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Le jour de Halima
samedi 5 février 2011
par Pascal G. DELAGE
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En 503, les Ghassanides alliés aux Kindarites qui venaient de s’installer dans le Néguev, menèrent un raid sanglant sur Hira et massacrèrent les Lakhmides avec leur roi al-Numan II al-Akbar. Mais en 528, Jabala, le fils de Thabala le Ghassanide fut tué à son tour lors d’un affrontement avec les Lakhmides et les Perses. Les Lakhmides, pro-perses et païens, demeuraient la terreur des Romains. En effet, Alamundaros (al-Mundhir III), considéré maintenant comme un roi, régnait seul sur les Saracènes de Perse, il était en mesure de porter une attaque à tout moment et là il le voulait en territoire romain avec ses fameux cavaliers. Aucun militaire romain, ni même phylarque allié, n’apparaissait en mesure de s’opposer à Alamundaros tant leur rayon d’action était restreint géographiquement tout comme le nombre d’hommes sous leurs commandements respectifs. Pour cette raison, l’empereur Justinien décida de placer à la tête du plus grand nombre possible de tribus pro-romaines Arétas (al-Harith) fils de Jabala, qui régnait déjà sur les Saracènes d’Arabie, et lui donna même la dignité de « roi », chose qui n’avait jamais été faite auparavant par les Romains (Procope).

Ainsi si pendant 25 ans, le balancier de la victoire ayant oscillé d’un côté et de l’autre, Constantinople et la Perse s’étaient neutralisées par tribus arabes interposées, mais quelque chose de décisif allait maintenant se produire. La rencontre inéluctable entre Arétas et al-Mundhir eut lieu à Chalcis (Qinnasrin au sud d’Alep) en 554 à la suite d’une razzia où le roi lakhmide était parvenu à s’emparer d’un des fils d’Arétas alors qu’il faisait paître des chevaux. Le fils du roi ghassanide fut sacrifié à la déesse Aphrodite (Al-Uzza) – le Lakhmide était coutumier du fait et passe pour avoir ainsi offert en sacrifice 300 religieuses chrétiennes. La vengeance d’Arétas allait être terrible. Cette rencontre fameuse est connue dans les traditions arabes comme le « Jour de Halima » la fille d’Arétas : lorsque al-Mundhir, fils de Ma’al – Sama [nom de sa mère] marcha contre lui avec une armée forte d’un 1 000 000 d’hommes, Al-Harith envoya 100 hommes à sa rencontre dont le poète Labid qui était alors un jeune homme, et cela pour soi-disant faire la paix. Ils ont encerclé la tente d’al-Mundhir et tuèrent le roi et ses compagnons, puis prenant des chevaux, certains purent fuir, d’autres furent tués… La cavalerie ghassanide attaqua l’armée d’al-Mundhir et la mirent en fuite. Al-Harith avait une fille nommée Halima. C’est elle qui parfuma les cent champions de ce jour et les vêtit de toile blanche, comme autant de linceuls pour ceux qui tomberaient, et de cottes de mailles (Ibn Qutayba).

Il s’ensuivit une paix inespérée de 50 ans avec les Perses. Arétas perdit toutefois un autre fils, Jabala, au cours de cette bataille, qui fut inhumé dans un martyrium proche de Chalcis. La dynastie ghassanide était chrétienne mais soutenait toutefois farouchement les chrétiens monophysites. Ainsi Arétas était intervenu en 542 auprès de l’impératrice Théodora pour que deux moines de confession monophysite fussent ordonnés évêque par Théodose, l’évêque monophysite d’Alexandrie, retenu prisonnier à Constantinople. L’un d’eux, Théodore, fut nommé évêque des Saracènes pour la hirta (campement) de Na’man (à côté de Bostra). L’autre, Jacques Baradée, fut nommé évêque d’Edesse et son inlassable labeur apostolique allait donner naissance à l’Eglise jacobite de Mésopotamie alors qu’en 538, l’Eglise monophysite n’avait pratiquement plus d’évêques… Toujours auréolé de sa victoire de 554, Arétas le « Christophile », en visite à Constantinople, demande à l’empereur Justinien qu’un évêque monophysite soit également donné à la ville d’Antioche. L’empereur tenta bien de faire changer d’avis le roi arabe en lui députant l’évêque orthodoxe Ephrem d’Antioche mais celui-ci fut poliment mais fermement éconduit au moyen d’une parabole : « Moi je suis un soldat et un barbare, répondit Arétas, je ne sais pas lire les Ecritures mais j’ai un exemple à te proposer. Quand je demande à mes serviteurs de me préparer un festin pour mes troupes, de remplir les chaudrons de pure viande de mouton et de bœuf, et de la cuire, s’il se trouve un rat dans les chaudrons, par ta vie, patriarche ! Toute cette viande pure est-elle infectée ou non par ce rat ? » De l’humanité du Christ comme de la chair de rat après l’union hypostatique définie au concile de Chalcédoine en 451, voilà une définition théologique fort osée que ne sut réfuter l’évêque d’Antioche…

Mais alors même qu’Arétas le Ghassanide favorisait les chrétiens monophysites, les cheiks lakhmides continuaient à adorer leurs anciennes divinités. Toutefois une princesse kindarite, Hind, donnée en mariage à al-Mundhir, offrit alors sa protection aux chrétiens nestoriens de sa capitale, Hira, où elle fit construire un célèbre monastère où de nombreux évêques et patriarches furent inhumés. Une inscription rappelait son geste : « Cette église a été construite par Hind , la fille de Harith ibn Amr Ibn Hujr, reine, fille de rois, mère du roi Amr ibn Mundhir, La servante du Christ, la mère de son serviteur (son fils) et la fille de ses serviteurs (ses propres ancêtres), sous le règne du Roi de rois, Chosroes Ier Anushiravan (515-570), au temps de l’évêque Mar Ephrem. Puisse Dieu en l’honneur de qui elle a construit cette église lui pardonner ses péchés ! Et ayez pitié d’elle et de son fils. Puisse-t-il l’accepter et l’admettre dans sa demeure de la paix et vérité. Puisse-t-il être à jamais avec elle et avec son fils dans les siècles à venir ».