîqa, la fille du dernier roi lakhmide
samedi 5 mars 2011
par Pascal G. DELAGE
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Le Roi dépêcha à Hira une ambassade. Celle-ci fut bien accueillie par No’man qui, en même temps, fit étrangler secrètement Adi, faisant alors constater son décès « nature » par les émissaires du Shah. Ceux-ci répartirent, officiellement satisfaits des explications de No’man, mais personne n’était dupe, surtout pas le fils d’Adi, Zaïd, qui reprit les fonctions de son père à Ctésiphon. Zaïd imagina alors un ingénieux et machiavélique plan pour se venger de l’assassin de son père. Ne dénigrant jamais le cheik d’Hira, il en vint à vanter au contraire la beauté de sa fille, Hadîqa. Or Chosroês, en plus d’être hautain, cruel et avare, passait pour être très porté sur la luxure, les traditions lui accordant un harem comptant jusqu’à 4 000 femmes. Il n’eut de cesse que de réclamer la jeune princesse lakmide mais depuis la régente Hind, veuve d’al-Mundhir le Grand, la dynastie était devenue chrétienne et Zaïd savait pertinemment que jamais No’man ne livrerait sa fille au royal débauché. Et d’insister encore plus sur son teint qui a l’éclat du soleil et de la lune, ses sourcils bien arqués et bien séparés, ses grands yeux noirs, le blanc très pur de ses yeux, ses cils longs, noirs et bien fournis, le nez droit et aquilin, les cheveux noirs, longs et épais, la figure ovale, ni trop longue, ni trop ronde, le cou ni trop long, ni trop court, de façon à ce que les boucles d’oreilles touchent les épaules, la poitrine large, les seins jolis, ronds et fermes, les épaules et les bras bien proportionné, le poignet délicat et potelé, les doigts effilés, ni trop longs, ni trop courts… La jeune femme était en fait loin de ressembler à ces canons esthétiques qui faisait autorité à Ctésiphon.

Zaïd n’en avait cure, il savait que jamais la jeune femme ne paraîtrait au palais ! No’man essaya de raisonner le Shah des shahs mais il était déjà enflammé par la passion et exigea qu’on lui livre immédiatement Hadîqa. Au Grand Eunuque, le cheik fit une réponse polie et courtoise : « N’y a-t-il pas parmi les mahâs de l’Iraq de quoi satisfaire le Roi plutôt que parmi les noiraudes des Arabes ? » Mahâ signifie « génisse sauvage », et c’était un grand compliment chez les Arabes que de dire à une femme qu’elle avait les yeux d’une mahâ. Zaïd s’empressa de détourner le sens des paroles de No’man : à l’insoumission, il joignait l’insulte en traitant de vaches les femmes de Perse. C’en était trop, il fallait punir le rebelle.

Chosroes II leva une immense armée contre le roi lakhmide, l’occasion lui apparaissant excellente de donner une leçon à ses tribus arabes indociles et qu’il trouvait peu fiable. No’man n’eut que le temps de se retirer en direction de l’Arabie, confiant ses épouses secondaires, sa fille et ses trésors à un puissant chef de tribu, Hani fils de Massoud. Puis avec sa femme Montajarada et 400 cavaliers, il demanda l’hospitalité à plusieurs grandes confédérations arabes qui toutes refusèrent par peur des représailles de Chosroês II. Sa femme Montajarrada lui dit alors : « Allons, rends-toi à la Cour du Roi pour lui présenter tes excuses. Comme tu n’as commis aucune faute, il ne te fera pas mettre à mort. Mais même s’il te faisait périr, la mort vaudrait mieux que la fuite et le mépris que tu trouves auprès de tous ». No’man se rendit à Chosroes II, fut enfermé trois jours, et le quatrième jour, fut livré aux éléphants de guerre qui le piétinèrent. Ses fils furent également exécutés. Tout cela avait bien entendu fait redescendre la flamme amoureuse du Shah et Hadîqa put se retirer à Hira dans le monastère qu’avait fondé son arrière-grand-mère Hind la Kindarite, et c’est là qu’elle vécut jusqu’à sa mort en pratiquant l’ascèse et la prière chrétienne.

Mais Chosroes II n’était pas que luxurieux, il était aussi cupide. Et il n’oubliait pas les trésors du dernier roi lakhmide confiés à la garde de Hani, fils de Massoud. Comme celui-ci refusait de les lui livrait, il mobilisa une armée encore plus grande contre la grande tribu des Shaïbans. Celle-ci appela alors à l’aide tous les clans du nord de la péninsule arabique. L’affrontement allait être sanglant et sans merci. Les chances des Arabes étaient fort minces au regard des forces alignées parmi les Perses. Toutefois Hani sut gagner à sa cause les alliés arabes de Chosroês qui trahirent leur suzerain au cours de cette bataille célèbre connue sous le nom de Dhou Qâr (611) et où pour la première fois des cavaliers arabes partirent à l’assaut des rangs ennemis en criant : « Mohammad, notre aide ! », le nom d’un prophète qui depuis quelques années appelait à une autre Révélation. Ce fut la première fois que les Arabes furent victorieux sur les Perses.

En sacrifiant No’man et en pulvérisant la coalition qu’il dirigeait, Chosroês II avait sacrifié à un objectif à très court-terme qui avait pu apaiser son amour-propre. En fait, il venait de se priver d’un de ses meilleurs alliés. Lui-même fut tué par un de ses fils en 628. En quelques années seulement, la Perse tomba sous les coups des cavaliers d’Allah qui soumirent le pays définitivement en 643 alors que déjà prenait corps l’offensive contre l’empire byzantin (bataille du Yarmouk avait eu lieu en 336).